Société

tout ce qui ne concerne pas les autres catégories, traitant de politique, de religion, d'actualité.

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7 décembre, 2018

Les gilets jaunes : qu'en attendre ?

J'en ai parlé dans mon dernier billet, les revendications des gilets jaunes ne sont pas très écolo. Toutefois, on sent que certains sont sensibles à l'écologie. Nombre d'entre eux n'y connaissent pas grand chose, cependant : y comprendre quelque chose demande du temps, et tout le monde n'en a pas.

Les récentes revendications des gilets jaunes, reçus par de Rugy, portent sur les taxes, pour en payer moins. Elles vont même jusqu'à demander qu'on redistribue moins (ce serait la solution). Ils appelleraient ça « la diminution de l’assistanat ». Le risque est donc que Macron nous dise « vous avez raison, il y a trop de taxes, dérégulons encore ».

Curieusement, les médias n'avaient pas trop relayé ça. C'était pourtant un indice qui montrait qu'il serait difficile de se mettre d'accord sur tout. Mais voyons comment cela évolue.

La 2nde mouture des revendications semble oublier cet « assistanat », elle est aussi plus cohérente. Le mouvement semble vouloir plus de solidarité, peut-être même remettre du service public. Espérons-le en tout cas. Car le problème n'est pas que l'on manque d'impôt, mais uniquement que la fiscalité est absolument injuste.

Je suis néanmoins déçu par l'absence de souci écologique dans les revendications. Ce matin, c'est le 6ème SUV 4x4 que je croise avec un gilet jaune sur la plage avant. Tout va bien. Le seul point que j'ai pu lire dans les revendications à Édouard concerne le développement des voitures à hydrogène qui seraient « mieux que la voiture électrique ». La blague Carambar de l'écologie en somme. Allez voir mon billet à ce sujet.

Mais je ne crache pas dans la soupe : ce mouvement très large déstabilise Macron. Il ne s'en sortira pas avec une pirouette cette fois-ci. On l'attend vraiment au tournant. Les manifestants veulent en découdre et ne lâcheront pas l'affaire sur une promesse fétide.

Macron annonce qu'il parlera en début de semaine prochaine, donc encore après la manif de ce week end, pour laquelle il annonce envoyer 12 blindés et 89 000 CRS. Il fait tout pour qu'on qu'on n'écoute pas ce qu'il a à dire.

Macron étant missionné par l'oligarchie pour être idiot et têtu, il essaie de gagner du temps pour mieux nous manipuler. Temps pendant lequel il évite de raconter n'importe quoi (il évite de parler, en gros). Mais il ne comprend pas qu'au lieu de gagner du temps, il en perd. Car plus il tarde, plus il se rapproche de la sortie de son règne.

5 décembre, 2018

Les gilets jaunes

Les « gilets jaunes » sont un mouvement spontané en réaction à l'augmentation de 3 centimes au litre de la TICPE, taxe sur le carburant. L'idée hypocrite de Macron étant de le présenter comme un impôt vert écolo et tout. La bidouille de trop.

On le sait, c'est de l'enfumage : les personnes taxées sont les plus pauvres (en volume) et n'ont pas les moyens de changer de mode de consommation (acheter une voiture neuve). Surtout qu'il n'est pas prévu d'utiliser cet impôt pour quoi que ce soit d'écolo (19% tout au plus ?). Et puis ce serait bien la première fois que Macron ferait un geste pour l'environnement. Par exemple, cette taxe rapporterait moins que l'ISF, supprimée par Macron, et payée par ceux qui roulent en 4x4. Ce n'est qu'un exemple, la presse en regorge.

La revendication des gilets jaunes porte sur le raz-le-bol fiscal. Les revendications n'ont, elles non plus, rien d'écolo. Jusque là, finalement, tout le monde se comprend. C'est vrai que les impôts deviennent injustes, et celui-là porte le sceau de la trahison.

Mais je regrette qu'aucun de ces gilets jaunes ne soit descendu dans la rue lors des manifestations pour le climat. Ce sont des personnes qui râlent sur 3 centimes. Ces mêmes personnes laissent Jupiter détruire le système social, la biodiversité, la santé, la vie privée, la liberté d'expression et de penser en sacrifice à l'économie.

Mélenchon semble dire que les révolutions partent toujours des taxes en France. Ça tient debout. Alors j'attends. Je ne file pas plus un chèque en blanc à ce mouvement qu'à un personnage politique. Mais j'admets que ça évoluera probablement bien.

Gardons espoir, ce mouvement d'ampleur a fendu les résistances du pouvoir, et il a aussi l'avantage de rassembler beaucoup de monde. Ce ne sont plus seulement les très pauvres qui s'opposent à Macron, c'est un peu tout le monde.

27 octobre, 2018

La fin du trou de la Sécu

Ça y est ! Le trou de la sécu vient enfin d'être résorbé !

Et pas qu'un peu... on nous faisait la leçon pour un petit trou d'un milliard, et voilà pas qu'on se retrouve avec un bénéfice de près d'1 milliard ! Bah, les milliards, ça va, ça vient.

Ça aura été compliqué de sauver la Sécu quand même. Il aura fallu fouetter les hôpitaux, imposer des frais médicaux pas remboursables par les mutuelles (1€ de participation forfaitaire) pour dissuader les malades d'être malades, baisser des tas de remboursements, mais ça y est, on y arrive.

Et maintenant ? On remet les remboursements comme avant ?

Bah non, ça serait dommage. Macron en fera profiter les cotisants (les entreprises, via les salaires). Comme ça, on dépensera moins en cotisations, on creusera un autre trou de la sécu et on pourra recommencer à dérembourser un cran plus loin.

Vous suivez la logique ?

Dire qu'il aurait été si simple de maintenir les cotisations sociales. Dire qu'une sécu qui rembourse à 100% coûterait moins cher en mutuelle et apporterait ce foutu pouvoir d'achat dont on parle tant...

Surtout qu'on ne le dit pas, mais les heures sup, celles-là même qui justement rendent les gens malades, et bien elles seront exonérées de cotisations ! Pas bête hein ? Pour un coût de 2 milliards. On remet 10 balles dans la machine ?

Le plus drôle, c'est que la Cour des Comptes prévoit même un bénéfice de 24 milliards en 2022, qui servira à renflouer les caisses de l'État, car les bénéfices seront plafonnés par la loi. Les cotisations sociales serviront donc ainsi à financer les entreprises qui ne cotisent pas (avec le CICE par exemple). Une merveille.

PS : Pour ceux qui n'auraient pas suivi, ils sont en train de faire pareil avec Pôle emploi...

17 décembre, 2017

Johnny et l'interdiction culturelle

Que va-t-il se passer de nouveau, maintenant que l'icône des jeunes des années 60 est morte ? Les jeunes des années 60 (donc les 68ards) sont eux aussi en train de mourir, certains l'ont été bien avant leur idole. Avec des débuts en 1958, des chansons populaires dès 1960, il faudra au mieux attendre 2087 pour que certains des plus vieux tubes de Johnny Hallyday puissent être libres de diffusion.

Les droits d'auteurs s'étendent en France 70 ans après la mort de l'auteur. C'est ce qu'on appelle traverser les générations. Car si vos enfants n'auront pas la chance de connaître les tubes de la jeunesse de vos parents, je ne vois plus du tout ce que la chanson peut encore s'appeler « culture ». La culture se transmet, et pas seulement « de père en fils ». Quand on parle d'héritage culturel, on ne parle pas seulement des dividendes que les majors empochent pendant parfois 1 siècle. On parle de ce que la musique apporte à une population.

Car quand je dis 2087... c'est le meilleur des cas. Car tout interprète de talent que pouvait être Johnny Hallyday, il n'a jamais rien écrit. Il faudra donc attendre encore la mort de tous les auteurs et compositeurs (*).

En fait, selon les enregistrements, il faudra même attendre la mort de chaque musicien... donc probablement autour de 2130... autant dire que le Climat aura eu le temps de se dérégler et les guerres d'exploser. On sera fixés sur l'existence des extraterrestres, sur la survie en milieu hostile et plein d'autres sujets bien avant qu'il ne soit possible de faire écouter à quelqu'un du Johnny sans que la SACEM nous tombe sur le dos.

Quel meilleur hommage à la musique d'une génération entière que de mettre toute cette œuvre dans un coffre et ne plus l'ouvrir avant qu'on ait trouvé comment recycler nos déchets nucléaires ? D'attendre l'extinction des espèces pour entendre librement du Johnny ?

C'est beau, on en pleurerait.

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(*) Différents auteurs-compositeurs ayant travaillé pour Johnny Hallyday (liste non exhaustive) :
Charles Aznavour, Jean Renard, Gille Thibault, Philippe Labro, Michel Mallory, Pierre Billon, Michel Berger, Jean-Jacques Goldman, David Hallyday, Zazie, Pascal Obispo, Gerald De Palmas, Yodelice

10 juillet, 2017

La Passion du sport selon Hidalgo

On connaissait la passion de Michel Hidalgo pour le football, voilà la passion de Anne Hidalgo pour les jeux olympiques. Bertrand Delanoë avait raté le coup pour les héberger à Paris en 2012. Là, le nouveau Maire remet le couvert pour 2024. Elle y croit.

Je ne critique pas l'intérêt que l'on peut avoir pour ces événements sportifs. Tout est une question de prix. Prix qui explique que les candidatures se font rares pour héberger les festivités.

Des JO, c'est effectivement une formidable opportunité pour des milliers de personnes d'avoir un emploi, tant par les besoins de l'organisation des compétitions que par la réalisation des sites : terrains de sports immenses avec gradins géants, infrastructures pour faciliter les transports de millions de personnes et leur hébergement. Ça fait du boulot tout ça.

Mais après ? Plus rien. Les emplois n'étaient que temporaires, on n'a plus besoin de vigiles, d'arbitres, de guichetiers, d'hébergements immenses, et même les constructions peinent parfois à resservir. Qui a besoin d'un pôle sportif aussi grand toute l'année ?

J'observe simplement un gâchis. Les 6 lingots d'or et les 2 tonnes d'argent nécessaires aux médailles sont une paille parmi les 10 milliards d'euros (environ) nécessaires aux dernières compétitions (48 milliards en Russie). C'était le cas en Grèce où les JO ont précédé la crise de 2007. Ça en valait bien la peine. Tout le site est aujourd'hui une zone désaffectée.

Le pouvoir de relance économique des ces jeux est de plus en plus remis en cause, tant on peine à les observer. En fait, à part en 1984 aux États-Unis (investissements de seulement 1,2 milliards), ce n'est peut-être jamais arrivé. Sait-on seulement à quoi ressemblera l'économie française en 2024 ? On dit que les conditions provoquant la crise de 2008 sont à nouveau réunies. Ça promet.

Faut-il raser une montagne à chaque fois qu'on veut organiser les jeux olympiques ? Ne pourrait-on pas admettre que ces compétitions n'ont pas besoin de réinventer la roue à chaque fois ? Construire un stade avec piscines, terrains et pistes de tous les sports à chaque fois qu'on fait les jeux... c'est vraiment comme de construire une voiture à chaque fois qu'on se déplace...

Comme si Paris n'était pas assez engorgée, comme si c'était facile de continuer à creuser des trous dans une ville où il n'est plus possible d'ajouter des métros déjà saturés. À moins que le pari d'Anne Hidalgo soit de profiter de l'aubaine pour rendre Paris piétonne ? Je crains qu'elle ne tienne pas jusqu'en 2024...

Heureusement qu'on est nul au concours eurovision de la chanson, ça nous épargne de l'organiser pour quelques dizaines de millions d'euros de dépenses (mille fois moins en gros).

24 juin, 2017

Mon Dieu, un télétubbies !

Vous connaissez tous mon opinion au sujet du voile. Mon précédent billet ne parlait ni plus ni moins que du voile que des gens se mettent sur la tête, cachant les cheveux (que le motif soit religieux ou purement à cause de la pluie, finalement).

Mais le discours que l'on entend sur le voile est souvent confus. On commence en parlant de ce vêtement, et on tombe sur un détracteur qui termine sa phrase en parlant des voiles couvrants, de type burqa. Je vais maintenant parler des voiles qui cachent le visage en entier.

Mon point de vue, vous commencez à le comprendre, il est laïque. Cela ne veut pas dire que je suis pour ou contre un vêtement religieux, mais simplement que je reste à l'écart de la teneur religieuse de l'affaire. Mes yeux voient la lumière et les couleurs, mais ils ne voient pas Dieu. Un vêtement peut évoquer ou raconter Dieu, tant mieux, tant pis, ce n'est pas à moi d'en décider.

En revanche, que quelqu'un me refuse même la vue de son visage, c'est une autre affaire. N'en suis-je pas digne ? Ce phénomène est très rare. J'ai très rarement croisé une telle femme dans la rue, et je pense que légiférer dans de telles conditions est juste bon à agiter les problèmes.

Je n'ai pas à interroger les raisons religieuses qui en pousseraient certains à exiger des femmes qu'elle se cachent de la sorte. Rien dans le Coran ne demande à une femme de cacher son visage. Il semblerait que cacher la femme en entier soit ni plus ni moins que le fait de l'instinct de propriété des hommes : besoin de posséder et cacher une femme, la soustraire du regard des rivaux. Il s'agit de la « chosifier » à l'extrême. La femme qui souhaiterait se cacher de la sorte n'aurait rien à en tirer.

Les seules fois que j'ai vu des personnes se cachant le visage dans ce seul but (se cacher le visage), c'était des casseurs en manif, des personnes interviewées qui craignaient pour elles ou leur travail, ou les braqueurs d'un supermarché se faisant passer pour le GIGN (si, si, j'y étais !). Si quelqu'un souhaite me cacher son visage, je dois chercher une menace quelque part. En suis-je donc une ? La menace vient-elle de celui qui cache son visage ?

Je veux d'une société où on assume son visage. Parce que le visage, c'est la chose la plus plaisante à découvrir. C'est celle qui communique : avant même de parler, on communique avec son visage, en faisant la moue, en montrant de l'intérêt, en souriant. Même les bébés le font. Assumer son visage, c'est le degré zéro de l'existence en société.

On trouvera toute une myriade de femmes souhaitant cacher un peu plus de leur visage, les oreilles, le menton, les tempes... un peu comme ce gamin qui te regarde en faisant une bêtise, et qui se demande à partir de quel moment tu vas réagir. Où est la limite ?

Qu'une femme communique sur sa religion ne me pose pas de problème. Qu'elle conduise avec un voile me semble moins gênant que de le faire avec des lunettes de vue. Mais cacher son visage dans la rue, c'est refuser d'être dans la rue. Parce que la rue est le pot commun de tous les visages des gens qui la partagent.

La rue est une auberge espagnole où on met en partage son humeur, qu'elle soit triste ou qu'elle soit joyeuse, et où on accepte les règles de la rencontre. C'est aussi comme ça qu'on apprend le respect.

20 juin, 2017

Le voile de Marianne

Ça commence à faire 20 ans qu'on nous ressort la question du « voile ». Pas celui que portait la vierge Marie, non (mais presque) : celui que portent aujourd'hui certaines femmes musulmanes.

Ce vêtement a pour but de cacher les cheveux. Il est généralement associé à d'autres vêtements dont le but est de cacher un peu tout le corps (bras et jambes). Je ne parlerai pas ici des voiles qui cachent aussi le visage ou même les yeux, car c'est une autre question.

On le porterait pour des raisons religieuses : mais ce voile, différent d'un pays ou d'une époque à l'autre, parfois obligatoire, parfois non utilisé, est en fait culturel. Rien dans le Coran ne dicte quoi que ce soit de précis (« cacher ses atours »). D'ailleurs, dans certains pays, ce voile laisse apparaître les cheveux (notamment en Iran, où il est obligatoire). La religion catholique, par exemple, prend aussi pas mal de libertés sur la Bible, révélant ainsi plus sa « culture religieuse » que le texte sacré : manger du poisson le vendredi, voter à droite, tabasser les protestants, pas de sexe avant le mariage, interdire les curés femmes ou mariés, etc.

« Toute femme qui prie ou prophétise sans avoir la tête couverte fait honte à sa tête : c’est exactement comme si elle était rasée. » — Nouveau Testament
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens - Chapitre 11.5

La culture chrétienne occidentale serait donc très mal placée pour dire aux musulmans comment lire le Coran et s'habiller. C'est précisément pour cela que l'on a inventé la « laïcité ». On fait des lois qu'on met dans un pot commun et qui doivent (en théorie) être étrangères à la religion. Ce sont aux religions de s'y soumettre, quelles qu'elles soient. Il est vrai que la « culture judéo-chrétienne » a sans doute pas mal orienté nos pratiques et qu'il est impossible aujourd'hui de prétendre à une neutralité absolue dans nos lois. Les interdictions de tuer ou de voler, par exemple, nous sont peut-être inspirées de la Bible. D'ailleurs, l'adultère peut encore constituer une raison de divorce pour « faute » dans le mariage.

On prétend parfois que « le mari » imposerait ce voile. Et finalement, s'il celui-ci impose un voile, est-ce qu'un autre n'imposera pas une mini-jupe ou une fourrure exubérante ? On ne peut pas être derrière chacun. Les femmes voilées que je connais portent toutes ce voile par choix personnel, parfois même contre le choix de leur conjoint. Ma culture me dit simplement que les hommes se découvrent en de nombreuses occasions, mais que les femmes gardent leur coiffe en toutes circonstances.

Depuis que j'existe, je vois la religion comme quelque chose de plutôt personnel, tout comme l'orientation sexuelle ou parfois même les opinions politiques pour certains. En fait, je ne suis pas habitué à croiser des gens qui, par leurs vêtements, m'interpellent et me disent : « hé, regarde bien, je suis catholique ». Je pense que c'est cette raison qui a donné au voile une image envahissante de l'Islam, et qui a pu choquer ceux qui ne souhaitaient pas qu'on leur assène une religion qu'ils ne voulaient pas connaître. Il ne s'agit pas toujours de xénophobie. Mais lorsque l'on voit quelqu'un dont la première chose qu'il souhaite dire avant même de parler est sa religion, j'ai tendance à faire un pas de côté, un peu brusqué par une croyance que je préférais intime. D'où un léger malaise. Mais cette discrétion culturelle est complètement intégré par la plupart des musulmans français.

Il est vrai que les seuls qui portent un uniforme en France, ce sont les gens qui ont un métier (curé, flic, militaire, garde républicain, grooms, vendeur Casto...) ou qui se cachent (religieux et moines, sectes, académiciens...). Certaines communautés aussi ont un signe distinctif : de nombreux juifs sont reconnaissables par une coiffure et un couvre-chef particuliers. Il existe donc un précédent français. On l'a peut-être un peu perdu de vue, depuis que la guerre a tué un quart des Juifs de France.

Mais un autre aspect, plus sémantique cette fois, nous fait réagir face au voile. On sait que de nombreuses femmes de par le monde meurent de refuser de le porter : dans les pays où le voile est obligatoire (Arabie Saoudite, Iran...), mais aussi dans d'autres pays, lorsque le poids culturel familial impose d'une main de fer cette tradition (car il ne s'agit que d'une tradition). Alors nous réagissons en pensant que porter le voile, c'est faire honte à ces femmes mortes ou soumises. Il est vrai que militer pour porter ce voile chargé de sens est vraiment cynique. D'autant plus surprenant lorsque ce message est porté par des féministes au nom de la liberté. D'autant plus surprenant que ce voile est symboliquement là pour afficher l'infériorité de la femme par rapport à l'homme devant Dieu (ici).

Est-ce qu'on verrait un descendant d'esclave porter des chaînes pour témoigner de sa culture ? un juif porter l'étoile jaune ? Que penseriez-vous de quelqu'un qui se promènerait avec une corde bien laïque autour du cou ? Certes, les catholiques portent une potence (la croix du Christ), mais bon...

On cherche à mon avis à justifier notre propre problème avec ce voile. Et on le justifie de la pire façon : en accusant la religion. Ce voile, comme tout vêtement, doit être considéré comme un choix personnel, une habitude culturelle. On peut lui reprocher toutes sortes de choses. Mais interdire un vêtement est une autre affaire. Et si certains redoutent une invasion arabe, qu'ils soient rassurés, cette histoire de voile n'y changera rien. Regardons-le donc d'un point de vue laïc : qu'on l'aime ou pas, c'est avant tout un carré de tissu, à l'image de celui que portaient les femmes pour aller à la messe.

Un grand paradoxe de notre société, c'est quand même d'avoir réduit les maillots de bains à la taille de leur étiquette de prix, et de crier à la provocation lorsque ce vêtement occultant est jugé cultuellement impudique.

27 mars, 2017

L'opération Sentinelle

François Hollande a mis en place l'opération sentinelle suite aux attentats contre Charlie Hebdo. Deux ans après, on y est toujours, comme on est toujours en état d'urgence, comme il y a toujours 21 personnes assignées à résidence sans que la justice n'ait eu à leur reprocher quoi que ce soit. Tout comme Vigipirate, toujours actif, 20 ans après sa mis en place.

L'opération sentinelle, c'est plus de 10 000 militaires répartis sur le territoire, pour surveiller des points chauds (écoles, musées...). Ces sentinelles n'ont jamais empêché le moindre attentat. Les seules agressions qu'elles ont neutralisées, ce sont des attaques contre elle-mêmes. Faire de la présence en ville abaisse leur taux d'entraînement et épuise ces militaires délocalisés. Qu'on aime l'armée ou pas, on préfère les savoir en pleine forme le jour où on a besoin d'eux.

Car les militaires ne sont pas dédiés à des missions de surveillance en ville. Et leur mission consiste finalement surtout à devenir des cibles, car ces militaires n'ont pas le moyen de connaître la source du danger tant que ce danger ne se manifeste pas (en les attaquant par exemple). Les sentinelles sont des cibles vertes faciles à identifier, que l'on pose en ville avec des armes puissantes, censées rassurer les populations pour un budget de 1 million d'euros par jour (donc 700 millions d'euros pour le moment). Et au lieu de nous rassurer, je parie que ces militaires maintiennent finalement l'inquiétude des populations sur un événement imprévisible par définition.

Si un terroriste veut une arme, il sait maintenant où la voler.

Les éléments de ce billet ne sont pas les idées farfelues d'un gauchiste qui déteste l'uniforme, je les ai repris de Michel GOYA, « ancien Colonel des Troupes de Marine » et dont les fonctions aujourd'hui se situent au niveau du conseil et de l'analyse des conflits. Vous pouvez retrouver ces éléments sur son blog.

Vouloir de la sécurité n'implique plus d'user l'armée française dans cette mission de communication au long cours. Mettre l'armée en ville est juste bon à créer un climat de « guerre civile », ce qui est délétère.

13 décembre, 2016

Vive le Téléthon !

Grâce à l'aide de toute la population française, nous allons enfin sauver des milliers de personnes et faire avancer la recherche !

Mais... vous ne voyez pas comme un problème, juste là ? Et bien il se trouve que jusqu'à maintenant, j'imaginais que c'était surtout le rôle de l'État, ou à défaut, d'une entreprise de service public, de sauver les gens et faire avancer la recherche.

Loin de moi l'idée d'interdire à des entreprises de travailler sur ce domaine. Mais le privé n'est pas vraiment connu pour sauver les gens. Ou alors, vraiment seulement si ça rapporte. Ainsi, lorsqu'une maladie est décrétée « pas rentable », aucune entreprise ne fait de recherche. Autant vous dire qu'elle était motivée à sortir le Viagra.

Mais sans être franchement gauchiste, on peut tout à fait comprendre que là où les entreprises boudent, le service public se doit d'être présent, non ? Il est vrai qu'il préfère peut-être mettre de l'argent là où il y a vraiment du monde à soigner. Le SIDA, par exemple, lorgne avec jalousie les dons faits au Téléthon.

Parce que finalement, on nous fait un super show télé avec des célébrités, des chansons, tout ça, et finalement, quand on fait la collecte, on vous a vendu du rêve. C'est merveilleux. Mais revenons sur Terre. La Myopathie touche 5000 personnes en France (limitons à ce territoire pour comparer). La maladie d'Alzheimer touchera 1 200 000 personnes en 2020, en forte progression, malgré les décès. Maladie qu'on attrape de plus en plus jeune. J'aurais pu comparer avec le SIDA, la sclérose en plaques ou des tas d'autres maladies qui n'ont aucun traitement (dites orphelines).

Alors évidemment, lorsque vous avez une personne malade dans un fauteuil devant vous, forcément c'est concret, c'est difficile. On veut le sauver, c'est humain. Préférez-vous sauver un myopathe, 30 scléroses en plaques, ou 168 « vieux » atteints d'Alzheimer ? Je ne vous propose pas ce méchant dilemme par cruauté. Mais pour rappeler qu'au-delà des maladies qu'on vous présente à la télévision, avec force paillettes, il y a de nombreuses personnes qui dépérissent, faute de traitement.

Il faut savoir que ce sont essentiellement des particuliers (1 million) qui donnent (84% du bilan) surtout les revenus modestes (en proportion de leurs revenus), car les français sont très généreux. Très peu d'entreprises (10% établissements de soins compris pour moitié). La gestion + collecte coûte 15% des recettes. Personne n'a été guéri en 30 ans (pour un total de plus de 2 milliards d'euros donnés).

Ne vous méprenez pas : je VEUX que l'on fasse de la recherche pour soigner les myopathies. Il serait simplement cruel que ce Téléthon fasse de l'ombre aux autres maladies. J'aimerais aussi qu'il ne s'agisse pas que des donations de pauvres là où l'État devrait prendre sa part (avec un impôt correctement réparti là où l'argent se trouve). C'est à ça que sert l'impôt.

Sinon, pour aider les maladies rares, il y a d'autres moyens.

26 octobre, 2016

La recherche fondamentale

Nous avons un prix Nobel de chimie. Cela veut dire que le travail d'une équipe de chercheurs a été récompensé pour ses avancées sur le plan scientifique.

C'est la lecture d'un article du monde qui m'a donné l'idée de ce billet. Il montre à quel point les félicitations de notre Président bien aimé sont cyniques, tant il a continué la destruction de la recherche fondamentale déjà bien avancée par son prédécesseur, Nicolas Ier.

Je souhaite donc profiter de l'occasion pour rappeler quelle est la différence entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Car aujourd'hui, finalement, on remplace la première (publique) par la seconde (privée).

La recherche fondamentale, c'est de laisser un chercheur suivre son idée, sur un thème de recherche qui l'inspire, et dont l'application directe dans la vie n'a parfois rien d'évident. Parfois même le lien n'existe pas, il n'existera jamais. Mais cette recherche est aussi celle qui permet de voir loin. C'est aussi la recherche des grands projets.

La recherche appliquée, c'est quand ton patron te dit de fabriquer un grain de blé qui résiste aux insectes et aux herbicides. Il se fout de la qualité nutritive de l'invention, il veut un résultat. On pourra lui demander de prouver qu'un pesticide n'est pas neurotoxique par exemple (sans se soucier qu'il le soit ou non) et en tordant la question, on lui demandera les cas où il n'est pas prouvé qu'il soit nocif. On lui demandera d'inventer un plastifiant qui ne soit pas le Bisphénol A, quelle qu'en soit la toxicité, pour pouvoir répondre aux nouvelles normes sanitaires sans avoir à changer ses habitudes de production. L'éthique du chercheur devra parfois mettre dans la balance son poste ou l'avancement d'autres projets. Cette recherche amène à des brevets qui privatisent les inventions, certains progrès aussi. C'est ainsi qu'avance le brevet du vivant.

La recherche appliquée permet de faire de vraies découvertes dans certains cas. Mais elle ne remplacera jamais la recherche fondamentale, qui est désintéressée et profite à tous. On a trop tendance à croire que l'innovation dépend de l'industrie. Doit-on rappeler combien sont morts parce que l'industrie a caché une toxicité ? Combien l'industrie militaire oriente les choix politiques ? Entre l'opacité de la recherche appliquée à l'industrie et la transparence par les publications de la recherche fondamentale, on se fait une idée.

Remettre un peu d'argent dans la recherche fondamentale, c'est accepter l'idée que la paix peut aussi amener de l'innovation.

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