16. septembre 2020

Doctolib

Depuis quelques années déjà, le secrétariat de mon médecin généraliste n'est ouvert que le matin. En prenant rendez-vous la secrétaire me demande mon numéro de portable, chose nouvelle, je reçois alors un SMS de confirmation... j'ai l'impression d'avoir pris rendez-vous avec un robot. En fait, je suis entré sans le savoir dans l'univers de Doctolib.

« Le recueil de vos Données Personnelles a pour base légale :
   votre acceptation des Conditions Générales et Particulières d’Utilisation (CGU et CPU) et la présente politique et son complément; » (source Doctolib)

Sans mon autorisation, le secrétariat de mon toubib a entré des données personnelles dans un service tiers, sans m'en informer, me laissant encore moins l'occasion de me renseigner sur le service et les conditions générales. D'ailleurs, quelles conditions générales ? Celles de mon toubib ou les miennes ?

Doctolib est une startup franco-allemande financée par des actionnaires dont une société de capital-risque(1). L'entreprise montre patte blanche sur tout ce qui est sécurité des données et confidentialité. En apparence... car si elle a racheté le concurrent « mon docteur », elle pourra se faire acheter à son tour par un américain. Les utilisateurs de mondocteur.com étaient-ils d'accord pour transférer leurs données personnelles chez doctolib ?

Je n'ai aucune raison de faire confiance à cette entreprise cotée en bourse et qui stocke des données de santé de ses patients (au minimum, les dates de rendez-vous, croisées avec les spécialités des médecins et leur région géographique, ainsi que mon e-mail et mon numéro de téléphone qu'il m'est impossible d'effacer de mon profil, même mon toubib ne peut pas).

D'ailleurs, si cela vous inquiète, sachez que même en effaçant votre profil, vous ne supprimerez pas vos données : car votre médecin en a besoin pour l'historique de vos visites ! Il faudra donc attendre d'être mort à en croire les conditions générales d'utilisation.

D'autres part, ces conditions générales assument clairement que les données personnelles peuvent être « traitées par des sous-traitants », certaines données pouvant partir à l'étranger. Votre consentement est (pour le moment) demandé pour la prospection commerciale (gentil de leur part). Par contre, la récupération de données par les boutons Facebook & Twitter est automatique.

À aucun moment on ne vous laisse le choix.

Alors quand je vois qu'ils ont élargi leurs services aux consultations en ligne, je me dis que là, ils savent beaucoup de choses sur nous.

Ne me dites pas que je vois le mal partout, le gouvernement vient justement de voter une loi obligeant les hôpitaux à transmettre les données santé de ses patients à Microsoft... Doctolib est presque un détail.

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(1) Les bureaux de cette entreprise viennent des États Unis, de Grande Bretagne, de Chine et d'Inde. Ils ont notamment investi dans Facebook.

5. septembre 2020

Les records de température

Alors que j'habitais en rase campagne, en pleine canicule, les volets fermés, j'entends la pluie dehors. On était en 2003. J'avais les pieds dans une bassine, en train de m'économiser, mais quand même. Là, il fallait que j'en aie le cœur net, je suis allé voir. Et j'ai simplement découvert que le bruit de la pluie ressemble à s'y méprendre à celui d'un champ qui brûle. Le champ en face de chez moi avait pris feu. Les pompiers sont juste venu contrôler pour que ça ne se propage pas trop loin, mais ils ne peuvent pas éteindre ça. Surtout que le même jour, plein de feux se sont déclarés de la même façon ailleurs : un gravier a dû faire une étincelle dans la moissonneuse-batteuse et la poussière de blé a pris feu. Classique paraît-il.

2003 était un record de chaleur pour l'été, mais ce n'était pas l'année le plus chaude. Loin de là. C'est fou de découvrir que les 12 records d'années les plus chaudes enregistrés depuis 1870 datent de 1994 et après. Pire, sur ces 12 records, 5 sont survenus depuis 2011 (en gras ci-dessous). Comme si chaque année tentait de battre un record. Et on est bien parti pour que 2020 y arrive.

Voilà un petit tableau des 12 années les plus chaudes connues en France (Wikipedia) :

1994     + 13,3 °C     + 0,8 °C
1997     + 13,1 °C     + 0,6 °C
2000     + 13,1 °C     + 0,6 °C
2002     + 13,2 °C     + 0,6 °C
2003     + 13,5 °C     + 0,9 °C
2006     + 13,3 °C     + 0,7 °C
2011     + 13,6 °C     + 1,1 °C
2014     + 13,8 °C     + 1,2 °C
2015     + 13,5 °C     + 1,0 °C
2017     + 13,4 °C     + 0,8 °C
2018     + 14,0 °C     + 1,4 °C
2019     + 13,7 °C     + 1,1 °C

Même tableau pour les 8 pires années dans le monde :

2010     + 0,53 °C
2013     + 0,50 °C
2014     + 0,69 °C
2015     + 1,10 °C
2016     + 1,26 °C
2017     + 1,10 °C
2018     + 1,00 °C

2019     + 1,22 °C

Pour les températures du monde, je ne sais pas de quand datent les premières mesures, au minimum, l'Organisation Météorologique Mondiale date de 1950. Mais en France, les mesures ont 150 ans ! De quoi faire réfléchir quelques climatosceptiques, car il en reste.

Et vous à quelle température vous pensez résister ?
 

31. août 2020

Magasin ouvert

Savez-vous comment fonctionne une Climatisation ? Comme un frigo. Le principe est de déplacer la chaleur. On crée localement du froid en retirant la chaleur qui se dissippe ailleurs, dans le système de refroidissement, puis chez vous. Naturellement, le système n'est pas neutre en énergie : il en consomme qu'il transforme aussi sous forme de chaleur. Une ration de froid produit donc double ration de chaleur, en gros. C'est pour cela que laisser la porte du frigo ouverte pour refroidir l'appartement est idiot, car cela produit surtout de la chaleur.

La semaine dernière, je suis allé à La Poste déposer un colis. Il faisait bon. Frais, c'était agréable. Il faisait 38°C dehors. Alors forcément, tout ce qui apporte un peu de fraîcheur est agréable. Mais quand même, ils laissaient la porte ouverte. La Poste a laissé la porte du frigo ouverte. Et à ce titre, ce n'est pas l'appartement qu'ils réchauffent, mais la rue, et finalement, tout le climat... on me dira peut-être que c'est à cause du COVID qu'ils laissent ouvert... mouais.

Bien sûr, ils ne sont pas les seuls, beaucoup de magasins le font. Lorsque vous passez devant un magasin qui a la porte ouverte et que vous sentez un courant d'air frais dans les jambes, c'est qu'ils ont la clim. On interdit de chauffer les terrasses, et on ne s'occupe pas de ça...

Ce sont souvent les mêmes magasins qui règlent la Clim à 20°C l'été, et qui mettent le chauffage à 27°C l'hiver. J'imagine que c'est cohérent. Surtout lorsqu'ils laissent aussi la porte ouverte en hiver...

Comme cette boutique Pimkie devant laquelle je passe parfois. Ce n'est pas vraiment qu'elle laisse la porte ouverte, non. En regardant de près, j'ai simplement découvert qu'il n'y avait PAS de porte d'entrée. Seul le rideau métallique permettant de fermer le magasin le soir. L'architecte devrait être pendu pour ne pas avoir mis de porte. Je n'ai pas eu le courage d'y repasser pour voir s'ils mettaient la Clim. Ce que j'ai vu me suffit.

Qui oserait rouler en voiture avec la clim et la fernêtre ouverte ?

...tu m'étonnes qu'il fasse chaud...

22. août 2020

Ce sera à eux de s'en occuper

Je me rappelle précisément que j'étais en CM1 quand mon instituteur nous avait raconté cette histoire. Je me rappelle même toute l'histoire. Il nous racontait parfois des petites fables pour nous aider à retenir des trucs.

C'était l'histoire d'une caravane qui passait dans le désert et qui s'arrêtait dans une oasis. Après avoir fait un feu qui s'était propagé, on découvrait au petit matin, par terre, une substance que l'on a ensuite appelé du « verre ». Pour nous expliquer que le verre était fait de sable et d'un peu de cendres. C'est une explication grossière, mais finalement pas si loin de la vérité, puisque le verre est composé essentiellement de silice (qu'on trouve dans le sable) et d'autres matériaux selon les propriétés recherchées (que l'on trouve rarement dans la cendre, admettons-le).

Il termine son récit en nous parlant des bouteilles en plastique, qui arrivent maintenant sur nos tables. Il nous dit qu'on ne sait pas si c'est vraiment bon pour nous. Qu'on ne sait pas trop si c'est un vrai problème, mais bon, cela remplacera les bouteilles en verre. Et il termine en nous disant que quand on sera grand, ce sera à nous de nous occuper de ce problème. Quel cynisme !

Quarante ans après, je découvre qu'il avait raison. La raison du vieux con qui peste contre tous les progrès, peut-être. Mais un vieux con qui a quand même eu raison. Il avait raison sur la grammaire, les mathématiques et sur les bouteilles en plastiques.

Alors comme ce vieux con a bien marqué mon esprit, je lui pique son truc. Lorsqu'il m'arrive de faire des ateliers auprès d'enfants pour leur expliquer le monde qui les entoure, je leur fais le même coup.

Je leur explique à quel point il fera chaud quand ils seront grands, à cause de l'inconséquence de tous les adultes, mais que bon, ce sera à eux de s'occuper de ce problème.

11. août 2020

Un monde stérile

Encore un souvenir d'enfance qui revient à la surface. J'y pense en mangeant des pastèques. Les nouvelles pastèques n'ont plus de pépins, ou presque : seulement des petits pépins mous qu'on peut avaler et qui n'auraient aucune chance de pousser.

Pas grand, je faisais les courses avec ma mère. On sortait de l'épicerie de quartier. Je lui demande si on pourrait faire pousser des oranges avec les pépins qu'on garderait. « Non », me dit-elle. Car ces pépins ne poussent pas. Je n'avais pas trop bien compris pourquoi. Apparemment, les pépins des oranges industrielles ne poussent pas. Peut-être pour éviter de perdre des clients captifs ? pour éviter de leur donner leur indépendance comme le fait Monsanto aujourd'hui, en interdisant de resemer le fruit de leur récolte à une agriculture dont c'est la pratique ancestrale ?

Mais finalement, c'est autre chose. Les arbres sont sélectionnés et greffés, de façon qu'une telle graine trop fragile ne s'en sortirait pas dans le monde d'aujourd'hui. Cela explique sans doute aussi comment on arrive à avoir des bananes sans pépins. Bah oui, les bananes ont normalement des pépins !

Même les oranges n'en ont plus. C'est bien plus agréable à manger, certes, mais cela raconte aussi quelque chose de notre monde.

Un monde où on fait pousser des plantes sous un déluge d'herbicide, où il faut 20 traitements avant que la pomme n'arrive dans mon assiette, où les fruits n'ont pas de pépin, et où les noyaux ne donnent pas. Un monde où faire pousser les végétaux demande des combinaisons de protection étanches. Un monde alimentaire stérile.

On sème des graines qui n'ont pas de descendance, on réduit le monde vivant à quelques variétés exilées, on mange des fruits qui ne peuvent plus pousser naturellement, dont certains ont même du mal à pourir, on crée des OGM dont ne veulent même pas les insectes...

Pas certain que notre choix de société soit vraiment rassurant.

2. août 2020

Le CO2 quand on a 6 ans

J'étais petit. Tout petit. Tellement petit que lorsque les voitures s'éloignaient, je voyais leur pot d'échappement. Un de ces détails qui définissent une voiture quand on a la tête à leur niveau. Pourtant, les SUV n'existaient pas encore, les voitures étaient « normales »... dans les années 70 quoi. Je pense que j'étais en CP.

Je me rappelle m'être approché trop près d'un pot, curieux de ce qui en sortait, alors que ma mère me ramenait de l'école. Nous étions sur le trottoir, attendant de traverser. Elle me dit que c'est sale, qu'il ne faut pas respirer ça.

Je n'étais pas surdoué, mais comme pour chaque lecteur que vous êtes, une question semble émerger avec la force de l'évidence. Surtout pour un gamin de 6 ans qui a appris à ne rien jeter par terre...

« Pourquoi ça va dans l'air, alors ? »

Je le sais maintenant, ce n'est pas seulement le problème du gaz. Un moteur a explosion a besoin de l'air, qui a une pression plus faible que dans le piston, pour fonctionner. L'échappement fait partie intégrante du fonctionnement. Et recompresser ces gaz pour bien les ranger est impossible.

Ma mère m'a expliqué que les fumées des pots d'échappements retournaient dans l'air, et que comme il y a plein d'air, avec des arbres et tout, les fumées ne sont pas un problème. Tout le monde le croyais à l'époque. Et moi, à 6 ans, je le croyais aussi.

Il n'aura pas fallu très longtemps pour que la vérité apparaisse ! J'ai même aujourd'hui des raisons de croire que ce pot d'échappement aura ma peau, compte tenu de l'accélération du réchauffement climatique.

Depuis, j'ai compris la leçon : je sais qu'on est tellement nombreux sur Terre que tout ce qui est vrai à petite échelle le devient aussi à grande échelle. Par exemple, il ne viendrait à l'idée de personne de faire tourner un moteur de voiture dans sa cuisine.

C'est vrai avec les particules, le plastique, la surpêche, le méthane, les nitrates, l'économie, etc. de quoi donner raison à un gamin de 6 ans. C'est dingue, non ?

21. juillet 2020

Les 10 limites de la planète

Mes 2 derniers billets vous présentaient rapidement la collapsologie comme l'étude de l'écroulement de notre système. La nature a mis longtemps à trouver un équilibre, et on a défini 10 indicateurs à surveiller. Chacun de ces indicateurs présente un aspect de notre écosystème qui risque de changer radicalement les conditions de vie sur Terre si il sort d'un seuil. Chaque indicateur qui bascule risque d'en faire basculer un autre. Le risque est alors systémique avec à la clé, l'effondrement de notre civilisation et la fin de la vie telle que nous la connaissons. Rapide survol des indicateurs :

Limites que l'on a déjà franchies :
1 – Biodiversité : L'Homme est aujourd'hui responsable de la 6ème extinction de masse qui est en cours. Deux tiers des espèces du vivant risquent de s'éteindre d'ici 2100. Ces animaux remplissent des fonctions sur tous les écosystèmes.

2 – Climat : C'est l'aspect le plus connu actuellement. Il faut bien voir que certains scénarios crédibles du réchauffement climatique peuvent amener la planète à des températures mortelles tous les jours de l'année pour 1 milliard de personnes.

3&4 – Cycles biochimiques : Ce sont les éléments nécessaires à la photosynthèse et au métabolisme cellulaire (Phosphore) et aux acides aminés (Azote), éléments clés de la vie sur Terre. Ces éléments sont durement exploités pour l'agriculture au point que nous arrivons à une limite dans leur utilisation. Le pic de la production de Phosphore est prévu pour dans 10 ans. La production d'Azote est hautement énergivore, puisqu'elle consiste à liquéfier de l'air, de plus il pose des problèmes d'élimination dans les sols saturés.

Limites pas encore dépassées (mais on ne fait pas les marioles non plus) :
5 – Destruction des forêts : en les remplaçant par des surfaces agricoles, on détruit les habitats des animaux sauvages et le microbiote de la terre, les sols sont lessivés par la pluie, on perd des zones humides, on morcelle les habitats naturels.

6 – Acidité des océans : responsable de la mort du Corail et fait souffrir les crustacés, elle est liée à la dissolution et transformation du CO2 dans l'eau de mer sous forme d'acide carbonique notamment.

7 Surconsommation d'eau douce : Ressource vitale, son utilisation pour l'agriculture peut parfois entrer en conflit avec les besoins fondamentaux. Pourquoi pensez-vous que la Chine ait le dents si longues sur le Tibet ? C'est leur château d'eau.

8 Couche d'ozone : Elle protège la vie des Ultraviolets nocifs. On est passés près de la catastrophe voilà quelques dizaines d'années, mais le problème semble avoir été réglé. Rien n'est éternel cependant.

On ne sait pas si on les a franchies, car on manque de données :
9 Particules dans l'air : Concentration globables en particules dans l'air, ce qu'on appelle les aérosols. On y trouve principalement les résidus de combustion en suspension dans l'air, comme les microparticules liées aux diesels.

10 Pollution chimique : métaux lourds, déchets nucléaires, perturbateurs endocriniens, plastiques et autres saletés dont on ne sait pas se défaire. Cette catégorie est malheureusement très vaste.

Ne croyez pas que le gouvernement ignore encore ces limites : ils a même une page pour nous les expliquer ! Alors pourquoi ne fait-il rien ?

On attends toujours des programmes ambitieux de taxation du kérozène, de développement du vélo, sur la durée de vie des produits (garantie longue), sur les économies d'énergie (isolation thermique, 5G, SUV, ferroutage...), l'agriculture (élevage intensif & méthane, intrans agricoles, information consommateur transparente) et l'interdiction de certaines pratiques polluantes (nanoparticules).

Mais non, on n'a toujours RIEN. Leurs lois sur les coton tiges et les gobelets en plastique, franchement, ça peut sauver le monde ?

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