24 juin, 2017

Mon Dieu, un télétubbies !

Vous connaissez tous mon opinion au sujet du voile. Mon précédent billet ne parlait ni plus ni moins que du voile que des gens se mettent sur la tête, cachant les cheveux (que le motif soit religieux ou purement à cause de la pluie, finalement).

Mais le discours que l'on entend sur le voile est souvent confus. On commence en parlant de ce vêtement, et on tombe sur un détracteur qui termine sa phrase en parlant des voiles couvrants, de type burqa. Je vais maintenant parler des voiles qui cachent le visage en entier.

Mon point de vue, vous commencez à le comprendre, il est laïque. Cela ne veut pas dire que je suis pour ou contre un vêtement religieux, mais simplement que je reste à l'écart de la teneur religieuse de l'affaire. Mes yeux voient la lumière et les couleurs, mais ils ne voient pas Dieu. Un vêtement peut évoquer ou raconter Dieu, tant mieux, tant pis, ce n'est pas à moi d'en décider.

En revanche, que quelqu'un me refuse même la vue de son visage, c'est une autre affaire. N'en suis-je pas digne ? Ce phénomène est très rare. J'ai très rarement croisé une telle femme dans la rue, et je pense que légiférer dans de telles conditions est juste bon à agiter les problèmes.

Je n'ai pas à interroger les raisons religieuses qui en pousseraient certains à exiger des femmes qu'elle se cachent de la sorte. Rien dans le Coran ne demande à une femme de cacher son visage. Il semblerait que cacher la femme en entier soit ni plus ni moins que le fait de l'instinct de propriété des hommes : besoin de posséder et cacher une femme, la soustraire du regard des rivaux. Il s'agit de la « chosifier » à l'extrême. La femme qui souhaiterait se cacher de la sorte n'aurait rien à en tirer.

Les seules fois que j'ai vu des personnes se cachant le visage dans ce seul but (se cacher le visage), c'était des casseurs en manif, des personnes interviewées qui craignaient pour elles ou leur travail, ou les braqueurs d'un supermarché se faisant passer pour le GIGN (si, si, j'y étais !). Si quelqu'un souhaite me cacher son visage, je dois chercher une menace quelque part. En suis-je donc une ? La menace vient-elle de celui qui cache son visage ?

Je veux d'une société où on assume son visage. Parce que le visage, c'est la chose la plus plaisante à découvrir. C'est celle qui communique : avant même de parler, on communique avec son visage, en faisant la moue, en montrant de l'intérêt, en souriant. Même les bébés le font. Assumer son visage, c'est le degré zéro de l'existence en société.

On trouvera toute une myriade de femmes souhaitant cacher un peu plus de leur visage, les oreilles, le menton, les tempes... un peu comme ce gamin qui te regarde en faisant une bêtise, et qui se demande à partir de quel moment tu vas réagir. Où est la limite ?

Qu'une femme communique sur sa religion ne me pose pas de problème. Qu'elle conduise avec un voile me semble moins gênant que de le faire avec des lunettes de vue. Mais cacher son visage dans la rue, c'est refuser d'être dans la rue. Parce que la rue est le pot commun de tous les visages des gens qui la partagent.

La rue est une auberge espagnole où on met en partage son humeur, qu'elle soit triste ou qu'elle soit joyeuse, et où on accepte les règles de la rencontre. C'est aussi comme ça qu'on apprend le respect.

20 juin, 2017

Le voile de Marianne

Ça commence à faire 20 ans qu'on nous ressort la question du « voile ». Pas celui que portait la vierge Marie, non (mais presque) : celui que portent aujourd'hui certaines femmes musulmanes.

Ce vêtement a pour but de cacher les cheveux. Il est généralement associé à d'autres vêtements dont le but est de cacher un peu tout le corps (bras et jambes). Je ne parlerai pas ici des voiles qui cachent aussi le visage ou même les yeux, car c'est une autre question.

On le porterait pour des raisons religieuses : mais ce voile, différent d'un pays ou d'une époque à l'autre, parfois obligatoire, parfois non utilisé, est en fait culturel. Rien dans le Coran ne dicte quoi que ce soit de précis (« cacher ses atours »). D'ailleurs, dans certains pays, ce voile laisse apparaître les cheveux (notamment en Iran, où il est obligatoire). La religion catholique, par exemple, prend aussi pas mal de libertés sur la Bible, révélant ainsi plus sa « culture religieuse » que le texte sacré : manger du poisson le vendredi, voter à droite, tabasser les protestants, pas de sexe avant le mariage, interdire les curés femmes ou mariés, etc.

« Toute femme qui prie ou prophétise sans avoir la tête couverte fait honte à sa tête : c’est exactement comme si elle était rasée. » — Nouveau Testament
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens - Chapitre 11.5

La culture chrétienne occidentale serait donc très mal placée pour dire aux musulmans comment lire le Coran et s'habiller. C'est précisément pour cela que l'on a inventé la « laïcité ». On fait des lois qu'on met dans un pot commun et qui doivent (en théorie) être étrangères à la religion. Ce sont aux religions de s'y soumettre, quelles qu'elles soient. Il est vrai que la « culture judéo-chrétienne » a sans doute pas mal orienté nos pratiques et qu'il est impossible aujourd'hui de prétendre à une neutralité absolue dans nos lois. Les interdictions de tuer ou de voler, par exemple, nous sont peut-être inspirées de la Bible. D'ailleurs, l'adultère peut encore constituer une raison de divorce pour « faute » dans le mariage.

On prétend parfois que « le mari » imposerait ce voile. Et finalement, s'il celui-ci impose un voile, est-ce qu'un autre n'imposera pas une mini-jupe ou une fourrure exubérante ? On ne peut pas être derrière chacun. Les femmes voilées que je connais portent toutes ce voile par choix personnel, parfois même contre le choix de leur conjoint. Ma culture me dit simplement que les hommes se découvrent en de nombreuses occasions, mais que les femmes gardent leur coiffe en toutes circonstances.

Depuis que j'existe, je vois la religion comme quelque chose de plutôt personnel, tout comme l'orientation sexuelle ou parfois même les opinions politiques pour certains. En fait, je ne suis pas habitué à croiser des gens qui, par leurs vêtements, m'interpellent et me disent : « hé, regarde bien, je suis catholique ». Je pense que c'est cette raison qui a donné au voile une image envahissante de l'Islam, et qui a pu choquer ceux qui ne souhaitaient pas qu'on leur assène une religion qu'ils ne voulaient pas connaître. Il ne s'agit pas toujours de xénophobie. Mais lorsque l'on voit quelqu'un dont la première chose qu'il souhaite dire avant même de parler est sa religion, j'ai tendance à faire un pas de côté, un peu brusqué par une croyance que je préférais intime. D'où un léger malaise. Mais cette discrétion culturelle est complètement intégré par la plupart des musulmans français.

Il est vrai que les seuls qui portent un uniforme en France, ce sont les gens qui ont un métier (curé, flic, militaire, garde républicain, grooms, vendeur Casto...) ou qui se cachent (religieux et moines, sectes, académiciens...). Certaines communautés aussi ont un signe distinctif : de nombreux juifs sont reconnaissables par une coiffure et un couvre-chef particuliers. Il existe donc un précédent français. On l'a peut-être un peu perdu de vue, depuis que la guerre a tué un quart des Juifs de France.

Mais un autre aspect, plus sémantique cette fois, nous fait réagir face au voile. On sait que de nombreuses femmes de par le monde meurent de refuser de le porter : dans les pays où le voile est obligatoire (Arabie Saoudite, Iran...), mais aussi dans d'autres pays, lorsque le poids culturel familial impose d'une main de fer cette tradition (car il ne s'agit que d'une tradition). Alors nous réagissons en pensant que porter le voile, c'est faire honte à ces femmes mortes ou soumises. Il est vrai que militer pour porter ce voile chargé de sens est vraiment cynique. D'autant plus surprenant lorsque ce message est porté par des féministes au nom de la liberté. D'autant plus surprenant que ce voile est symboliquement là pour afficher l'infériorité de la femme par rapport à l'homme devant Dieu (ici).

Est-ce qu'on verrait un descendant d'esclave porter des chaînes pour témoigner de sa culture ? un juif porter l'étoile jaune ? Que penseriez-vous de quelqu'un qui se promènerait avec une corde bien laïque autour du cou ? Certes, les catholiques portent une potence (la croix du Christ), mais bon...

On cherche à mon avis à justifier notre propre problème avec ce voile. Et on le justifie de la pire façon : en accusant la religion. Ce voile, comme tout vêtement, doit être considéré comme un choix personnel, une habitude culturelle. On peut lui reprocher toutes sortes de choses. Mais interdire un vêtement est une autre affaire. Et si certains redoutent une invasion arabe, qu'ils soient rassurés, cette histoire de voile n'y changera rien. Regardons-le donc d'un point de vue laïc : qu'on l'aime ou pas, c'est avant tout un carré de tissu, à l'image de celui que portaient les femmes pour aller à la messe.

Un grand paradoxe de notre société, c'est quand même d'avoir réduit les maillots de bains à la taille de leur étiquette de prix, et de crier à la provocation lorsque ce vêtement occultant est jugé cultuellement impudique.

30 mai, 2017

T'as pas l'air de t'en faire...

On voit parfois des chômeurs qui semblent ne pas s'en faire. Peut-être même est-ce mon cas. Un chômeur qui semble avoir tout ce qui lui faut, même plutôt souriant, aimable. Un chômeur qui aurait l'air de ne pas s'en faire en somme.

Imaginons même un chômeur qui ne cherche pas de travail. Il ne subit pas les déceptions liées aux rejets de ses candidatures. Il n'a pas le stress de décrocher le téléphone 10 fois par jour pour tomber sur un secrétariat dont le seul but est de le tenir hors de portée de son interlocuteur. Imaginons qu'il n'ait pas l'angoisse de merder lorsque le téléphone sonnera.

On pourra même pour l'occasion faire comme si Pôle Emploi ne le convoquait pas pour faire des stages débiles et ne cherchait pas à le fliquer pour voir s'il cherche vraiment un boulot qu'il n'aura pas de toute façon. Imaginons qu'il ait le recul nécessaire pour supposer que le contrôle domiciliaire de la CAF dont il fait l'objet ne le soupçonne pas d'abuser du système, comme le font pourtant tous les responsables politiques pour lesquels il doit voter.

Imaginons encore qu'il n'ait pas à se projeter dans un univers où on l'obligera à travailler le dimanche, le soir, la nuit, pour rembourser un prêt étudiant. Croyons encore que les représentants politiques ne rivalisent pas de cruauté pour stigmatiser et mettre au pas les 6,5 millions de fainéants qui n'arrivent pas à trouver un emploi dans leur qualification. Imaginons qu'il n'ait pas le sentiment de se torcher avec son diplôme, imposé comme exigence sociale depuis son CP.

Faisons comme si l'argent n'était pas un problème pour lui. Il arrive à s'en sortir, même que parfois on le voit boire des coups en terrasse avec des amis. D'ailleurs il a un smartphone et une collection de vinyles dont il ne s'est pas (encore) séparé. Il regarde des séries téléchargées illégalement tous les jours. Non, vraiment, ça a l'air d'aller...

Mais quand bien même, les perspectives sont pitoyables : contrats précaires, visibilité à 2 semaines, formations de chômeurs pour Uber ou contrats à horaires éclatés. Un chômeur rencontre beaucoup de chômeurs, ça devient un système. Pas de retraite, pas de voyages, pas de vacances, pas de projets... et jugés en permanence pour leur inaptitude. Voilà le degré de liberté d'un chômeur. Est-on assez libres pour « ne pas s'en faire » ?

Évidemment que « ça va bien ». On fait tout pour aller bien. Pour ne pas avoir une sale tête devant les amis, pour qu'ils aient envie de nous revoir. Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire « aller bien » quand on est stigmatisé aux infos, qu'on n'a aucune perspective et que le monde nous boude ?

Et dire qu'on déteste les pauvres à cause de ça, parce qu'ils se la coulent douce.

On dirait que ça va, t'as pas trop l'air de t'en faire !

Alors oui, ça va bien. Merci.

23 mai, 2017

La passion des végans

Je comprends les dissensions qu'il y a souvent entre les végans (dont je me sens proche) et les omnivores (parfois très viandards). Ces derniers se font reprocher de malmener des animaux et se défendent de cette agression sur l'argument du « c'est naturel ».

Que nous soyons ou non faits pour manger de la viande n'est pas ici le problème, car nous sommes sortis du cycle naturel. À la rigueur, nous pourrions peut-être exercer un avantage évolutif de notre espèce : la compassion.

Les végans (et moi-même) réagissent parfois avec colère, ils sont affectés par la douleur d'un tiers. C'est une légitime « assistance à personne en danger ». Nous intégrons à notre famille ces êtres sensibles. Ce sont finalement des « personnes non-humaines ».

Les vertébrés (entre autres) ont la capacité à souffrir, c'est scientifiquement établi, on ne peut plus se cacher derrière la souffrance de la carotte pour le nier. Alors pourquoi continuons-nous à malmener les animaux ?

Je pense d'une part que le consommateur est resté sur un schéma ancien d'élevage traditionnel aujourd'hui en passe de disparaître, où l'animal avait une vie avant de mourir, et où sa mort pouvait avoir un sens relatif à sa condition d'animal. Mais ce schéma tombe devant chaque scandale alimentaire. D'autre part, admettons surtout que les habitudes alimentaires ont la dent dure. Si je ne suis pas encore 100% végan, c'est aussi à cause de cela. J'ai encore du mal à supprimer totalement et sans frustration certains aliments que j'aime. C'est cet argument qui explique qu'un fumeur meurt d'un cancer en défendant sa « liberté de fumer ».

Je pense que les végans (que je défends) font souvent l'erreur de mettre les omnivores dans le reproche direct, là où finalement, ils devraient simplement leur présenter des arguments personnels sans les imposer. Donner son avis, réagir aux abus « nouveaux », informer, et exiger le respect de leur choix éthique. J'espère y parvenir sur ce blog.

Si la conscience existe, la mauvaise conscience fera son chemin. On ne changera les habitudes des consommateurs qu'en croyant en leur bonne foi, en leur faisant confiance. Car on ne combat pas la mauvaise foi.

16 mai, 2017

Merci Muriel Robin !

S'il y a bien une humoriste à qui j'en veux, c'est Muriel Robin. Car son ancien sketch sur l'addition m'a parfois rendu la tâche difficile, m'obligeant à ramer à contre-courant de ce qu'elle a institutionnalisé par l'humour. Oui, j'assume : diviser l'addition sur toute une tablée en fin de repas ne rend service qu'aux plus fortunés.

C'est vrai après tout. Un pauvre qui s'offre un restau, c'est pas tous les jours. Il le fait pour passer un moment sympa avec des amis, pour ne pas s'esquiver en début de soirée, pour faire comme tout le monde. Mais lorsqu'il choisit un plat, il prendra le moins cher, pour être certain de tenir son budget. Il ne prendra pas de vin, parfois pas de dessert, surtout pas de café.

Et le moment de l'addition arrive, ce con de serveur arrive avec une addition pour tout le monde et démerde-toi. Il doit pourtant bien le savoir qu'il est interdit d'obliger quelqu'un à payer un repas qu'il n'a pas consommé. Et curieusement, c'est toujours le plus à l'aise de la tablée qui propose de ne pas s'embêter, allez hop : « on divise ? ». On divise les plats en plus, les desserts, le vin, les cafés... et le pauvre se retrouve parfois à devoir payer le double de ce qui était prévu. Il paie pour les autres.

Mais depuis quand est-il plus simple de faire une division qu'une addition ? Lorsque je suis allé à Montréal, j'avais eu la surprise de ne jamais rien avoir à préciser, les serveurs apportaient systématiquement des additions à chacun. Celui qui commandait la bouteille la retrouvait sur son addition. Logique. Là-bas, c'est l'habitude. C'est pas plus compliqué.

Alors quand le pauvre ne veut pas payer au riche son assiette, il a plusieurs stratégies. D'une part, s'éclipser avant la fin du repas en payant sa part au comptoir (faisable dans les repas en nombre de l'asso de badminton par exemple), ou assumer franchement en disant que son budget l'a obligé à se serrer la ceinture, et qu'il n'a pas les moyens de payer plus que sa part. C'est généralement à ce moment béni qu'un crétin ressort le sketch de Muriel Robin. Merci à elle. Parfois, il m'est arrivé de voir la réaction gênée de celui qui avait proposé. Le top du top : il soustrait alors votre addition pour refaire une division du reste. Simple je vous dis.

Une fois, j'ai même vu une copine qui n'osait pas parler de ses problèmes d'argent. Après que les mathématiques eurent enfin donné la somme de chacun (après soustraction de ma part, puis redivision du reste de l'addition), la corbeille fait le tour de table, chacun arrondissant sa part à l'euro supérieur lorsqu'il payait en espèce. Puis la corbeille arrive enfin à elle. Elle a alors refait l'addition de la corbeille et soustrait le total de la note pour voir ce qui manquait réellement et ne payer que le nécessaire.

Je propose un truc simple. Si le serveur ne veut pas s'embêter, celui qui propose de diviser n'a qu'à payer pour tout le monde. Ben oui, quoi, on ne va pas casser l'ambiance simplement pour une addition !

 

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