17 juin, 2019

Un bénévole qui tient le balai

Alors que je suivais un accompagnement personnalisé (et renforcé) auprès d'une entreprise privée de recyclage de chômeurs, on me fait la publicité de ce qui s'appelait encore à l'époque l' « évaluation en milieu de travail », ou encore EMT, renommée et élargie aujourd'hui en PMSMP.

Ce dispositif vise à tester un truc. En général, l'idée est de tester si on aime ou non un métier en conditions réelles. On nous pousse parfois à faire des trucs pour voir si on est encore capables de travailler j'imagine.

Aux réunions, on avait un type, la cinquantaine, au chômage (évidemment), qui avait travaillé pendant 20 ans en tant qu'agent d'entretien. On lui demande vers quel métier il aimerait maintenant se tourner, et il répond « agent d'entretien ». En fait, lorsque j'étais à l'école, on me disait que si je travaillais mal, je finirais balayeur (ce qu'on appelle aujourd'hui pudiquement « agent d'entretien »). Et là, je me retrouve face à un type dont c'est le métier depuis 20 ans, et qui nous dit, alors qu'on lui pose une question ouverte que non, il ne veut pas changer, il aime ce métier.

Une mine d'or. Une type qui lave par plaisir.

Alors comme on nous tartine des EMT du matin au soir, on lui propose d'en faire une, et il trouve un endroit pour en faire une. Il s'agit d'une EMT de 3 semaines (le maximum à l'époque), avec pour objectif de travailler sur des machines, parce qu'il n'a jamais fait ça, il aimerait bien découvrir. Pas de problème, on lui signe l'EMT, simple formalité.

Un mois plus tard, à une autre réunion, il est de retour.

Il nous apprend qu'il est un peu déçu, parce qu'il n'a pas pu travailler sur les machines. Elles étaient en panne. Il a donc passé 3 semaines à faire gratuitement un boulot qu'il maîtrise parfaitement puisqu'il le fait depuis 20 ans. Il se peut que ça lui ait même coûté du transport ou du restau d'entreprise.

Maintenant que les EMT sont devenues des PMSMP, le même type peut se faire arnaquer 4 semaines au lieu de 3 pour faire gratuitement le métier qu'il connaît déjà très bien. Ces « stages » sont l'arnaque des temps modernes : sous de nombreux prétextes fallacieux, Pôle Emploi vous dit d'en faire, même dans des métiers que vous connaissez. Cela change-t-il les chômeurs de case ?

N'imaginez pas que ces situations soient rares. Il existe même des entreprises qui les utilisent comme période d'essai pour vous tester gratuitement, et ne pas vous garder parce que vous ne faites pas l'affaire. Pôle Emploi a beau le savoir, ils peuvent de moins en moins surveiller ces abus.

Comme on dit sur Internet : « Si c'est gratuit, c'est toi le produit ».

12 juin, 2019

Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel

Je pense que depuis au moins 5 ans, il n'est jamais arrivé qu'un conseiller Pôle Emploi ne me conseille pas de faire une PSMSP. En fait, dans la plupart des cas, ce conseiller m'en tartine même une telle couche qu'on pourrait parler de vente forcée, voire abus de faiblesse, si on considère qu'un chômeur à Pôle Emploi n'en mène pas large.

La PMSMP est une « Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel ». C'est le nouveau nom de l'EMT (Évaluation en Milieu de Travail).

J'en parle ici. Ce sont des stages non rémunérés par l'employeur, dont la durée peut aller de 1 à 28 jours. Ils en mettent partout. Tellement que ça coule sur les bords.

Les conseillers me disent que c'est un bon moyen de faire du réseau. Le réseau... ce piston qu'il faudrait avoir sans être bien né. Cette preuve de l'inutilité de Pôle Emploi, qui n'est plus capable de remplacer ce fameux « piston », qui sépare les riches des pauvres, piston qui permet que les destinées ne changent pas d'une génération à l'autre...

Qu'on se comprenne bien : je suis d'accord pour prêter main forte lorsque c'est utile. Un déménagement, peindre un appartement, ranger, aider un voisin gratuitement, oui ! Mais quand je suis bénévole dans une association qui est en redressement judiciaire, Pôle Emploi me le reproche vertement, me disant que ce n'est pas une façon de travailler. Que le travail n'est pas gratuit. Ah, ben ok, je vais arrêter alors. C'est dommage, ça me permettait de faire du réseau. Et puis j'avais des petits contrats de temps en temps.

Mais travailler gratuitement pour une entreprise privée qui fait de l'argent, par contre, c'est drôlement bien. Ça permet de faire du réseau... donc la première étape pour faire du réseau, rencontrer les bonnes personnes et avoir un bon boulot, c'est de bosser gratuitement.

Vous noterez que si le bénévolat est toujours interdit aux demandeurs d'emploi, Macron prévoit de le rendre obligatoire avec son « revenu universel d'activité ».

14 mai, 2019

La taxe Tobin

On parle beaucoup depuis quelques années de la « taxe Tobin ». Les marchés financiers étant un paradis fiscal à l'échelle de la planète, certains économistes (Tobin, mais aussi Keynes bien avant lui) proposent de les réguler en y appliquant une taxe, comme on le fait à tous les secteurs marchands. C'est notamment la position de l'association Attac. On taxe déjà les bénéfices des entreprises, la vente de produits finis par la TVA, on taxe aussi certaines épargnes. Mais les plus-values boursières ne sont pas taxées. Cela semble évident de considérer qu'il s'agit d'un oubli à corriger.

Certains projets proposent de taxer les plus-values à environ 0,05%. Connaissez-vous beaucoup de taxes aussi faibles ? Il est vrai que ce projet se base sur l'idée qu'une transaction boursière s'effectue avec une vitesse de l'ordre de la nanoseconde. Comprenez : 1 milliard de fois par seconde. On est loin de l'actionnaire qui vote au comité d'administration de l'entreprise dans laquelle il croit, une fois par an. En fait, il est plus rentable d'acheter et vendre une action que de compter sur les dividendes.

Vous sentez que je suis peut-être un peu hostile à une taxe aussi faible alors que le marché est aussi immoral ? En fait, je pense qu'il faut taxer sur qui est « normal », mais il ne faut pas taxer ce qui devrait être interdit. On ne doit pas taxer la pollution, la cocaïne, l'ivresse sur la route, la contrebande, non. Il faut les interdire.

Je pense qu'avant de se poser la question de taxer les transactions financières, il faut les réguler. Les rendre « normales », leur rendre une utilité sociale. Et ensuite, il sera question de les taxer sur la base de tout ce qui fait fonctionner la société.

Il faut interdire (ou taxer à 100%) toute transaction qui serait inférieure à 1 semaine et ne rendre possibles les positions (achat - vente) qu'une fois par jour. Parce qu'en 1 journée, il a le temps de se passer des choses, bien plus qu'en une nanoseconde. Il faut revenir à une dimension humaine des investissements pour qu'ils reprennent leur sens premier : aider les entreprises.

Ensuite seulement, on réfléchira à les taxer.
 

1 mai, 2019

Notre Dame en Soldes

Chaque lecteur que vous êtes a eu, au moins un instant, une petite émotion en pensant qu'il était possible de perdre des éléments importants de notre patrimoine culturel. Cette cathédrale qui a survécu aux Allemands en 1945, alors qu'Hitler aurait donné la consigne de tout saboter en partant, n'aura pas passé le cap d'un petit nettoyage. De là à supposer que c'est un compteur Linky qui a foutu le feu, je n'ose pas... Mais ça aurait de la gueule...

Deux éléments me font réagir à cet événement. Non pas sur les causes de l'incident de Notre Dame de Paris, mais sur Macron, notre incident à nous, Français.

« Nous rebâtirons la cathédrale de Notre-Dame plus belle encore et je veux que cela soit achevé d’ici cinq années, nous le pouvons » E. Macron

Macron nous dit qu'il veut la refaire en 5 ans, et qu'elle sera plus belle qu'avant. Il ne la trouvait pas assez belle ? Il ne serait pas en train de nous refaire le coup de la nouvelle recette ? Sur les biscuits, quand on replace des aliments par des ingrédients chimiques par exemple. Je verrais bien Notre Dame encore plus belle et plus dans notre temps avec de la tôle ondulée et des poutres en rail de chemin de fer par exemple. Ce serait très tendance. Et puis ça expliquerait qu'il soit capable de tout refaire en 5 ans...

L'autre aspect concerne le prix des réparations. On sait très bien que personne n'oserait mégoter sur le prix (la tôle ondulée, c'est pas si cher). Non, c'est surtout ce qu'il nous dit ensuite, alors que les cendres sont encore chaudes.

« Dès demain une souscription nationale sera lancée » E. Macron

Ce qui est drôle, c'est que d'un côté, on pourrait dire que c'est vraiment à l'État de payer ça en prélevant des impôts. Par exemple, avec l'ISF, on avait de quoi restaurer 4 fois Notre Dame sans demander l'aumône. Mais surtout, sa souscription nationale fera appel à des riches donateurs qui pourront à nouveau profiter d'un rabais de 66% en économie d'impôts. Donc finalement, c'est quand même l'État qui paie, grâce à l'impôt des classes moyennes. C'est donc tous les autres qui paieront la grosse part des travaux par leurs impôts. D'ailleurs, les pauvres pourront aussi donner, mais s'ils ne paient pas d'impôts, ils n'auront pas droit aux 66% d'économie.

C'est aussi de la publicité pour pas trop cher. Quand on connaît le budget pub de LVMH, Notre Dame aura permis un bon coup de communication, à un moment où tout le monde était très à l'écoute de Notre Dame...

C'est fort quand même. C'est vraiment un réflexe chez lui : même quand tout le monde perd un bijou national, il est capable de nous cracher encore dessus.

Je pense qu'à ce niveau d'arrogance, on peut parler de talent.
 

5 avril, 2019

Que peut faire l'armée dans une manif

Depuis François Hollande (on ne va pas seulement embêter Macron), on nous a collé des militaires en France. On appelle ça l'opération sentinelle. Ça consiste à payer cher des militaires qui ne voient plus leur famille et ne servent à rien dans une ville pleine d'innocents, pour qu'ils interviennent en cas de problème (même s'ils n'en ont jamais eu besoin). On les épuise donc et on habitue les civils à voir du vert kaki dans les rues. On nous habitue à un climat de guerre civile, comme on nous a habitués à l'idée de montrer notre sac avec le plan Vigipirate. C'est pour votre sécurité qu'on vous dit.

Mais pour protéger le Fouquet's et ses amis, le gouvernement a décidé d'utiliser ces sentinelles dans les manifestations. Naturellement, on nous dit pour le moment que ce ne sont pas des opérations de maintien de l'ordre, c'est seulement pour sécuriser des bâtiments.

Personne n'a vu le tour de passe-passe ? On nous a mis ces soldats dans la rue pour protéger les gens contre les terroristes, et aujourd'hui, on les y met pour protéger les bâtiments contre les gens !

Tout le monde le dit, les militaires ne sont pas formés pour les opérations de « maintien de l'ordre ». Après avoir envoyé des CRS (dont c'est le métier), avec des armes (interdites à l'étranger), des chars, des hélicoptères et des drones, on envoie maintenant l'armée. C'est logique... logique si on considère que le danger vient des Français eux-mêmes.

Mais comment un militaire peut-il s'y prendre pour protéger un bâtiment ou une zone ? Imaginez : il a l'interdiction de tirer tant que sa vie n'est pas en jeu. Mais il est quand même armé. Donc sauf à craindre un terroriste dans le foule, il ne tirera pas. Après 4 mois de Gilets Jaunes, aucun manifestant n'a fait feu sur un policier. Quelle riposte proportionnée pourrait faire un soldat, censé protéger les gens qu'il a en face de lui ?

Imaginez une meute de manifestants tentant de saccager une statue. Que fait l'armée ? Elle crie ? Elle pousse les manifestants gentiment ? Elle n'est pas formée à ça, elle en est incapable.

L'armée ne peut faire que 2 choses : regarder faire les manifestants ou faire une bavure.

Grande idée que de renforcer ce climat de guerre civile. Ça nous prépare au cas où ils auront le droit de tirer sur nous... mais croyez-moi : si une telle bavure avait lieu, Macron compterait ses dernières heures.

27 mars, 2019

On sort l'armée après l'attaque du Fouquet's

En 2007, Sarkozy fêtait sa victoire à l'élection présidentielle au Fouquet's. Depuis lors, cette brasserie huppée de Paris est devenue un symbole de l'oligarchie, de tous ces contribuables qui partent cacher leur argent en Suisse. Sarkozy a été le premier Président à mélanger les genres de façon aussi nette, à assumer qu'il serait le Président des riches. D'ailleurs, il est actuellement le seul à s'être reconverti dans le privé après sa fonction présidentielle.

Alors que les manifestations font rage dans tout le pays pour dénoncer cette perte de souveraineté du peuple face aux puissances de l'argent, Macron, Président des ultrariches est devenu un symbole de cette annexion du pouvoir par les riches, au point de faire passer Sarkozy pour un débutant sans classe. Les gilets jaunes sont un mouvement combattu avec force par le pouvoir. Elle n'est pas combattue politiquement, mais par la force. Entendez bien : même les eurodéputés dénoncent les violences policières « disproportionnées ». On a le Conseil de l'Europe qui est venu dénoncer la loi anticasseurs, et même maintenant l'ONU qui adresse un avertissement à la France. L'arme LBD 40 est dénoncée par tout le monde, Ligue des droits de l'homme en tête. La France est le seul pays à l'utiliser à ce point. Quand même drôle que la « puissance publique » choisisse précisément cette arme fabriquée en Suisse, terre d'exil fiscal. Tout un symbole.

Macron veut interdire le droit de manifester au nom du respect des institutions de la République, en demandant aux gilets jaunes de respecter la loi alors que son gouvernement est responsable de gazages massifs, d'arrestations arbitraires (gardes à vues sans motif) et de mutilations. Tout ça pour protéger des statues et des biens matériels ?

Alors forcément, l'une des représentations de cette injustice, le Bethléem de la finance, c'est le Fouquet's. Juste un symbole, comprenez bien.

C'est tellement étonnant que Castaner décide d'envoyer l'armée la semaine suivante. Une coïncidence, probablement. L'idée que le dialogue évolue. Après les charges de CRS violentes, les interdictions illégales de manifester légalement, les lois de circonstance pour nous museler, on appelle maintenant l'armée. L'armée pour sauver les manifestants d'eux-mêmes ? Encore probablement un symbole...

19 mars, 2019

Le chenil de Pôle Emploi

Ce ne sont plus les demandeurs d'emploi qui cherchent l'emploi, mais les entreprises qui cherchent l'employé.

C'est tellement vrai que chercher un emploi demande un peu de talent, mais beaucoup de chance au final. Chance d'être bien né, d'avoir survécu aux accidents de la vie, d'avoir bénéficié d'études et d'avoir eu les bons contacts, le tout avec la qualité de savoir tirer profit de tout ça. Sinon, il y a aussi la chance de tomber au bon moment au bon endroit, face à la bonne personne, à un moment où tout va bien.

Mais il n'existe pas de moyen fiable d'avoir une carrière sans être au moins dans l'un des 2 schémas précédents. Ce sont aussi ces personnes qui sont les plus recherchées par les recruteurs.

En fait, à force de recevoir tout et n'importe quoi comme CV, les entreprises ont souvent recours au filtrage. Ne pas répondre au téléphone, mettre sur une pile les CV avant recyclage du papier, trier les e-mails par mots-clés, retirer les annonces au bout de 24h (parfois au bout de quelques heures seulement). Bref, les entreprises ont développé des stratégies pour se protéger du tout venant des chômeurs.

Mais parfois, il arrive qu'elles aient quand même « vraiment » besoin de recruter. Alors elles ont des stratégies. Les chasseurs de têtes si vous êtes rares, ou le piston : « tu connaîtrais pas quelqu'un ? ».

C'est tellement vrai que maintenant, à Pôle Emploi, au-delà du service des annonces, on bascule en douceur vers un service des CV. Même si les chômeurs sont toujours obligés à fouiner dans les rares annonces disponibles, l'œil vif, pour trouver une truffe.

Il s'agit de ce fameux « espace personnel » en ligne que les chômeurs ont l'obligation de remplir. Il est personnel et obligatoire. On y met tout un tas de données personnelles préformatées, sans personnalité, et en toute fadeur. Cet espace est la totale contradiction des CV que l'on nous apprend à faire depuis des années. Il faut même y mettre des « compétences », préformatées elles aussi.

Cet « espace en ligne » est un vivier que peuvent consulter les entreprises sans être harcelées par les chômeurs avides. Ainsi, elles peuvent se faire l'économie de poser une annonce et choisir parmi les profils.

Les chômeurs sont ainsi progressivement placés dans des vitrines éclairées, sommés d'être désirables, pour que l'employeur puisse faire sa moisson. Nous devenons un vivier de chômeurs, un peu comme des animaux dans un chenil, attendant un maître attendri.

On nous apprend à remplir cet espace virtuel, attirer l'attention, donner la patte, remuer la queue, faire des courbettes de façon à être désirables derrière la grille de notre cage.

Les évolutions de Pôle Emploi sont discrètes, mais redoutables.

14 février, 2019

Encore une liberté perdue avec l'impôt

C'est criant de vérité : on perd des libertés et l'état glisse vers l'autoritarisme. La démocratie est réduite à un simple vote tous les 5 ans et elle ne permet pas de filtrer les menteurs ou même les élections illégales (voir les comptes de campagne de Macron qui ne font l'objet d'aucune enquête). Les référendums ne sont même plus respectés. C'est à présent l'Europe qui décide de nos lois, dans une assemblée pour laquelle on compte plus de lobbyistes que de députés.

On nous retire même le droit de penser. Car penser demande de s'informer sans le regard des autres. Mais toutes nos navigations Internet sont dorénavant espionnées par le gouvernement, depuis Hollande. Même nos appels peuvent l'être sans l'autorisation d'un juge. Pire : le gouvernement peut censurer des sites sans avoir à se justifier, sans même prévenir l'intéressé (toujours pas de juge), mettant ainsi sous coupe réglée la liberté d'expression publique. Et ce qui reste de médias est aujourd'hui sous la coupe des gros intérêts financiers.

Le dernier rempart de la démocratie s'exprimant dans la rue, on le voit aujourd'hui avec les gilets jaunes, le gouvernement commence à vouloir faire des lois de circonstance pour juguler le droit de manifester. Non seulement Castaner menace les manifestants alors que cette liberté est garantie par la Constitution, mais il envoie tellement de policiers, toujours plus violents, avec des milliers d'arrestations injustifiées, que le simple principe de manifestation est en danger. Avec les nouvelles lois, il faudra même montrer patte blanche avant de marcher dans la rue.

Et pour finir, le degré zéro de la contestation vient de nous être supprimé : celui de refuser de payer l'impôt. Certes, l'impôt est dû. Mais cela restait un dernier rempart de contestation pacifique. On appelle ça la « résistance fiscale ».

Mais avec le prélèvement à la source, même cette dernière possibilité nous est retirée. L'État se sert sur votre argent avant même que vous ne le touchiez. C'est finalement votre salaire qui est conditionnel, pas celui de l'État (sauf si vous êtes très riche évidemment).

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, Art. 14.
Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.

Techniquement, le dernier moyen de contester la teneur de l'impôt, c'est de travailler au noir. Admettez quand même que ça la fout mal de travailler au noir pour défendre le service public...

7 février, 2019

Le Grand Débat, gros comme Macron

Vous n'apprendrez certainement rien dans ce billet. Oui, il m'arrive de répéter des évidences. L'évidence que je vais vous dire est que le « grand débat national » de Macron est un cul de sac, qu'il ne faut rien en attendre.

Macron est le roi de la poudre de perlinpinpin. Il nous promet qu'il a compris, qu'il va tenter un changement, mais il a déjà dit largement qu'il ne changerait « ni de cap ni de politique » (1). D'ailleurs, s'il avait « compris », pourquoi ferait-il un grand débat ?

Il a dit ça lors du remaniement. Il change son gouvernement pour que justement rien ne change. Et il a bien mis en application son entêtement. Après les manifestations des gilets jaunes, soutenues par la majorité des français, il s'entête. On a des morts, des estropiés. Il envoie les CRS et diffuse dans les médias les images de violences pour dissuader de manifester. Et comme il l'a fait à Notre Dame des Landes, il envoie tout ce qu'il a de forces sous la main. Aujourd'hui, on se retrouve avec à peu près autant de CRS armés que de manifestant désarmés (2 bâtons, une hache et quelques feux d'artifices face à 80 000 matraques, lacrymogènes, canons à grenades et autres armes défigurantes). Il met le paquet. C'est à se demander comment il fera quand il aura complètement laminé ce dernier pilier du service public.

Macron l'a illustré dans son discours aux gilets jaunes, où il a justement continué son programme en faisant croire qu'il avait compris. Et c'est là qu'il a parlé d'une grande concertation. Personne n'est dupe, au point que même la presse en parle (pourtant pas la première dans ce genre de situation) : tout le monde parle d'enfumage. Il est facile de voir que les questions posées à son débat sont très orientées et n'abordent pas du tout les problématiques soulevées par les gilets jaunes, l'ISF en tête. Ce grand débat est une façon de nous accuser de refuser le dialogue, alors qu'il nous le refuse depuis 2 ans. Une façon de nous faire croire qu'il est à l'écoute, alors que ses réunions n'ont JAMAIS amené la moindre concertation : il fait ce qu'il a prévu, point. Il dit qu'il écoute, et pendant qu'on parle, il fait ses lois iniques. Finalement, parler, ça nous occupe.

Cette concertation est prévue pour durer 2 mois. Si on ajoute le petit temps du bilan, un faux référendum et tout ça, il espère avoir quelques mois de répit, jusqu'aux européennes. C'est tellement gros !

Mais comme on sait d'avance que rien ne changera, pourquoi dialoguer ? Il est trop tard. Macron n'est plus crédible (l'a-t-il déjà été ?). Il a donné la preuve qu'il n'était à l'écoute de personne d'autre que les banques, il ne parviendra pas à inverser la vapeur.

À moins qu'il n"accepte de partir...

Je vous conseille la lecture de cette courte lettre en réponse à celle de Macron.

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(1) Sur Libération, Boursorama, Marianne, France24, etc.

23 janvier, 2019

Pôle Emploi et la vie privée

Une amie DRH m'a raconté récemment avoir été contactée par Pôle Emploi pour savoir si c'est bien son entreprise qui avait posé 70 annonces dans la nuit. Évidemment non. Surtout la nuit. Apparemment, Pôle Emploi se fait régulièrement pirater, même si il semble accuser la sécurité des comptes recruteurs. Je ne sais pas dans quelle mesure, à quel point c'est grave, est-ce la sécurité de mes données à moi qui sont en danger ou simplement le compte d'une boîte ?

Mais je sais que Pôle Emploi me demande beaucoup d'informations personnelles. Je suis obligé de les mettre sur leur site pour que les employeurs puissent les voir. Si je laisse les cases blanches, alors je risque une radiation. Mais je suis un peu embêté.

Pôle Emploi regroupe les informations de 6,5 millions de personnes. En fait, certainement bien plus, car lorsque vous bossez 3 mois, vous êtes toujours inscrits et toutes vos informations sont encore là. Nous sommes peut-êtres des dizaines de millions ainsi fichés.

Quelle sont les informations fichées ? Mes nom, prénom, date de naissance, mon parcours professionnel, incluant mes diplômes, et donc finalement les villes que je connais, et les dates où j'y ai vécu. Des recoupements permettent donc facilement de savoir qui je connais. Il y a aussi mon numéro de téléphone, mon e-mail, mes centres d'intérêt et le suivi de toutes mes rencontres avec un conseiller. Notamment les cas difficiles (maladie, alcoolisme, épisodes de fragilité) y apparaissent ainsi que les arrêts maladie. Et puis surtout le fait d'être chômeur, indemnisé ou non et à quel montant.

Il est vrai que Pôle Emploi a fait des efforts en terme de sécurité pour la connexion à notre compte. Mais est-ce suffisant ? Est-il nécessaire de centraliser autant de données aussi personnelles en un seul endroit ? Vous imaginez le pactole pour qui arrive à entrer dans leur serveur ? Surtout quand on connaît l'efficacité de Pôle Emploi : ils avouent que seulement 30% des postes pourvus le sont grâce aux annonces (on trouve même 7% ici).

Je rappelle que la plupart de ces informations stockées sont obligatoires. Le seul moyen de les effacer est de faire appel à la loi « informatique et libertés » et demander l'effacement de tout ce qui vous concerne. Il en résulte nécessairement une radiation. Et je ne suis pas certain que l'on puisse tout faire effacer.

Je m'inquiète peut-être rapidement. Mais j'aimerais quand même savoir comment les entreprises malhonnêtes arrivent à m'envoyer des propositions d'emploi louches sur mon adresse, avec parfois des informations précises sur l'activité professionnelle ou le permis. Peut-être juste parce qu'il suffit d'un SIRET pour créer un compte employeur ?

Je vous montrerai un peu à quoi ressemblent ces annonces un jour, juste pour voir. En attendant, un conseil : paramétrez votre compte Pôle Emploi pour que vos coordonnées ne soient pas directement visibles par l'employeur.

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