14 mai, 2019

La taxe Tobin

On parle beaucoup depuis quelques années de la « taxe Tobin ». Les marchés financiers étant un paradis fiscal à l'échelle de la planète, certains économistes (Tobin, mais aussi Keynes bien avant lui) proposent de les réguler en y appliquant une taxe, comme on le fait à tous les secteurs marchands. C'est notamment la position de l'association Attac. On taxe déjà les bénéfices des entreprises, la vente de produits finis par la TVA, on taxe aussi certaines épargnes. Mais les plus-values boursières ne sont pas taxées. Cela semble évident de considérer qu'il s'agit d'un oubli à corriger.

Certains projets proposent de taxer les plus-values à environ 0,05%. Connaissez-vous beaucoup de taxes aussi faibles ? Il est vrai que ce projet se base sur l'idée qu'une transaction boursière s'effectue avec une vitesse de l'ordre de la nanoseconde. Comprenez : 1 milliard de fois par seconde. On est loin de l'actionnaire qui vote au comité d'administration de l'entreprise dans laquelle il croit, une fois par an. En fait, il est plus rentable d'acheter et vendre une action que de compter sur les dividendes.

Vous sentez que je suis peut-être un peu hostile à une taxe aussi faible alors que le marché est aussi immoral ? En fait, je pense qu'il faut taxer sur qui est « normal », mais il ne faut pas taxer ce qui devrait être interdit. On ne doit pas taxer la pollution, la cocaïne, l'ivresse sur la route, la contrebande, non. Il faut les interdire.

Je pense qu'avant de se poser la question de taxer les transactions financières, il faut les réguler. Les rendre « normales », leur rendre une utilité sociale. Et ensuite, il sera question de les taxer sur la base de tout ce qui fait fonctionner la société.

Il faut interdire (ou taxer à 100%) toute transaction qui serait inférieure à 1 semaine et ne rendre possibles les positions (achat - vente) qu'une fois par jour. Parce qu'en 1 journée, il a le temps de se passer des choses, bien plus qu'en une nanoseconde. Il faut revenir à une dimension humaine des investissements pour qu'ils reprennent leur sens premier : aider les entreprises.

Ensuite seulement, on réfléchira à les taxer.
 

1 mai, 2019

Notre Dame en Soldes

Chaque lecteur que vous êtes a eu, au moins un instant, une petite émotion en pensant qu'il était possible de perdre des éléments importants de notre patrimoine culturel. Cette cathédrale qui a survécu aux Allemands en 1945, alors qu'Hitler aurait donné la consigne de tout saboter en partant, n'aura pas passé le cap d'un petit nettoyage. De là à supposer que c'est un compteur Linky qui a foutu le feu, je n'ose pas... Mais ça aurait de la gueule...

Deux éléments me font réagir à cet événement. Non pas sur les causes de l'incident de Notre Dame de Paris, mais sur Macron, notre incident à nous, Français.

« Nous rebâtirons la cathédrale de Notre-Dame plus belle encore et je veux que cela soit achevé d’ici cinq années, nous le pouvons » E. Macron

Macron nous dit qu'il veut la refaire en 5 ans, et qu'elle sera plus belle qu'avant. Il ne la trouvait pas assez belle ? Il ne serait pas en train de nous refaire le coup de la nouvelle recette ? Sur les biscuits, quand on replace des aliments par des ingrédients chimiques par exemple. Je verrais bien Notre Dame encore plus belle et plus dans notre temps avec de la tôle ondulée et des poutres en rail de chemin de fer par exemple. Ce serait très tendance. Et puis ça expliquerait qu'il soit capable de tout refaire en 5 ans...

L'autre aspect concerne le prix des réparations. On sait très bien que personne n'oserait mégoter sur le prix (la tôle ondulée, c'est pas si cher). Non, c'est surtout ce qu'il nous dit ensuite, alors que les cendres sont encore chaudes.

« Dès demain une souscription nationale sera lancée » E. Macron

Ce qui est drôle, c'est que d'un côté, on pourrait dire que c'est vraiment à l'État de payer ça en prélevant des impôts. Par exemple, avec l'ISF, on avait de quoi restaurer 4 fois Notre Dame sans demander l'aumône. Mais surtout, sa souscription nationale fera appel à des riches donateurs qui pourront à nouveau profiter d'un rabais de 66% en économie d'impôts. Donc finalement, c'est quand même l'État qui paie, grâce à l'impôt des classes moyennes. C'est donc tous les autres qui paieront la grosse part des travaux par leurs impôts. D'ailleurs, les pauvres pourront aussi donner, mais s'ils ne paient pas d'impôts, ils n'auront pas droit aux 66% d'économie.

C'est aussi de la publicité pour pas trop cher. Quand on connaît le budget pub de LVMH, Notre Dame aura permis un bon coup de communication, à un moment où tout le monde était très à l'écoute de Notre Dame...

C'est fort quand même. C'est vraiment un réflexe chez lui : même quand tout le monde perd un bijou national, il est capable de nous cracher encore dessus.

Je pense qu'à ce niveau d'arrogance, on peut parler de talent.
 

5 avril, 2019

Que peut faire l'armée dans une manif

Depuis François Hollande (on ne va pas seulement embêter Macron), on nous a collé des militaires en France. On appelle ça l'opération sentinelle. Ça consiste à payer cher des militaires qui ne voient plus leur famille et ne servent à rien dans une ville pleine d'innocents, pour qu'ils interviennent en cas de problème (même s'ils n'en ont jamais eu besoin). On les épuise donc et on habitue les civils à voir du vert kaki dans les rues. On nous habitue à un climat de guerre civile, comme on nous a habitués à l'idée de montrer notre sac avec le plan Vigipirate. C'est pour votre sécurité qu'on vous dit.

Mais pour protéger le Fouquet's et ses amis, le gouvernement a décidé d'utiliser ces sentinelles dans les manifestations. Naturellement, on nous dit pour le moment que ce ne sont pas des opérations de maintien de l'ordre, c'est seulement pour sécuriser des bâtiments.

Personne n'a vu le tour de passe-passe ? On nous a mis ces soldats dans la rue pour protéger les gens contre les terroristes, et aujourd'hui, on les y met pour protéger les bâtiments contre les gens !

Tout le monde le dit, les militaires ne sont pas formés pour les opérations de « maintien de l'ordre ». Après avoir envoyé des CRS (dont c'est le métier), avec des armes (interdites à l'étranger), des chars, des hélicoptères et des drones, on envoie maintenant l'armée. C'est logique... logique si on considère que le danger vient des Français eux-mêmes.

Mais comment un militaire peut-il s'y prendre pour protéger un bâtiment ou une zone ? Imaginez : il a l'interdiction de tirer tant que sa vie n'est pas en jeu. Mais il est quand même armé. Donc sauf à craindre un terroriste dans le foule, il ne tirera pas. Après 4 mois de Gilets Jaunes, aucun manifestant n'a fait feu sur un policier. Quelle riposte proportionnée pourrait faire un soldat, censé protéger les gens qu'il a en face de lui ?

Imaginez une meute de manifestants tentant de saccager une statue. Que fait l'armée ? Elle crie ? Elle pousse les manifestants gentiment ? Elle n'est pas formée à ça, elle en est incapable.

L'armée ne peut faire que 2 choses : regarder faire les manifestants ou faire une bavure.

Grande idée que de renforcer ce climat de guerre civile. Ça nous prépare au cas où ils auront le droit de tirer sur nous... mais croyez-moi : si une telle bavure avait lieu, Macron compterait ses dernières heures.

27 mars, 2019

On sort l'armée après l'attaque du Fouquet's

En 2007, Sarkozy fêtait sa victoire à l'élection présidentielle au Fouquet's. Depuis lors, cette brasserie huppée de Paris est devenue un symbole de l'oligarchie, de tous ces contribuables qui partent cacher leur argent en Suisse. Sarkozy a été le premier Président à mélanger les genres de façon aussi nette, à assumer qu'il serait le Président des riches. D'ailleurs, il est actuellement le seul à s'être reconverti dans le privé après sa fonction présidentielle.

Alors que les manifestations font rage dans tout le pays pour dénoncer cette perte de souveraineté du peuple face aux puissances de l'argent, Macron, Président des ultrariches est devenu un symbole de cette annexion du pouvoir par les riches, au point de faire passer Sarkozy pour un débutant sans classe. Les gilets jaunes sont un mouvement combattu avec force par le pouvoir. Elle n'est pas combattue politiquement, mais par la force. Entendez bien : même les eurodéputés dénoncent les violences policières « disproportionnées ». On a le Conseil de l'Europe qui est venu dénoncer la loi anticasseurs, et même maintenant l'ONU qui adresse un avertissement à la France. L'arme LBD 40 est dénoncée par tout le monde, Ligue des droits de l'homme en tête. La France est le seul pays à l'utiliser à ce point. Quand même drôle que la « puissance publique » choisisse précisément cette arme fabriquée en Suisse, terre d'exil fiscal. Tout un symbole.

Macron veut interdire le droit de manifester au nom du respect des institutions de la République, en demandant aux gilets jaunes de respecter la loi alors que son gouvernement est responsable de gazages massifs, d'arrestations arbitraires (gardes à vues sans motif) et de mutilations. Tout ça pour protéger des statues et des biens matériels ?

Alors forcément, l'une des représentations de cette injustice, le Bethléem de la finance, c'est le Fouquet's. Juste un symbole, comprenez bien.

C'est tellement étonnant que Castaner décide d'envoyer l'armée la semaine suivante. Une coïncidence, probablement. L'idée que le dialogue évolue. Après les charges de CRS violentes, les interdictions illégales de manifester légalement, les lois de circonstance pour nous museler, on appelle maintenant l'armée. L'armée pour sauver les manifestants d'eux-mêmes ? Encore probablement un symbole...

19 mars, 2019

Le chenil de Pôle Emploi

Ce ne sont plus les demandeurs d'emploi qui cherchent l'emploi, mais les entreprises qui cherchent l'employé.

C'est tellement vrai que chercher un emploi demande un peu de talent, mais beaucoup de chance au final. Chance d'être bien né, d'avoir survécu aux accidents de la vie, d'avoir bénéficié d'études et d'avoir eu les bons contacts, le tout avec la qualité de savoir tirer profit de tout ça. Sinon, il y a aussi la chance de tomber au bon moment au bon endroit, face à la bonne personne, à un moment où tout va bien.

Mais il n'existe pas de moyen fiable d'avoir une carrière sans être au moins dans l'un des 2 schémas précédents. Ce sont aussi ces personnes qui sont les plus recherchées par les recruteurs.

En fait, à force de recevoir tout et n'importe quoi comme CV, les entreprises ont souvent recours au filtrage. Ne pas répondre au téléphone, mettre sur une pile les CV avant recyclage du papier, trier les e-mails par mots-clés, retirer les annonces au bout de 24h (parfois au bout de quelques heures seulement). Bref, les entreprises ont développé des stratégies pour se protéger du tout venant des chômeurs.

Mais parfois, il arrive qu'elles aient quand même « vraiment » besoin de recruter. Alors elles ont des stratégies. Les chasseurs de têtes si vous êtes rares, ou le piston : « tu connaîtrais pas quelqu'un ? ».

C'est tellement vrai que maintenant, à Pôle Emploi, au-delà du service des annonces, on bascule en douceur vers un service des CV. Même si les chômeurs sont toujours obligés à fouiner dans les rares annonces disponibles, l'œil vif, pour trouver une truffe.

Il s'agit de ce fameux « espace personnel » en ligne que les chômeurs ont l'obligation de remplir. Il est personnel et obligatoire. On y met tout un tas de données personnelles préformatées, sans personnalité, et en toute fadeur. Cet espace est la totale contradiction des CV que l'on nous apprend à faire depuis des années. Il faut même y mettre des « compétences », préformatées elles aussi.

Cet « espace en ligne » est un vivier que peuvent consulter les entreprises sans être harcelées par les chômeurs avides. Ainsi, elles peuvent se faire l'économie de poser une annonce et choisir parmi les profils.

Les chômeurs sont ainsi progressivement placés dans des vitrines éclairées, sommés d'être désirables, pour que l'employeur puisse faire sa moisson. Nous devenons un vivier de chômeurs, un peu comme des animaux dans un chenil, attendant un maître attendri.

On nous apprend à remplir cet espace virtuel, attirer l'attention, donner la patte, remuer la queue, faire des courbettes de façon à être désirables derrière la grille de notre cage.

Les évolutions de Pôle Emploi sont discrètes, mais redoutables.

- page 1 de 24