Chômage

La vie d'un chômeur n'est pas toujours de tout repos. Ici, vous apprendrez tout de la vie d'un chômeur. Son quotidien, l'administration, voire parfois le harcèlement administratif dont ils sont victimes pour avoir le droit de toucher pas grand chose.

 

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17 juin, 2019

Un bénévole qui tient le balai

Alors que je suivais un accompagnement personnalisé (et renforcé) auprès d'une entreprise privée de recyclage de chômeurs, on me fait la publicité de ce qui s'appelait encore à l'époque l' « évaluation en milieu de travail », ou encore EMT, renommée et élargie aujourd'hui en PMSMP.

Ce dispositif vise à tester un truc. En général, l'idée est de tester si on aime ou non un métier en conditions réelles. On nous pousse parfois à faire des trucs pour voir si on est encore capables de travailler j'imagine.

Aux réunions, on avait un type, la cinquantaine, au chômage (évidemment), qui avait travaillé pendant 20 ans en tant qu'agent d'entretien. On lui demande vers quel métier il aimerait maintenant se tourner, et il répond « agent d'entretien ». En fait, lorsque j'étais à l'école, on me disait que si je travaillais mal, je finirais balayeur (ce qu'on appelle aujourd'hui pudiquement « agent d'entretien »). Et là, je me retrouve face à un type dont c'est le métier depuis 20 ans, et qui nous dit, alors qu'on lui pose une question ouverte que non, il ne veut pas changer, il aime ce métier.

Une mine d'or. Une type qui lave par plaisir.

Alors comme on nous tartine des EMT du matin au soir, on lui propose d'en faire une, et il trouve un endroit pour en faire une. Il s'agit d'une EMT de 3 semaines (le maximum à l'époque), avec pour objectif de travailler sur des machines, parce qu'il n'a jamais fait ça, il aimerait bien découvrir. Pas de problème, on lui signe l'EMT, simple formalité.

Un mois plus tard, à une autre réunion, il est de retour.

Il nous apprend qu'il est un peu déçu, parce qu'il n'a pas pu travailler sur les machines. Elles étaient en panne. Il a donc passé 3 semaines à faire gratuitement un boulot qu'il maîtrise parfaitement puisqu'il le fait depuis 20 ans. Il se peut que ça lui ait même coûté du transport ou du restau d'entreprise.

Maintenant que les EMT sont devenues des PMSMP, le même type peut se faire arnaquer 4 semaines au lieu de 3 pour faire gratuitement le métier qu'il connaît déjà très bien. Ces « stages » sont l'arnaque des temps modernes : sous de nombreux prétextes fallacieux, Pôle Emploi vous dit d'en faire, même dans des métiers que vous connaissez. Cela change-t-il les chômeurs de case ?

N'imaginez pas que ces situations soient rares. Il existe même des entreprises qui les utilisent comme période d'essai pour vous tester gratuitement, et ne pas vous garder parce que vous ne faites pas l'affaire. Pôle Emploi a beau le savoir, ils peuvent de moins en moins surveiller ces abus.

Comme on dit sur Internet : « Si c'est gratuit, c'est toi le produit ».

12 juin, 2019

Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel

Je pense que depuis au moins 5 ans, il n'est jamais arrivé qu'un conseiller Pôle Emploi ne me conseille pas de faire une PSMSP. En fait, dans la plupart des cas, ce conseiller m'en tartine même une telle couche qu'on pourrait parler de vente forcée, voire abus de faiblesse, si on considère qu'un chômeur à Pôle Emploi n'en mène pas large.

La PMSMP est une « Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel ». C'est le nouveau nom de l'EMT (Évaluation en Milieu de Travail).

J'en parle ici. Ce sont des stages non rémunérés par l'employeur, dont la durée peut aller de 1 à 28 jours. Ils en mettent partout. Tellement que ça coule sur les bords.

Les conseillers me disent que c'est un bon moyen de faire du réseau. Le réseau... ce piston qu'il faudrait avoir sans être bien né. Cette preuve de l'inutilité de Pôle Emploi, qui n'est plus capable de remplacer ce fameux « piston », qui sépare les riches des pauvres, piston qui permet que les destinées ne changent pas d'une génération à l'autre...

Qu'on se comprenne bien : je suis d'accord pour prêter main forte lorsque c'est utile. Un déménagement, peindre un appartement, ranger, aider un voisin gratuitement, oui ! Mais quand je suis bénévole dans une association qui est en redressement judiciaire, Pôle Emploi me le reproche vertement, me disant que ce n'est pas une façon de travailler. Que le travail n'est pas gratuit. Ah, ben ok, je vais arrêter alors. C'est dommage, ça me permettait de faire du réseau. Et puis j'avais des petits contrats de temps en temps.

Mais travailler gratuitement pour une entreprise privée qui fait de l'argent, par contre, c'est drôlement bien. Ça permet de faire du réseau... donc la première étape pour faire du réseau, rencontrer les bonnes personnes et avoir un bon boulot, c'est de bosser gratuitement.

Vous noterez que si le bénévolat est toujours interdit aux demandeurs d'emploi, Macron prévoit de le rendre obligatoire avec son « revenu universel d'activité ».

19 mars, 2019

Le chenil de Pôle Emploi

Ce ne sont plus les demandeurs d'emploi qui cherchent l'emploi, mais les entreprises qui cherchent l'employé.

C'est tellement vrai que chercher un emploi demande un peu de talent, mais beaucoup de chance au final. Chance d'être bien né, d'avoir survécu aux accidents de la vie, d'avoir bénéficié d'études et d'avoir eu les bons contacts, le tout avec la qualité de savoir tirer profit de tout ça. Sinon, il y a aussi la chance de tomber au bon moment au bon endroit, face à la bonne personne, à un moment où tout va bien.

Mais il n'existe pas de moyen fiable d'avoir une carrière sans être au moins dans l'un des 2 schémas précédents. Ce sont aussi ces personnes qui sont les plus recherchées par les recruteurs.

En fait, à force de recevoir tout et n'importe quoi comme CV, les entreprises ont souvent recours au filtrage. Ne pas répondre au téléphone, mettre sur une pile les CV avant recyclage du papier, trier les e-mails par mots-clés, retirer les annonces au bout de 24h (parfois au bout de quelques heures seulement). Bref, les entreprises ont développé des stratégies pour se protéger du tout venant des chômeurs.

Mais parfois, il arrive qu'elles aient quand même « vraiment » besoin de recruter. Alors elles ont des stratégies. Les chasseurs de têtes si vous êtes rares, ou le piston : « tu connaîtrais pas quelqu'un ? ».

C'est tellement vrai que maintenant, à Pôle Emploi, au-delà du service des annonces, on bascule en douceur vers un service des CV. Même si les chômeurs sont toujours obligés à fouiner dans les rares annonces disponibles, l'œil vif, pour trouver une truffe.

Il s'agit de ce fameux « espace personnel » en ligne que les chômeurs ont l'obligation de remplir. Il est personnel et obligatoire. On y met tout un tas de données personnelles préformatées, sans personnalité, et en toute fadeur. Cet espace est la totale contradiction des CV que l'on nous apprend à faire depuis des années. Il faut même y mettre des « compétences », préformatées elles aussi.

Cet « espace en ligne » est un vivier que peuvent consulter les entreprises sans être harcelées par les chômeurs avides. Ainsi, elles peuvent se faire l'économie de poser une annonce et choisir parmi les profils.

Les chômeurs sont ainsi progressivement placés dans des vitrines éclairées, sommés d'être désirables, pour que l'employeur puisse faire sa moisson. Nous devenons un vivier de chômeurs, un peu comme des animaux dans un chenil, attendant un maître attendri.

On nous apprend à remplir cet espace virtuel, attirer l'attention, donner la patte, remuer la queue, faire des courbettes de façon à être désirables derrière la grille de notre cage.

Les évolutions de Pôle Emploi sont discrètes, mais redoutables.

27 décembre, 2018

S'adapter aux besoin des entreprises

L'habitude est souvent de considérer qu'un chômeur l'est par sa propre faute. En fait, les différentes politiques en place ont pour le moins tendu vers cet objectif : bien rappeler aux chômeurs que s'ils ne trouvaient pas de boulot, il ne fallait pas venir chouiner. Pôle Emploi nous rappelle régulièrement que si nous ne trouvons rien, c'est que nous pouvons améliorer notre parcours par notre CV, la qualité de nos entretiens d'embauche, notre mobilité, notre profil, et pourquoi pas, changer le métier recherché.

En fait, nous sommes obligés par Pôle Emploi à avoir en permanence sur leur site un CV « à jour », même lorsque celui-ci n'a pas changé d'un iota depuis 1 an. On nous demande d'actualiser un CV qui n'a pas changé : on peut bidouiller ou cliquer sur un bouton pour remettre à jour son CV. C'est nouveau. Si on oublie de le faire, c'est un motif de radiation.

Si vous avez le bonheur de vous faire contrôler par l'ECRE, on vous rappellera aussi que des « abonnements » aux offres existent sur le site de Pôle Emploi. Dans mon cas, on m'avait donné l'obligation d'utiliser ce service sans quoi je serais radié. Il s'agit de recevoir des annonces automatiquement en fonction des critères de notre recherche d'emploi.

Ces abonnements disparaissent automatiquement lorsque trop peu d'annonces correspondent à vos critères. On pourrait imaginer que c'est la faute à la crise, tout ça. Mais sur Pôle Emploi, lorsque qu'un abonnement ne donne rien, il est automatiquement supprimé au bout d'un moment. Vous pouvez le réactiver, bien sûr, mais si vous n'avez rien changé à vos « critères de recherche », il sera à nouveau désactivé sous 48h. Bref, on vous somme de changer des paramètres de votre recherche d'emploi. Car le problème, c'est vous. Donc vous devez accepter d'aller plus loin, dans une autre ville, moins payé, à temps partiel, ou carrément de changer de métier.

Le chômeur a l'obligation impérieuse de s'adapter à l'offre.

Mais pourquoi est-ce donc au chômeur de s'adapter ? Quelle cause supérieure à l'intérêt des personnes pourrait bien les soumettre aux choix d'investissement des entreprises ?

Ne serait-ce pas plutôt aux entreprises de s'adapter aux personnes ? Surtout que ce n'est pas la production qui manque de nos jours. On peut bien se passer de certains projets...

Je connais certaines entreprises qui feraient bien de traverser la rue.

7 octobre, 2018

Savez-vous comment on fait pour entrer à Pôle Emploi ?

Pour entrer à pôle Emploi, il faut un rendez-vous. Une fois sur place, on s'adresse alors à un interphone qui nous ouvre la porte ou non. Il est possible d'entrer dans les locaux le matin pour certaines réunions ou pour accéder à des ordinateurs, mais les conseillers sont difficiles à rencontrer. On est très loin du service qui existait voilà encore 5 ans.

Aujourd'hui, l'accueil à Pôle emploi est piteux. On retrouve des conseillers débordés qui nous mettent la pression pour prendre n'importe quel boulot. Comme cette amie qui avait dû se rendre avec son nourrisson à l'entretien, et qui devait lui donner le sein.

« Il faudra qu'il passe au biberon si vous voulez travailler. »

Bref, plus personne n'a envie d'aller à Pôle Emploi. Plus personne n'aime les agents déshumanisés de l'agence. C'est pour ça qu'ils mettent des interphones. Peut-être aussi pour éviter que les prochains à s'asperger d'essence le fassent dans les locaux de l'agence.

Pour s'inscrire à Pôle Emploi, on ne le fait pas dans une agence, mais en ligne. Il n'y a plus d'accueil pour rencontrer un conseiller. Au mieux, on vous aiguillera vers un ordinateur à disposition si vous n'en avez pas, et quelqu'un pour vous aider à cocher les bonnes cases. Si par exemple, vous n'avez pas d'e-mail, ça sera assez compliqué pour vous. Comme pour refaire une carte grise en somme.

Macron nous dit qu'il veut renforcer le contrôle des chômeurs. Bienvenue à Pôle Emploi. Il voudrait le faire dans leur propre intérêt. Il dit que l’intention du gouvernement n’était pas de « mettre de la suspicion derrière chacun ». Pourtant, quand on surveille un chômeur comme on le fait dans les cellules d'inquisition de l'ECRE (qu'il veut tripler), il est difficile d'imaginer que quelqu'un ici vous fait confiance. Et puis l'ECRE, c'est bientôt la seule chose qui restera de Pôle Emploi... Bonjour l'accueil !

C'est surtout démesuré si on compare au but visé : poursuivre « les quelques uns qui abusent ». Ils nous ont fait le coup pour un fichier d'empreintes biométriques national. On est parti du fichage des pédophiles pour aujourd'hui ficher tout le monde sans procès. Aujourd'hui, on a l'ECRE pour les quelques uns qui abusent, et demain, plus rien pour les autres.

Macron passe l'ECRE de 200 à 600 personnes. Cela permettra de radier 3 fois plus de personnes, donc 60 000 chômeurs. J'attends les articles de la presse qui nous annonceront une reprise de l'emploi, grâce à une baisse de 60 000 demandeurs d'emploi...

Savez-vous comment on fait pour entrer à Pôle Emploi ? Macron a trouvé le moyen de nous en faire sortir...

1 décembre, 2017

Mais qui peut bien travailler à l'ECRE ?

Comme je l'ai déjà expliqué, l'ECRE est cette Équipe de Contrôle de la Recherche d'Emploi. Elle est le père fouettard des chômeurs. Comme les entretiens mensuels devenaient ingérables et que les tâches des conseillers se sont multipliées, il devenait impossible de les assumer. Alors pour motiver les chômeurs, on n'a pas pu continuer la méthode incitative. On est passé de la carotte au bâton.

Plutôt que de montrer aux chômeurs le côté vraiment passionnant de la recherche d'un boulot, plutôt que de perdre leur crédibilité à nous faire briller des miroirs aux alouettes en période de crise, Pôle Emploi a fermé ses guichets et mis en place une cellule d'intimidation. Si t'as pas envie d'avancer, un coup de fouet ! Ça motive, tout de suite.

Si encore, cette « motivation » permettait à l'ensemble des chômeurs d'avoir une meilleure prestation, mais non. Pire : plus vous avez besoin d'aide active de Pôle Emploi, plus ils dégradent le service. Tout est informatisé et les moins formés sont laissés à l'abandon dans des sessions de formation aux outils en ligne de Pôle Emploi. Tout un programme quand vous ne savez pas utiliser une souris.

Les contrôleurs de l'ECRE ont eu la révélation : il faut radier les chômeurs. Et j'ai beau chercher, je ne vois aucune intention bienveillante de leur part. Ils n'ont pas les moyens de vraiment faire baisser le chômage (même en radiant à tour de bras), ils n'améliorent pas la qualité de service de Pôle emploi, ils ne fluidifient pas le marché de l'emploi, ils ne permettent aucune économie à cette administration, ils ne rendent service à aucun chômeur, malgré les promesses faites à la presse (« remotiver et aider les chômeurs »).

Alors je m'interroge. Qui peut bien vouloir faire ce métier de Père Fouettard ? Un chômeur avec le pistolet sur la tempe, oublieux de ses origines ? Un conseiller névrosé par ses mauvaises expériences à l'accueil ? Une taupe anarchiste qui a pour but d'occuper la place pour rendre service à ses potes ? Un fonctionnaire qui juge que « si c'est pas moi, quelqu'un d'autre le fera » ?

C'est vrai quoi, mettre des gens dans des trains vers une radiation, c'est une forme de boulot. Et puis il faut aimer l'arbitraire aussi pour radier des chômeurs sur les critères aussi flous qu'on a déjà pu le voir.

Moi ? en colère ?

Je conseille à tous les chômeurs ayant des galères avec l'ECRE d'aller faire un tour sur ce forum. On y trouve de nombreux témoignages très intéressants.

23 novembre, 2017

Le pressoire de Pôle Emploi

Si vous avez lu mon dernier billet sur l'ECRE, vous devez comprendre le cynisme de la démarche de Pôle Emploi. On vide le marché de l'emploi par une économie mondialisée, puis on affole les chômeurs un peu, de temps en temps, pour qu'ils acceptent finalement des boulots pourris plutôt que rien du tout.

Le temps de la famine de Germinal est terminé, aujourd'hui, on agite la mauvaise conscience, la peur de la crise, les méthodes mafieuses. Oui : mafieuses. Car si le chômage est financé par les cotisations de ceux qui travaillent, alors vous avez en grande partie financé vous-même votre propre chômage. Les frais de fonctionnement et compléments sont assurés par ceux qui ne sont jamais au chômage. Et on se retrouve à être culpabilisé de toucher un chômage que chacun finance soi-même. Comprenez bien que l'on est de moins en moins dans le schéma de la répartition. Car le chômage est aujourd'hui la conséquence évidente de la plupart des emplois.

C'est un peu comme si après avoir cotisé dans une caisse de retraite toute sa vie, et enfin atteindre l'âge de ne plus travailler, on nous sommait de mourir vite parce que ça coûte de l'argent. Là, on doit quitter le régime du chômage le plus vite possible. Autant pour économiser sur les indemnités que pour réduire les chiffres chers au gouvernement en place.

Ne serait-il pas plus simple de ne plus cotiser au chômage, mais toucher cette cotisation dans le salaire et de mettre un peu d'argent de côté pour les jours difficiles ? Ça éviterait au moins qu'on nous menace de bloquer le fric si on ne cherche pas assez. Depuis la disparition de l'ANPE, de toute façon, ils détruisent le principe du chômage. Ils font pareil avec la sécu, les retraites et tous les services publics.

La mission de Pôle Emploi consiste ainsi de moins en moins à financer le chômage, et plus du tout à aider les chômeurs dans leurs recherches, sinon en sous-traitant à d'incompétentes boîtes privées cette besogne. Pôle Emploi se résume de plus en plus à un site web et des instances de flicage, contrôlant si oui ou non, vous cherchez vraiment avec votre petit CV. Accessoirement, Pôle Emploi a le rôle de compter les chômeurs, permettant au gouvernement de débloquer des sous pour changer les chômeurs de case (catégorie A vers C, formations, stages Activ'emploi...). En offrant vite fait des formations juste avant les élections par exemple.

Mais ce n'est pas en pressant les chômeurs que l'État obtiendra plus de liquidités...

2 août, 2017

Que nous demande l'ECRE ?

Si vous ne connaissez pas l'ECRE (ou CRE), je vous renvoie à ce billet qui l'explique. En gros, c'est un contrôle renforcé des chômeurs.

L'ECRE part du principe que selon les articles L5411-1 et s. et L5411-6 et s. du Code du travail, les chômeurs doivent « accomplir des actes positifs et répétés pour retrouver un emploi, pour créer ou reprendre une entreprise ». Bref, on ne connaît pas la nature de ces actes, mais ils doivent être répétés (combien de fois ?) et positifs. Par contre, ce que l'ECRE suppose, c'est que chaque candidat est coupable d'infraction à ces lois. Aussi, son métier est d'opérer une traque sur la base du soupçon.

Comment cela marche-t-il ? Il leur suffit d'inverser la charge de la preuve : ce n'est plus à eux de prouver que vous ne cherchez pas de boulot, mais bien à vous de démontrer que vous en cherchez, preuves à l'appui. Par exemple, si vous ne leur envoyez pas recta un détail de toutes les candidatures (avec dates et contacts) sur les 12 derniers mois, vous risquez la radiation. DOUZE MOIS ? Même ma banque considère qu'il est trop tard pour réclamer un indu après 2 mois... et là, l'ECRE vient vous asticoter sur les 12 derniers mois ?

J'ai récemment eu à subir ce genre de contrôle. Les courriers sont rédigés de façon à faire peur. Clairement. Si vous recevez ce courrier, c'est qu'on suppose que vous truandez. Un peu comme quand un contrôleur fiscal vient vous voir. Sauf que pour ce qui est de chercher un boulot, on vous évalue sans aucun critère. Il n'existe pas une seule ligne quelque part qui précise à quoi correspondent des « actes positifs et répétés » de recherche d'emploi. Il n'existe pas de comptabilité des candidatures ratées.

D'ailleurs, Pôle emploi n'a jamais prétendu nulle part que vous deviez garder des traces de vos « actes positifs et répétés » sur 12 mois. Vous le découvrez quand l'ECRE vous tombe dessus.

Cela amène donc naturellement chaque chômeur dont l'inscription à Pôle Emploi est une nécessité à s'inquiéter. Car effectivement, l'emploi du temps d'un chômeur ne ressemblera jamais à celui proposé par Pôle Emploi. Il faut être de mauvaise foi pour le nier. Et chaque chômeur pourra toujours se demander s'il cherche assez. Le simple fait que vous n'ayez pas de boulot, c'est une preuve de plus pour l'ECRE. Même un boulot à mi-temps, c'est pas assez.

Jetez une barque à la mer avec un chômeur dedans et un tamis. Dites-lui de trouver de l'or. S'il n'en trouve pas, c'est qu'il ne cherche pas assez. Et c'est vrai, car on ne perd pas sa vie à chercher dans ces conditions. Alors vous mettez les chômeurs dans une situation impossible. Vous créez de l'angoisse. C'est nécessaire pour qu'un chômeur accepte de bosser pour 2€ de l'heure : demandez au Medef !

Et dire que le bénévolat est toujours interdit aux chômeurs...

21 juillet, 2017

Qui l'ECRE espère-t-elle radier ?

L'ECRE (E pour Équipe) ou le BCRE (pour Bureau), voire SCRE (pour Service), mais plus familièrement appelé CRE par les agents de Pôle emploi est une équipe réduite et cachée ayant pour but de surveiller les chômeurs en évaluant s'ils font des actions « positives et répétées » de recherche d'emploi. La sanction est une radiation, j'avais présenté le dispositif ici.

Difficile de savoir précisément qui elle vise. Elle s'intéresse à tous les chômeurs de catégorie A ou B (donc même ceux qui arrivent à dégoter un contrat à mi-temps). L'idée est sans doute de radier les décrocheurs en difficulté, ceux qui ont de réels problèmes personnels insolubles, ceux qui n'ont rien pour eux et ont abandonné, même pas le bac pour tenir une caisse de supermarché. On radie ceux qui se découragent de n'être jamais parmi les derniers CV sélectionnés, ceux qui restent noyés dans les 100 autres CV.

On s'interrogera au passage sur les qualités requises lors du recrutement des 200 fonctionnaires dédiés à cette tâche d'inspection.

D'une part, l'arrogance d'un gouvernement qui essaie de gratter quelques centaines de milliers d'euro avec cette Stasi du pauvre (je rappelle que le questionnaire fait 8 pages, doit être accompagné d'une pile de justificatifs improbables (comme le « tableau de bord » dont personne n'a jamais entendu parler), et renvoyé à une adresse anonyme (boîte postale), de peur sans doute que les chômeurs ne s'en prennent aux agents à la légitimité douteuse. Même le numéro de téléphone nous amène sur une boîte vocale nationale où on est priés de décliner son identité pour avoir un interlocuteur. Ont-ils quelque chose à se reprocher ?

Le gouvernement est prêt à dépenser 200 salaires pour gratter quelques ridicules assedics d'économie ? Proportionnellement, il devrait alors recruter 20 000 inspecteurs fiscaux pour gratter les 80 milliards annuels de fraude fiscale. On les attend toujours... vas-y Macron, on te regarde.

Toujours les pauvres d'un côté et les riches de l'autre.
Deux poids deux mesures...

6 novembre, 2016

L'ECRE

L'an dernier, notre cher gouvernement a mis en place des cellules spécialisées pour remettre d'équerre les chômeurs les plus désespérés. Ce sont des cellules où les chômeurs doivent se justifier d'être actif dans leurs recherches.

Avant, on avait un accompagnement personnalisé, mais depuis que l'ANPE est devenue Pôle emploi, qu'ils économisent, que les conseillers n'ont le temps de rien d'autre que faire de la gestion de paperasse, qu'ils ont fusionné avec les ASSEDIC, et que leur mission d'accompagnement a été privatisée par des boîtes privées parfois douteuses, Pôle emploi ne sert plus à aider, il sert juste à nous dire si on est radié de leur dispositif.

Et comme ça non plus, ils n'arrivent plus à le faire correctement, ils ont missionné des cellules anti-fraude spécialisées. Il ne s'agit pas de la fraude à des prestations indues, non. Il s'agit de traquer les chômeurs qui ne cherchent « pas assez ». On appelle ça l'ECRE : Équipe de Contrôle de la Recherche d'Emploi.

On nous le présente comme un dispositif pour motiver les chômeurs... comment pourraient-ils le faire ? Ils n'ont pas d'échanges avec eux. Pas d'interlocuteur, juste une boîte anonyme. Le seul échange est lorsque l'on apprend si on est radié. Ils ont joliment présenté l'affaire à la presse. Pour un peu, on croirait qu'ils créent des emplois...

C'est comme un contrôle fiscal, sauf qu'ils contrôlent des gens à bout de souffle, qui ne coûtent rien à la société. Il faut savoir que radier des chômeurs de cette façon ne crée pas d'emploi, ça fait seulement baisser les chiffres. C'est pire qu'un contrôle fiscal, parce qu'on est jugé sur des critères flous (on ne m'a jamais dit combien je devais envoyer de CV par jour). Ils cherchent des fraudes qui ne correspondent à aucun critère.

Cette technique douteuse baisse artificiellement le nombre de chômeurs, permettant ainsi à François de parader à l'approche des élections, alors qu'il s'était engagé à ne pas se représenter si le chômage ne baissait pas.

L'idée est certainement de pousser les chômeurs à accepter n'importe quoi dans la mesure où notre gouvernement détricote complètement le code du travail. Avec la pression, un chômeur acceptera n'importe quoi... bosser le dimanche, la nuit, sans aucun repos, avec des journées en gruyère... mais ça ne crée toujours pas un poste.

Si dans le pire des cas cette solution arrivait à radier 180 000 chômeurs (le maximum de dossier traitable en 1 an par l'ECRE), en radiant tous les chômeurs... ça ne changera rien au problème : 150 000 annonces (souvent bidon) pour 6,5 millions de chômeurs.

On appréciera quand même le cynisme.

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