11. août 2020

Un monde stérile

Encore un souvenir d'enfance qui revient à la surface. J'y pense en mangeant des pastèques. Les nouvelles pastèques n'ont plus de pépins, ou presque : seulement des petits pépins mous qu'on peut avaler et qui n'auraient aucune chance de pousser.

Pas grand, je faisais les courses avec ma mère. On sortait de l'épicerie de quartier. Je lui demande si on pourrait faire pousser des oranges avec les pépins qu'on garderait. « Non », me dit-elle. Car ces pépins ne poussent pas. Je n'avais pas trop bien compris pourquoi. Apparemment, les pépins des oranges industrielles ne poussent pas. Peut-être pour éviter de perdre des clients captifs ? pour éviter de leur donner leur indépendance comme le fait Monsanto aujourd'hui, en interdisant de resemer le fruit de leur récolte à une agriculture dont c'est la pratique ancestrale ?

Mais finalement, c'est autre chose. Les arbres sont sélectionnés et greffés, de façon qu'une telle graine trop fragile ne s'en sortirait pas dans le monde d'aujourd'hui. Cela explique sans doute aussi comment on arrive à avoir des bananes sans pépins. Bah oui, les bananes ont normalement des pépins !

Même les oranges n'en ont plus. C'est bien plus agréable à manger, certes, mais cela raconte aussi quelque chose de notre monde.

Un monde où on fait pousser des plantes sous un déluge d'herbicide, où il faut 20 traitements avant que la pomme n'arrive dans mon assiette, où les fruits n'ont pas de pépin, et où les noyaux ne donnent pas. Un monde où faire pousser les végétaux demande des combinaisons de protection étanches. Un monde alimentaire stérile.

On sème des graines qui n'ont pas de descendance, on réduit le monde vivant à quelques variétés exilées, on mange des fruits qui ne peuvent plus pousser naturellement, dont certains ont même du mal à pourir, on crée des OGM dont ne veulent même pas les insectes...

Pas certain que notre choix de société soit vraiment rassurant.

2. août 2020

Le CO2 quand on a 6 ans

J'étais petit. Tout petit. Tellement petit que lorsque les voitures s'éloignaient, je voyais leur pot d'échappement. Un de ces détails qui définissent une voiture quand on a la tête à leur niveau. Pourtant, les SUV n'existaient pas encore, les voitures étaient « normales »... dans les années 70 quoi. Je pense que j'étais en CP.

Je me rappelle m'être approché trop près d'un pot, curieux de ce qui en sortait, alors que ma mère me ramenait de l'école. Nous étions sur le trottoir, attendant de traverser. Elle me dit que c'est sale, qu'il ne faut pas respirer ça.

Je n'étais pas surdoué, mais comme pour chaque lecteur que vous êtes, une question semble émerger avec la force de l'évidence. Surtout pour un gamin de 6 ans qui a appris à ne rien jeter par terre...

« Pourquoi ça va dans l'air, alors ? »

Je le sais maintenant, ce n'est pas seulement le problème du gaz. Un moteur a explosion a besoin de l'air, qui a une pression plus faible que dans le piston, pour fonctionner. L'échappement fait partie intégrante du fonctionnement. Et recompresser ces gaz pour bien les ranger est impossible.

Ma mère m'a expliqué que les fumées des pots d'échappements retournaient dans l'air, et que comme il y a plein d'air, avec des arbres et tout, les fumées ne sont pas un problème. Tout le monde le croyais à l'époque. Et moi, à 6 ans, je le croyais aussi.

Il n'aura pas fallu très longtemps pour que la vérité apparaisse ! J'ai même aujourd'hui des raisons de croire que ce pot d'échappement aura ma peau, compte tenu de l'accélération du réchauffement climatique.

Depuis, j'ai compris la leçon : je sais qu'on est tellement nombreux sur Terre que tout ce qui est vrai à petite échelle le devient aussi à grande échelle. Par exemple, il ne viendrait à l'idée de personne de faire tourner un moteur de voiture dans sa cuisine.

C'est vrai avec les particules, le plastique, la surpêche, le méthane, les nitrates, l'économie, etc. de quoi donner raison à un gamin de 6 ans. C'est dingue, non ?

21. juillet 2020

Les 10 limites de la planète

Mes 2 derniers billets vous présentaient rapidement la collapsologie comme l'étude de l'écroulement de notre système. La nature a mis longtemps à trouver un équilibre, et on a défini 10 indicateurs à surveiller. Chacun de ces indicateurs présente un aspect de notre écosystème qui risque de changer radicalement les conditions de vie sur Terre si il sort d'un seuil. Chaque indicateur qui bascule risque d'en faire basculer un autre. Le risque est alors systémique avec à la clé, l'effondrement de notre civilisation et la fin de la vie telle que nous la connaissons. Rapide survol des indicateurs :

Limites que l'on a déjà franchies :
1 – Biodiversité : L'Homme est aujourd'hui responsable de la 6ème extinction de masse qui est en cours. Deux tiers des espèces du vivant risquent de s'éteindre d'ici 2100. Ces animaux remplissent des fonctions sur tous les écosystèmes.

2 – Climat : C'est l'aspect le plus connu actuellement. Il faut bien voir que certains scénarios crédibles du réchauffement climatique peuvent amener la planète à des températures mortelles tous les jours de l'année pour 1 milliard de personnes.

3&4 – Cycles biochimiques : Ce sont les éléments nécessaires à la photosynthèse et au métabolisme cellulaire (Phosphore) et aux acides aminés (Azote), éléments clés de la vie sur Terre. Ces éléments sont durement exploités pour l'agriculture au point que nous arrivons à une limite dans leur utilisation. Le pic de la production de Phosphore est prévu pour dans 10 ans. La production d'Azote est hautement énergivore, puisqu'elle consiste à liquéfier de l'air, de plus il pose des problèmes d'élimination dans les sols saturés.

Limites pas encore dépassées (mais on ne fait pas les marioles non plus) :
5 – Destruction des forêts : en les remplaçant par des surfaces agricoles, on détruit les habitats des animaux sauvages et le microbiote de la terre, les sols sont lessivés par la pluie, on perd des zones humides, on morcelle les habitats naturels.

6 – Acidité des océans : responsable de la mort du Corail et fait souffrir les crustacés, elle est liée à la dissolution et transformation du CO2 dans l'eau de mer sous forme d'acide carbonique notamment.

7 Surconsommation d'eau douce : Ressource vitale, son utilisation pour l'agriculture peut parfois entrer en conflit avec les besoins fondamentaux. Pourquoi pensez-vous que la Chine ait le dents si longues sur le Tibet ? C'est leur château d'eau.

8 Couche d'ozone : Elle protège la vie des Ultraviolets nocifs. On est passés près de la catastrophe voilà quelques dizaines d'années, mais le problème semble avoir été réglé. Rien n'est éternel cependant.

On ne sait pas si on les a franchies, car on manque de données :
9 Particules dans l'air : Concentration globables en particules dans l'air, ce qu'on appelle les aérosols. On y trouve principalement les résidus de combustion en suspension dans l'air, comme les microparticules liées aux diesels.

10 Pollution chimique : métaux lourds, déchets nucléaires, perturbateurs endocriniens, plastiques et autres saletés dont on ne sait pas se défaire. Cette catégorie est malheureusement très vaste.

Ne croyez pas que le gouvernement ignore encore ces limites : ils a même une page pour nous les expliquer ! Alors pourquoi ne fait-il rien ?

On attends toujours des programmes ambitieux de taxation du kérozène, de développement du vélo, sur la durée de vie des produits (garantie longue), sur les économies d'énergie (isolation thermique, 5G, SUV, ferroutage...), l'agriculture (élevage intensif & méthane, intrans agricoles, information consommateur transparente) et l'interdiction de certaines pratiques polluantes (nanoparticules).

Mais non, on n'a toujours RIEN. Leurs lois sur les coton tiges et les gobelets en plastique, franchement, ça peut sauver le monde ?

12. juillet 2020

La collapsologie ou comment regarder le monde mourir

Pas trop déprimés par le titre ? Un peu quand même ? Mon billet précédent vous expliquait que certains éléments laissaient à penser que le monde tel que nous le connaissons ne pourra plus exister d'ici peu. En fait, terminer le siècle en cours sera déjà une gageure. Il existe une discipline qui étudie tout ça : la collapsologie.

En partant d'études et de chiffre très sérieux, on met en perspective l'avenir de l'humanité. On rappelle que la réalité dépasse souvent les pires prévisions faites par le GIEC, on rappelle que la fin de notre civilisation n'est pas un avenir « lointain », et on part du principe qu'un homme averti en vaut deux.

Bref, ce n'est pas à eux que vous ferez croire que les bus électriques peuvent sauver le monde. Ils vous expliquent au contraire qu'ils en mènent la fin. On parle même d' « effondrement de notre civilisation ».

On vous explique que l'humanité pourra subsister, mais différemment. Que l'énergie sera limitée, au point qu'on ne pourra plus se permettre d'utiliser du pétrole pour faire pousser des céréales, climatiser un appartement, partir en vacances ou faire tourner des bolides sur un circuit. Se soigner sera peut-être très compliqué, aussi, s'il devient impossible de trouver les ressources en énergie nécessaires à la production des médicaments, à leur distribution, à l'imagerie médicale.

Et puis c'est bien de rappeler aussi qu'aujourd'hui, on utilise de l'énergie simplement pour extraire... de l'énergie. Le monde est bien niais !

Il est bon aussi de rappeler qu'il est une aberration thermodynamique d'imaginer stocker le CO2 que l'on produit. Car stocker le CO2 demande de l'énergie et amènerait alors à produire du CO2.

Ces personnes qui abordent la collapsologie ont un discours assez noir, et malheureusement très réaliste sur la fin de notre ère. Ils ne prédisent pas l'avenir : ils sont incapables de dire quel événement renversera le monde : famine, guerre ou autre. Mais ils dessinent l'impasse dans laquelle nous sommes, ils nous montrent le mur et nous enjoignent à ralentir le rythme, pour éviter de nous le prendre trop vite.

Ils ne sont pas décroissants, mais ils expliquent que nous allons décroître, bon gré, mal gré : en richesse, en confort, en population, en énergie, en tout.

Je vous recommande le visionnage des conférences de Vincent Mignerot sur le sujet. En voici une très intéressante. Il part de la création du monde pour nous aider à comprendre où nous en sommes actuellement. On y apprend au minimum beaucoup de choses.

 

7. juillet 2020

La fin du monde approche

J"aborde souvent ici les problèmes écologiques, généralement liés à la pollution. Je dénonce la gabegie de moyens utilisés pour un confort très relatif. Je brandis le spectre du SUV pour démontrer l'absurdité de ce que certains appellent le « progrès » et qui représente à mes yeux une régression sans précédent.

Mais une autre approche de l'écologie, moins liée à la pollution est la fin des ressources. Les SUV n'en sont pas moins le symbole, c'est certain. La limite matérielle de notre monde est la preuve que la croissance de notre monde ne peut pas être infinie.

On a déjà la croissance démographique, avec aujourd'hui plus de masse humaine qu'il n'existait de masse animale voilà 10 000 ans (1). Pire : il y a 10 fois moins d'animaux sauvages que d'humains aujourd'hui (en masse). On a aussi la croissance agricole qui empiète sur les forêts, bien vital lui même limité. La croissance géographique ayant amené le monde à des guerres de frontières, au point qu'on regarde le moindre bout de caillou dans l'espace, inaccessible à moins de 20 ans de route.

Et puis surtout, la croissance du PIB, entièrement basée sur la croissance énergétique. L'agriculture n'est aujourd'hui plus envisageable sans pétrole, le commerce, la production, et pire que tout : le transport sur lequel toute notre société repose. Même l'informatique commence à peser lourd sur les besoin énergétiques.

D'ailleurs, on a un tassement de la croissance mondiale depuis quelques décennies. On le voit. On voit aussi l'éclosion de guerres nouvelles et de tensions inquiétantes, comme tous ces pays qui font la guerre pour du pétrole ou des métaux rares. L'espérance de vie a arrêté de progresser, et commence même à baisser en certains points du monde (comme les États Unis). Les conditions de travail se dégradent partout dans le monde et on meurt de pollution, ce qui est complètement nouveau.

Prises séparément, toutes les courbes fléchisses : démographie, économie, production d'énergie, biodiversité, population animale et même végétale. Seules les températures et le niveau des mers augmentent.

Tous ces aspects sont étudiés par la « collapsologie ». Je vous en parlerai dans mon prochain billet.

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(1) voir les études de Paul Chefourka. Un graphique ici.

22. juin 2020

Vos données santé sont-elles anonymes ?

Dans mon dernier billet, j'ai émis un doute sur l'anonymat des données santé des Français offertes au monde entier.

Avec le récent texte de loi, lié à l'urgence sanitaire du COVID-19, la sécu devra agglomérer et « anonymiser » des données de santé de tout le monde. Toutes les données en rapport avec la santé. Face à l'importance du secret médical en France, on nous promet l'anonymisation des données, mais qu'est-ce que cela veut bien dire ? Est-ce possible ?

On prétend généralement qu'une donnée est anonyme sitôt qu'elle n'est pas directement liée à une identité. Cela veut dire que votre dossier santé n'apparaîtra pas sous votre vrai nom, ni sous votre identifiant de sécurité sociale. On mettra simplement un identifiant « anonyme » permettant de relier les données les unes aux autres, mais pas à votre nom. Il s'agit en fait d'une « pseudonymisation ».

La belle affaire. Moi, par exemple, je n'ai pas besoin de savoir comment s'appelle mon voisin pour savoir à quelle heure il rentre, se lève la matin, s'il fume, s'il aime les jeux vidéo. Et en prenant le problème dans l'autre sens, si on me décrit le comportement d'un voisin, je saurai très bien l'identifier, et retrouver son nom sur la boîte aux lettres.

Voilà en quoi correspond l'anonymisation des données de santé des Français : une farce qui ne pose aucun problème à Microsoft ou n'importe quelle entreprise dont les données personnelles sont le métier.

Ces entreprises savent à quelle heure vous allumez votre téléphone, quels sont vos déplacements, ont une idée des messages que vous envoyez, à qui, savent aussi qui vous fréquentez, vos goûts et des tas de choses qui permettent de recouper les informations et connaître votre identité réelle.

Voilà ce qu'on a offert à l'une des plus grosses entreprises du monde.

Pour que les données soient réellement anonymes, il faudrait qu'on ne puisse pas savoir que celui qui a de l'asthme, qui a fait des radios, qui a tel médecin traitant est une seule et même personne. Mais forcément, ces données là n'intéresseraient personne...

La cerise sur le gâteau, quand même, c'est qu'on paie Microsoft pour leur offrir toutes ces données... Nous sommes une marchandise. Et les États-Unis sont déjà en train de nous moissonner.

Ne comptez pas sur moi pour pardonner cette traîtrise. Jamais.

 

10. juin 2020

Le Health Data Hub

Avez-vous les moyens de faire confiance à votre médecin ?

Je ne veux pas savoir si vous le trouvez convenable, s'il semble apporter les bonnes réponses à vos problèmes de santé, ou s'il arrive à vous rassurer. Le problème est de savoir s'il ne va pas raconter vos petits problèmes de santé à quelqu'un d'autre.

Il est théoriquement tenu par le secret médical. Secret qui implique que le toubib n'ira pas raconter à un voisin ce qui vous arrive, n'ira pas en informer votre assureur ou votre banquier lors d'un prêt immobilier. Évidemment qu'il n'irait pas raconter vos problèmes sur les toits !

Mais pensez-vous qu'il pourrait raconter vos problèmes à quelqu'un qui irait le raconter à quelqu'un d'autre ? Non ? Vous en êtes certain ?

Votre médecin sauve ses données sur un ordinateur, il fait des sauvegardes de sécurité de ces données, probablement sur un serveur distant, dans des bases de données très sécurisées... car en France, on ne rigole pas avec les données de santé.

Pourtant, le 21 avril dernier, notre cher gouvernement a voté une loi pour accélérer le transfert des données santé des hôpitaux vers le serveurs de Microsoft. Il est vrai que depuis quelques mois, cette entreprise américaine avait eu les certificats nécessaires pour avoir le droit d'héberger ce type de donnée sensible.

Il est question de transférer la totalité des données santé « anonymisées » des français, et d'y donner un accès illimité à toutes les entreprises privées souhaitant jouer avec. Toute votre vie sera au pays de Big Brother. Il faut savoir qu'une donnée anonyme ne reste pas anonyme très longtemps quand elle est hébergée chez un opérateur de Big Data. Il suffit de croiser les dates de rendez-vous avec des données de navigation, de GPS, ou de votre messagerie hotmail. Les recoupements sont justement leur métier.

Est-on devenu assez stupides pour croire qu'une entreprise États-Unienne obéissant à la loi du Privacy Act peut être honnête, alors que son business est justement d'agréger des données pour mieux connaître les gens, et que son pays fait de la surveillance de masse ?

Edward Snowden s'en est récemment ému. Lui qui a prévenu le monde de la mainmise de son pays sur nos vies, il apprend que la France livre son peuple à l'ennemi.

Qu'a-t-on raté pour que le monde soit avide à ce point que l'on ne peut même plus faire confiance à son médecin de famille ?

Un recours a été déposé au Conseil d'État contre ce texte. Il sera étudié demain. Pour lui donner plus de force, n'hésitez pas à signer cette pétition :

Voici le communiqué d'InterHop avec des explications détaillées. Et le lien direct vers la pétition en ligne, que je vous incite à signer.

Autre article très intéressant sur le sujet.

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