La peine de mort (1)

Certains sondages annoncent que les français seraient pour le rétablissement de la peine de mort. Son retour demanderait de revenir sur de nombreux traités internationaux, je suis rassuré. Mais 40 ans après son abolition, on peut se demander pourquoi de nombreux français sont encore attirés par l'idée de tuer un inconnu.

Alors histoire de purger le débat, voici un aveu.

Si j'étais témoin du massacre d'un proche, de ma famille, je serais un barbare épris de vengeance. Je massacrerais brutalement et sans aucune retenue l'auteur du crime, en toute haine, en toute folie. La violence prendrait le dessus sur toute considération morale. Je ne regretterais probablement rien et estimerais avoir agi légitimement, par nécessité, selon mon instinct. Je me foutrais qu'il existe une justice autre que la mienne, que nul autre ne pourrait appliquer.

Mais voilà : la justice n'est pas moi seul. Ce que l'aveuglement peut me faire commettre, la justice doit justement l'éviter. C'est même son seul rôle. Il n'existe pas de réparation : les victimes sont douloureusement affectées quoi qu'il arrive. La mort ou la torture n'y changent rien. Une société ne se fonde pas sur des colères individuelles, fussent-elles justifiées. On ne délègue pas à l'État le soin de se venger.

« Ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n'est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d'autres passions ne le sont, celles-là, sont nobles. »
Robert Badinter - Extrait d'un discours à l'assemblée nationale, le 17 septembre 1981

La justice a un rôle fondateur dans une société. Elle a pour principe d'être détachée des événements. C'est pourquoi on demande aux juges et aux jurés de ne pas connaître les victimes ou les faits. La justice doit prendre le recul nécessaire et observer froidement la situation.

Et puis dans ce sujet, on néglige toujours une chose : le rôle de la justice est aussi de disculper. La justice ne concerne pas seulement le coupable et la victime, elle concerne surtout les innocents. Aussi bien ceux qui sont accusés à tort que ceux qui ne sont pas mis en cause.

On est alors en droit d'attendre des règles dépassionnées et rassurantes. On peut souhaiter ne pas mourir si la machine s'emballe. On peut préférer ne pas jouer sa vie sur une malheureuse décision, prise par des inconnus.

C'est à partir de là qu'il est possible de discuter. Mes billets à venir aborderont des éléments de réflexion plus précis.

Commentaires

1. Le 14 février, 2018, 5h16 par bidouille

un jour je me suis assise,le ciel me tombant sur la tête, mais j'ai pensé: la peine de mort n'existe plus . Je me suis relevée .

2. Le 8 mars, 2018, 10h36 par Yris

Autant pour la peine de mort, je comprends les arguments contre le rétablissement de celle-ci. En revanche, il est évident que la justice ne nous protège plus : celle-ci est remplie de magistrats politisés à gauche (culture de l'excuse pour les délinquants, aucune mesure de protection et de compassion pour les victimes brisées et anéanties), d'avocats pourris jusqu'à la moelle comme Mr Dupont-Morreti qui considère le frère de Merah comme "un faux coupable" alors que celui-ci reconnait durant son procès que seul la justice d'Allah a de la valeur à ses yeux. Cette justice parvient systématiquement à gracier la racaille islamiste, les Bertrand Cantat et les grands bourgeois (patrons, politiciens) en justifiant leur jugement laxiste par des excuses à la noix. Personne n'est dupe.

3. Le 9 mars, 2018, 12h58 par le gauchiste

On disait de Maître Vergès lors du procès Klaus Barbie ce que vous dites de Dupont-Moretti. Le fait est que la mission d'un avocat est ni plus ni moins que de défendre un accusé. On ne peut pas lui reprocher de bien le faire. Et la justice fonctionne ainsi : même les pires criminels ont droit à une défense. C'est le seul moyen de tempérer l'avocat de la partie adverse. Selon votre raisonnement, on pourrait tout aussi bien renier l'intérêt d'un avocat aux victimes lorsque l'accusé est manifestement en-dessous de tout soupçon. Un retour au Moyen-Âge en somme...

Et puis si les plus corrompus arrivent à se sortir d'affaire, rétablir la peine de mort n'y changerait rien. Pire : vous dites vous-mêmes que la justice ne nous protège plus. C'est peut-être la meilleure de toutes les raisons de continuer à se battre contre la peine de mort, pour que la justice ne tue plus sur un jet de dés, non ?

Pour ma part, je n'étais ni au procès de Merah, ni à celui de Cantat. Je ne peux pas me prononcer à leur sujet. Mais ne confondez pas le frère Merah avec Mohamed Merah. On ne va quand même pas condamner l'un pour les crimes de l'autre... relisez La Fontaine : « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère ».

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