4 mai, 2018

Pourquoi les cyclistes ne respectent-ils pas le code de la route ?

Les villes sont faites pour les voitures. C'est tellement évident que cela ne demande plus aucune argumentation en 2017. On préfère développer les immeubles dans le sens de la hauteur plutôt que de gaspiller de la surface au sol, si précieuse aux routes. Même les enfants doivent apprendre dès leur plus jeune âge à ne pas traverser n'importe où, n'importe comment. Le danger de la ville vient des voitures, pas des méchants voleurs d'enfants.

Cela fait que les routes ne sont pas dimensionnées pour accepter des vélos, les feux ne sont pas synchronisés pour permettre une circulation fluide à vélo et n'importe quel parking de 200 voitures ne proposera au mieux que la surface de 2 voitures pour y stationner des vélos.

Les aménagements tardifs se font au forceps et à contre-courant des habitudes des automobilistes, même lorsqu'ils ont tendance à respecter le code de la route : pistes cyclables de la largeur d'un stationnement auto, sas vélos inaccessibles par manque d'une piste cyclable, contre-sens cyclables là où il n'y a pas de place, pistes cyclables sur les ronds-points, etc.

D'autre part, de la même façon que les piétons, les cyclistes n'ont pas besoin de passer leur permis de conduire pour avoir le droit de pratiquer le vélo sur la route. Les obligations faites aux automobilistes ne concernent donc pas les cyclistes.

Maintenant, il ne faut pas oublier le plus important : la sécurité.

Le code de la route impose aux cyclistes une sonnette aux vélos qu'il est impossible aux automobilistes d'entendre, même fenêtre ouverte. Vous avez alors le choix entre hurler si vous avez de la voix et acheter un klaxon bruyant(1) mais interdit, prompt à vous sauver la vie.

Ensuite, les feux. Partir en même temps que les voitures est plus dangereux que partir à un autre moment, par exemple quand le feu est rouge. Il faut évidemment s'assurer qu'il n'y a pas de voiture en sens inverse. Mais éviter le flot de voitures au démarrage est très sécurisant.

Mettre le bras pour signaler que l'on tourne ne peut être qu'une option, souvent utile pour bien montrer qu'on existe sur un rond-point (toujours eux), mais il est parfois imprudent de ne pas avoir les mains sur les freins, dans une descente, juste avant un virage (au cas où une voiture serait garée juste après sur la piste cyclable), ou en sortant d'un rond point (encore eux) alors qu'il s'y trouve un passage pour piétons.

Il m'arrive aussi parfois de prendre des sens interdits pour éviter des rues dangereuses, notamment à des endroits où la priorité à droite n'existe pas pour les vélos.

Et je ne parle pas des vélos qui roulent sur les trottoirs, terrorisés par le flux des voitures.

Aujourd'hui, il faut savoir que réduire les risques à vélo peut coûter une amende de 90 euros...

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(1) Le code de la route impose que le klaxon des cycles soit composé « d'un timbre ou d'un grelot ». On lit même ensuite « L'emploi de tout autre signal sonore est interdit ». Loi pourtant révisée en 2001...

28 avril, 2018

Sur l'obésité des voitures

Je vous ai récemment parlé de mon accident de vélo. Ma roue a percuté la roue avant d'une voiture et je suis passé au-dessus du capot.

Roue voilé, fourche enfoncée, quelques travaux de remise en état du pédalier, mon vélo n'ayant plus ses pièces d'origine a encore un peu de mal à s'en remettre.

Pour ma part, le soleil que j'ai fait au-dessus de la voiture m'a permis d'atténuer ma vitesse et de tomber par terre en amortissant un peu ma chute, par mes bras, mon sac, ma roulade. Rien de cassé. De jolis bleus, une petite cicatrice au coude et un genou qui craque un peu de temps en temps. On appelle ça avoir de la chance.

Croiser une voiture qui vous barre la route pour cramer une ligne blanche, c'est ce qu'on appelle dans mon cas « de la chance ». Sans doute parce que je n'ai pas rayé la voiture...

Depuis cet accident, il y a 10 ans, le comportement des automobilistes a évolué. D'une part, on voit moins de voitures sur les pistes cyclables : elles stationnent maintenant sur les trottoirs, gênant à présent les poussettes et les fauteuils roulants (ne surtout jamais gêner les autres voitures !). J'observe de plus en plus des infractions consistant à griller des feux (parfois par anticipation), des lignes blanches, des stops, des sens interdits. C'est maintenant devenu quotidien. On se permet aujourd'hui en voiture ce qu'on s'autorisait en tant que piéton.

Et plus dangereux, les voitures se sont habituées aux vélos, et elles ne font plus l'écart nécessaire à un dépassement : 1 mètre en ville. Quand je le rappelle à l'automobiliste qui arrive au feu, je passe pour un mauvais coucheur. Il manque de m'envoyer dans le décor, et je suis le problème ? Comprenez bien mon énervement.

Depuis 2008, aussi, la taille des voitures a enflé. Il n'existe plus une marque qui ne propose pas un 4x4 SUV. Les rues sont maintenant peuplées de voitures au-dessus desquelles je ne pourrai jamais passer. Même la Mini de 1959 est devenue un monstre, passant de 700kg à 1,4 tonnes à vide et de 32 à 192 chevaux, de 3 à 4,3 mètres de long... Même la plus petite des voiture est devenue un monstre SUV.

Le prochaine voiture à faire demi-tour sur une ligne blanche ne me laissera même plus la chance d'une roulade au-dessus de son capot. Non, la prochaine fois, je m'écraserai comme une mouche dessus, car le capot est maintenant à hauteur de mon bassin. Ce sera au minimum une clavicule cassée.

Les voitures n'ont décidément plus rien à faire en ville.

13 avril, 2018

La cohabitation voitures-vélos

En 2008, j'ai eu un accident de vélo. Pas très grave, mais quand même. Alors qu'une voiture sortait de son stationnement, elle a fait demi-tour sur une ligne blanche. Le conducteur avait pourtant vu que j'arrivais, mais supposant que j'allais freiner à temps : je n'avais en fait même pas compris qu'elle prévoyait de me barrer la route.

J'admets volontiers que depuis cet accident, il m'est de plus en plus difficile de faire confiance aux automobilistes. D'une part, parce que j'ai davantage conscience du danger que représente une voiture face à un vélo, d'autre part, parce que j'ai bien compris que l'automobiliste ne respecte pas un code de la route censé me protéger, en tant que cycliste, mais aussi en tant que piéton.

Je généralise, évidemment, mais supposons que seulement 1% des voitures soient un danger potentiel, compte tenu du nombre de voitures que je croise, ça fait pas mal de connards sur un seul trajet.

On a ceux qui s'en foutent, pensant ne pas gêner, n'en avoir que pour 2 minutes, pensant qu'on les laissera faire (un p'tit sens interdit de seulement 20 mètres), et puis ceux qui sont ouvertement dangereux, collant les cyclistes, leur faisant une queue de poisson pour se planter 100 mètres devant, à un feu rouge. Et puis ceux qui grillent les feux rouges, parce que bon, y'a pas de flics.

Cela rend le trajet des cyclistes assez pénible, car cela demande une hypervigilance, savoir reconnaître un bruit de moteur agressif venant de l'arrière, supposer l'oubli d'un clignotant, prévoir les refus de priorité, garder des marges de sécurité au cas où une voiture déboiterait sans prévenir, pour stationner sur une piste cyclable, au cas où une portière s'ouvrirait juste devant moi, car personne ne surveille ses angles morts, car il est trop fatigant de tourner la tête.

Et je ne parle même pas des ronds-points, concentré de danger, notamment quand les automobilistes sont au téléphone.

Alors oui, je roule en plein milieu de la route, pour éviter les portières à droite, pour ne pas laisser l'espoir de passer à une voiture qui imaginerait avoir la place de me doubler, je mets des autocollants sur les vitres des voitures mal garées, je fais la leçon aux voitures qui me suivent sur les pistes réservées aux vélos, je me place ouvertement devant les voitures au feu, les gênant alors qu'elles sont sur un « sas vélo ».

Les voitures ont gagné, car je n'aime plus me déplacer à vélo. Mais je n'ai pas prévu d'abandonner pour autant, alors chers automobilistes, habituez-vous, on continuera d'être chiants tant que 1% d'entre vous seront dangereux.

6 avril, 2018

Les piétons sont-ils dangereux ?

Chaque cycliste aura eu affaire au cours de ses déambulations à un piéton « dangereux ». Comprenez par là que l'imprudence du piéton aura amené le cycliste à avoir une sueur froide.

Combien de fois, aussi, j'ai entendu les automobilistes dire du mal de la conduite des cyclistes, disant qu'ils étaient dangereux. Admettons que face à une Clio de 800kg ou un 4x4 de 2,5T, le cycliste est surtout dangereux pour lui-même, au pire. Admettons aussi que si le cycliste prend un risque, il le prend pour lui-même uniquement face à cette tonne d'acier. L'automobiliste se plaint surtout de ce qu'il pourrait rouler sans regarder et qu'il est donc obligé de faire attention au danger qu'il représente. Parce que disons-le, dans ce cas, c'est toujours l'automobiliste qui est dangereux, et c'est aussi lui qui est en tort. Logique, c'est lui qui tient l'arme.

Pour revenir au cas du piéton face au cycliste, c'est donc le cycliste, qui est dangereux. Si on considère que chaque personne qui se déplace en ville n'a pas forcément de voiture (par manque de moyen, parce qu'elle n'a pas de permis de conduire ou parce qu'elle se considère dangereuse en voiture) ni de vélo (parfois par peur de rouler en ville), il me semble légitime de considérer que la ville appartient en priorité aux piétons. Le cycliste est alors la source du danger pour le piéton, et même si un accident de cette nature n'est jamais mortel, admettons que c'est au cycliste de redoubler de prudence face à l'attitude négligente du piéton.

C'est pourquoi je reste toujours poli lorsque qu'un piéton traverse sans regarder, mettant sa propre santé en jeu ou lorsque des parents n'arrivent pas à tenir leurs enfants sur le trottoir. C'est à moi de prévoir ce genre de situation imprévisible et je l'assume, quitte à rappeler aimablement aux piétons leur imprudence lorsqu'elle se présente.

Tout comme la voiture doit s'effacer face aux vélos, c'est aussi aux vélos de s'effacer face aux piétons.

Mais quand même, je déteste ces foutus téléphones qui transforment les gens en robots obnubilés...

28 mars, 2018

Le dernier bourreau

Vous le savez maintenant, je suis définitivement et totalement contre la peine de mort. Je regrette même d'avoir à en parler, tant j'aimerais que cette question soit enterrée pour chacun de nous. Qu'aucune conscience ne puisse douter de l'importance d'une vie, même de la pire.

Cependant, si la peine de mort revenait en France, je devrais être le bourreau. Je ne prétends pas que j'en aurais le courage et encore moins l'envie, mais il faudrait que je sois celui-là.

Car ce métier absolument ingrat n'a rien à voir avec un autre métier moralement infâme. Car ce métier, une seule personne l'exercerait. Il n'est pas question de dire « si ce n'est pas moi, ce sera un autre ». Quand il est question de renvoyer des migrants dans un pays en guerre, de martyriser des pauvres, d'expulser les SDF d'un abri, là, on peut renier la fonction et refuser de prendre part à une mission injuste. On peut vouloir se sentir droit dans ses bottes. Mais quand il n'y a qu'un poste, on ne grossit pas les rangs, c'est soit moi, soit quelqu'un d'autre. Et il faudrait que ce soit moi.

Imaginez que vous soyez condamné à mort. Ne me dites pas que vous êtes innocent, la justice vous a condamné, c'est tout. D'ailleurs, vous ne seriez pas le premier condamné à mourir d'une simple accusation. Le problème n'est finalement pas de savoir si vous avez commis un crime ou non, la société a besoin d'un coupable et vous étiez parfait ce jour-là. Les jurés ont bien écouté les réquisitions, et ils ont estimé qu'aucun doute « raisonnable » ne pouvait vous épargner la mort.

D'ailleurs, n'imaginez pas une seconde que si vous étiez l'auteur d'un crime, la situation serait différente. Il faudrait qu'un bourreau vous donne la mort si la justice en avait décidé ainsi. Alors je me proposerais pour vous tuer.

Et maintenant que vous êtes sur le point de mourir, froidement, tué par un inconnu, quel bourreau préférez-vous ? Le sadique ou l'humaniste ?

C'est moi que vous choisiriez.

8 mars, 2018

La peine de mort (5) : Les arguments matériels

Je propose de conclure cette série de billets sur la peine de mort en faisant le tour des arguments bateau qui reviennent sans cesse.

Il m'est arrivé d'entendre que les meurtriers coûtaient cher à la société. Les nourrir à rien faire dans une prison haute sécurité coûterait de l'argent. C'est vrai. Mais il se trouve que la peine de mort coûte encore plus cher que la prison à vie. Ce calcul a été fait aux États Unis. La mise à mort seule n'est pas nécessairement si chère, mais les voies de recours le sont. Alors quoi ? Faudrait-il tuer tous les condamnés sans laisser de place au doute ? Qui est le plus barbare dans l'histoire ? Celui qui tue par passion ? Ou la société qui tuerait en se pinçant le nez ?

Malgré ces recours, le nombre d'erreurs judiciaires aux USA est effrayant. On en compte plus d'une centaine sur les macchabées produits par la justice des États-Unis. Il n'est pas pensable d'imaginer une justice qui ne se tromperait jamais. J'entends parfois dire qu'on pourrait au moins tuer quand on est sûr du coupable. Mais comment peut-on l'être à ce point, si les jugements dépassionnés sont faits par des personnes étrangères aux faits ? Sur la base des déclarations des victimes, tourmentées par leur ressentiment ?

Le mode de mise à mort est probablement aussi un problème. On ne supprime pas une vie simplement en appuyant sur un bouton. L'actualité regorge de mise à mort ratées, horribles, où le condamné hurlait et souffrait pendant des dizaines de minutes au point que les familles des victimes suppliaient pour l'arrêt de la procédure. On regrettera parfois la guillotine, un moindre mal jugé trop barbare aux États-Unis. C'est là qu'on comprend qu'une mort, c'est toujours sale.

Le dernier argument concerne l'idée que la peine de mort serait dissuasive. Les États Unis sont un bon terrain d'étude sur ce point. On n'a observé aucune reprise de criminalité dans les états qui avaient aboli la peine de mort. La tendance serait même un peu à la baisse. La raison est que les criminels n'ayant plus rien à perdre avant de se faire arrêter et risquer la peine capitale, ils auraient carte blanche pour le massacre si ça peut les sortir d'affaire.

Alors évidemment, il est vrai qu'un mort ne recommence pas. On est ici dans l'argument médical. On préjuge que le condamné aurait recommencé. Et même si c'était statistiquement vrai, aurait-on le droit de tuer un coupable, alors que précisément celui-ci ne récidiverait pas ? Il est impossible de savoir à l'avance qui sera honnête ou non.

Le doute doit toujours bénéficier à l'accusé.

Vous pouvez relire les autres billets sur la peine de mort ici : 1, 2, 3 et 4.

3 mars, 2018

La peine de mort (4) : Peut-on tuer si on est certain du criminel ?

Il m'est arrivé d'entendre des gens me certifier qu'ils sont contre la peine de mort « sauf quand on est vraiment certain du coupable ».

Apparemment innocente, cette phrase permet de se poser à juste titre la question de la limite de la justice. Elle définit une culpabilité, tente de faire émerger la vérité, mais elle ne prétend absolument pas être LA vérité. Et ce pour plusieurs raisons. D'une part, il faut savoir que ne peut pas être juge ou juré une personne qui a été concernée par l'affaire qu'il juge, de près ou de loin. On considère que cela pourrait altérer sa neutralité.

Partant de là, leur jugement ne peut se fonder que sur des preuves indirectes : témoignages, ADN, traces, données numériques, etc. Ces données sont toutes falsifiables, ou limitées dans ce qu'elles peuvent dire. Une donnée numérique pourra dire que telle puce téléphonique était à tel endroit (à 50 mètres près) à telle heure. Mais elle ne dira pas si le téléphone était dans la poche d'untel, ni s'il s'est rendu dans l'appartement et non juste en face. On essaie alors de faire parler n'importe quel élément pour conforter les preuves manquantes de la réalité des faits. Tuer un coupable sur ces éléments reste une prise de risque importante.

Et puis il est profondément injuste de jouer la vie d'une personne sur les moyens qu'il a de se payer un bon avocat. Car on le sait, cela peut faire toute la différence sur un verdict. Ce sont les plus pauvres qui sont aussi les plus souvent exécutés.

Mais ne peut-on pas être certain lorsque l'accusé avoue lui-même ? C'est une partie du problème. Il n'avouera jamais s'il risque la peine de mort sur ses aveux. D'ailleurs, la loi dit qu'on ne peut obliger quelqu'un à s'accuser lui-même. Soyons logiques. Mais admettons qu'il avoue pour avoir la conscience tranquille. Doit-on tuer celui qui assume ses actes et a permis de révéler la vérité, sacrée et espérée par tous ? Pourquoi tuer celui qui avoue et pas celui qui n'avoue pas ? Et même dans ce cas : avoue-t-il pour protéger quelqu'un ? pour détourner l'attention d'une autre vérité ? Parce qu'il subit un chantage sur ses proches ? Non. On ne peut même pas croire un accusé qui avoue.

D'ailleurs, la vérité n'est pas seulement dans ce qui se dit, mais aussi dans ce qui ne se dit pas. Notamment, on ne connaît jamais les vraies raisons profondes qui font qu'une personne a commis un acte criminel.

Tuer le coupable, c'est simplement détruire la seule preuve directe.

26 février, 2018

La peine de mort (3) : Pourquoi devrait-on tuer ?

On nous ressert tout le temps la nécessité de tuer les condamnés les plus méchants. Mais pourquoi ?

Doit-on avoir une peine de mort basée sur l'idée de la vengeance ? Vouloir la tête du condamné au sens propre ? La justice doit-elle pratiquer la rancune d'une victime ? C'est certainement cette loi du Talion qui aura transformé le désir de vengeance en nécessité d'une loi pratiquant elle-même cette vengeance. Mais j'en ai déjà parlé, la justice n'a pas le droit de jouer ce rôle.

Ou alors, il s'agirait d'un geste médical : on tue un tueur car c'est dangereux de le laisser. Comme on brûle une verrue, on découpe une tumeur, on arrache une mauvaise herbe. Il s'agirait alors de retirer toute culpabilité à l'accusé : « Il est comme ça et puis c'est tout ». Ce n'est surtout pas ce que souhaitent les victimes, au contraire. Elles veulent que sa responsabilité le cuise dans les flammes de l'enfer, lui coller toute la cause du drame.

D'autre part, on oublie que la loi peut évoluer. Qu'en est-il d'un crime qui deviendrait légal après la mort du condamné ? Par exemple, personne ne souhaiterait aujourd'hui tuer les voleurs, les sorcières ou les avorteuses. Marie-Louise Garaud a été exécutée en 1943 pour ce motif, alors que l'avortement thérapeutique est autorisé en 1955. Pas de pot pour elle !

On peut aussi penser à une loi scélérate qui condamnerait à mort des rebelles tentant de sauver le monde... comme les résistants de la dernière guerre par exemple. C'est ainsi que le Général De Gaulle fut condamné à mort par contumace le 2 août 1940.

Ce serait tellement pratique de tirer un trait pour nettoyer le crime commis. Tuer un criminel sans se poser plus de question que lui. Attend-on d'une société intelligente qu'elle réfléchisse à ses actes ?

21 février, 2018

La peine de mort (2) : La veuve et l'orphelin

Lorsque la justice décidait de tuer quelqu'un, elle prenait une lourde responsabilité. Très lourde.

Elle décrétait qu'elle ne se trompait absolument jamais (car toute erreur aurait justifié que l'on tuât la justice, elle-même coupable), que le coupable ne pouvait pas regretter, s'améliorer, tenter de se racheter ou apporter un jour quelque chose à la société. Qui sait, peut-être même sauver une vie ? Car on ne peut se permettre d'oublier qu'avant de commettre un crime, l'accusé a eu une vie. Il n'a pas toujours été mauvais, il a eu d'innombrables échanges avec d'autres personnes, il a rendu service, il a été aimé. On pourrait tuer quelqu'un alors que quelqu'un l'aime encore ?

Cette justice causerait à son tour un préjudice énorme pour l'entourage, les proches du condamné. Mais surtout : elle refuserait d'admettre qu'un individu ne se fabrique pas tout seul ! S'il tue, c'est aussi pour des raisons liées au contexte : économique, social, historique. Si un criminel est responsable de son geste, à son tour, le contexte qui a créé le criminel ne peut s'affranchir de sa part de responsabilité. Ou alors, la peine de mort est une forme d'eugénisme. Car le crime était peut-être une tentative désespérée de réparer quelque chose de vécu. La peine de mort serait un moyen confortable de ne pas se poser de question sur la société, la justice, les responsables.

Une justice qui tue des criminels crée aussi des orphelins, pupilles de l'État, des veufs et des veuves. Elle laisse un vide immense aux proches de l'accusé, qui pourraient à leur tour mal tourner. On ne punit pas le condamné, car une fois mort, il est loin des problèmes. C'est une peine pour tout son entourage, qui porte le deuil à partir de l'exécution de la peine de mort. Ce n'est donc pas une peine pour l'accusé. C'est en fait toute la société qui est condamnée de cette façon.

Et si on y pense bien, que votre père ou votre mère ait eu la tête tranchée n'est peut-être pas le meilleur moyen de faire de vous un parfait citoyen respectueux de la notion de justice... de là à prétendre que la peine de mort pourrait engendrer de futurs délinquants, il n'y a qu'un pas que je franchis sans honte.

14 février, 2018

La peine de mort (1)

Certains sondages annoncent que les français seraient pour le rétablissement de la peine de mort. Son retour demanderait de revenir sur de nombreux traités internationaux, je suis rassuré. Mais 40 ans après son abolition, on peut se demander pourquoi de nombreux français sont encore attirés par l'idée de tuer un inconnu.

Alors histoire de purger le débat, voici un aveu.

Si j'étais témoin du massacre d'un proche, de ma famille, je serais un barbare épris de vengeance. Je massacrerais brutalement et sans aucune retenue l'auteur du crime, en toute haine, en toute folie. La violence prendrait le dessus sur toute considération morale. Je ne regretterais probablement rien et estimerais avoir agi légitimement, par nécessité, selon mon instinct. Je me foutrais qu'il existe une justice autre que la mienne, que nul autre ne pourrait appliquer.

Mais voilà : la justice n'est pas moi seul. Ce que l'aveuglement peut me faire commettre, la justice doit justement l'éviter. C'est même son seul rôle. Il n'existe pas de réparation : les victimes sont douloureusement affectées quoi qu'il arrive. La mort ou la torture n'y changent rien. Une société ne se fonde pas sur des colères individuelles, fussent-elles justifiées. On ne délègue pas à l'État le soin de se venger.

« Ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n'est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d'autres passions ne le sont, celles-là, sont nobles. »
Robert Badinter - Extrait d'un discours à l'assemblée nationale, le 17 septembre 1981

La justice a un rôle fondateur dans une société. Elle a pour principe d'être détachée des événements. C'est pourquoi on demande aux juges et aux jurés de ne pas connaître les victimes ou les faits. La justice doit prendre le recul nécessaire et observer froidement la situation.

Et puis dans ce sujet, on néglige toujours une chose : le rôle de la justice est aussi de disculper. La justice ne concerne pas seulement le coupable et la victime, elle concerne surtout les innocents. Aussi bien ceux qui sont accusés à tort que ceux qui ne sont pas mis en cause.

On est alors en droit d'attendre des règles dépassionnées et rassurantes. On peut souhaiter ne pas mourir si la machine s'emballe. On peut préférer ne pas jouer sa vie sur une malheureuse décision, prise par des inconnus.

C'est à partir de là qu'il est possible de discuter. Mes billets à venir aborderont des éléments de réflexion plus précis.

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