La peine de mort (2) : La veuve et l'orphelin

Lorsque la justice décidait de tuer quelqu'un, elle prenait une lourde responsabilité. Très lourde.

Elle décrétait qu'elle ne se trompait absolument jamais (car toute erreur aurait justifié que l'on tuât la justice, elle-même coupable), que le coupable ne pouvait pas regretter, s'améliorer, tenter de se racheter ou apporter un jour quelque chose à la société. Qui sait, peut-être même sauver une vie ? Car on ne peut se permettre d'oublier qu'avant de commettre un crime, l'accusé a eu une vie. Il n'a pas toujours été mauvais, il a eu d'innombrables échanges avec d'autres personnes, il a rendu service, il a été aimé. On pourrait tuer quelqu'un alors que quelqu'un l'aime encore ?

Cette justice causerait à son tour un préjudice énorme pour l'entourage, les proches du condamné. Mais surtout : elle refuserait d'admettre qu'un individu ne se fabrique pas tout seul ! S'il tue, c'est aussi pour des raisons liées au contexte : économique, social, historique. Si un criminel est responsable de son geste, à son tour, le contexte qui a créé le criminel ne peut s'affranchir de sa part de responsabilité. Ou alors, la peine de mort est une forme d'eugénisme. Car le crime était peut-être une tentative désespérée de réparer quelque chose de vécu. La peine de mort serait un moyen confortable de ne pas se poser de question sur la société, la justice, les responsables.

Une justice qui tue des criminels crée aussi des orphelins, pupilles de l'État, des veufs et des veuves. Elle laisse un vide immense aux proches de l'accusé, qui pourraient à leur tour mal tourner. On ne punit pas le condamné, car une fois mort, il est loin des problèmes. C'est une peine pour tout son entourage, qui porte le deuil à partir de l'exécution de la peine de mort. Ce n'est donc pas une peine pour l'accusé. C'est en fait toute la société qui est condamnée de cette façon.

Et si on y pense bien, que votre père ou votre mère ait eu la tête tranchée n'est peut-être pas le meilleur moyen de faire de vous un parfait citoyen respectueux de la notion de justice... de là à prétendre que la peine de mort pourrait engendrer de futurs délinquants, il n'y a qu'un pas que je franchis sans honte.

Commentaires

1. Le 21 février, 2018, 7h38 par DaQueen

I agree.

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