13 avril, 2018

La cohabitation voitures-vélos

En 2008, j'ai eu un accident de vélo. Pas très grave, mais quand même. Alors qu'une voiture sortait de son stationnement, elle a fait demi-tour sur une ligne blanche. Le conducteur avait pourtant vu que j'arrivais, mais supposant que j'allais freiner à temps : je n'avais en fait même pas compris qu'elle prévoyait de me barrer la route.

J'admets volontiers que depuis cet accident, il m'est de plus en plus difficile de faire confiance aux automobilistes. D'une part, parce que j'ai davantage conscience du danger que représente une voiture face à un vélo, d'autre part, parce que j'ai bien compris que l'automobiliste ne respecte pas un code de la route censé me protéger, en tant que cycliste, mais aussi en tant que piéton.

Je généralise, évidemment, mais supposons que seulement 1% des voitures soient un danger potentiel, compte tenu du nombre de voitures que je croise, ça fait pas mal de connards sur un seul trajet.

On a ceux qui s'en foutent, pensant ne pas gêner, n'en avoir que pour 2 minutes, pensant qu'on les laissera faire (un p'tit sens interdit de seulement 20 mètres), et puis ceux qui sont ouvertement dangereux, collant les cyclistes, leur faisant une queue de poisson pour se planter 100 mètres devant, à un feu rouge. Et puis ceux qui grillent les feux rouges, parce que bon, y'a pas de flics.

Cela rend le trajet des cyclistes assez pénible, car cela demande une hypervigilance, savoir reconnaître un bruit de moteur agressif venant de l'arrière, supposer l'oubli d'un clignotant, prévoir les refus de priorité, garder des marges de sécurité au cas où une voiture déboiterait sans prévenir, pour stationner sur une piste cyclable, au cas où une portière s'ouvrirait juste devant moi, car personne ne surveille ses angles morts, car il est trop fatigant de tourner la tête.

Et je ne parle même pas des ronds-points, concentré de danger, notamment quand les automobilistes sont au téléphone.

Alors oui, je roule en plein milieu de la route, pour éviter les portières à droite, pour ne pas laisser l'espoir de passer à une voiture qui imaginerait avoir la place de me doubler, je mets des autocollants sur les vitres des voitures mal garées, je fais la leçon aux voitures qui me suivent sur les pistes réservées aux vélos, je me place ouvertement devant les voitures au feu, les gênant alors qu'elles sont sur un « sas vélo ».

Les voitures ont gagné, car je n'aime plus me déplacer à vélo. Mais je n'ai pas prévu d'abandonner pour autant, alors chers automobilistes, habituez-vous, on continuera d'être chiants tant que 1% d'entre vous seront dangereux.

6 avril, 2018

Les piétons sont-ils dangereux ?

Chaque cycliste aura eu affaire au cours de ses déambulations à un piéton « dangereux ». Comprenez par là que l'imprudence du piéton aura amené le cycliste à avoir une sueur froide.

Combien de fois, aussi, j'ai entendu les automobilistes dire du mal de la conduite des cyclistes, disant qu'ils étaient dangereux. Admettons que face à une Clio de 800kg ou un 4x4 de 2,5T, le cycliste est surtout dangereux pour lui-même, au pire. Admettons aussi que si le cycliste prend un risque, il le prend pour lui-même uniquement face à cette tonne d'acier. L'automobiliste se plaint surtout de ce qu'il pourrait rouler sans regarder et qu'il est donc obligé de faire attention au danger qu'il représente. Parce que disons-le, dans ce cas, c'est toujours l'automobiliste qui est dangereux, et c'est aussi lui qui est en tort. Logique, c'est lui qui tient l'arme.

Pour revenir au cas du piéton face au cycliste, c'est donc le cycliste, qui se est dangereux. Si on considère que chaque personne qui se déplace en ville n'a pas forcément de voiture (par manque de moyen, parce qu'elle n'a pas de permis de conduire ou parce qu'elle se considère dangereuse en voiture) ni de vélo (parfois par peur de rouler en ville), il me semble légitime de considérer que la ville appartient en priorité aux piétons. Le cycliste est alors la source du danger pour le piéton, et même si un accident de cette nature n'est jamais mortel, admettons que c'est au cycliste de redoubler de prudence face à l'attitude négligente du piéton.

C'est pourquoi je reste toujours poli lorsque qu'un piéton traverse sans regarder, mettant sa propre santé en jeu ou lorsque des parents n'arrivent pas à tenir leurs enfants sur le trottoir. C'est à moi de prévoir ce genre de situation imprévisible et je l'assume, quitte à rappeler aimablement aux piétons leur imprudence lorsqu'elle se présente.

Tout comme la voiture doit s'effacer face aux vélos, c'est aussi aux vélos de s'effacer face aux piétons.

Mais quand même, je déteste ces foutus téléphones qui transforment les gens en robots obnubilés...

28 mars, 2018

Le dernier bourreau

Vous le savez maintenant, je suis définitivement et totalement contre la peine de mort. Je regrette même d'avoir à en parler, tant j'aimerais que cette question soit enterrée pour chacun de nous. Qu'aucune conscience ne puisse douter de l'importance d'une vie, même de la pire.

Cependant, si la peine de mort revenait en France, je devrais être le bourreau. Je ne prétends pas que j'en aurais le courage et encore moins l'envie, mais il faudrait que je sois celui-là.

Car ce métier absolument ingrat n'a rien à voir avec un autre métier moralement infâme. Car ce métier, une seule personne l'exercerait. Il n'est pas question de dire « si ce n'est pas moi, ce sera un autre ». Quand il est question de renvoyer des migrants dans un pays en guerre, de martyriser des pauvres, d'expulser les SDF d'un abri, là, on peut renier la fonction et refuser de prendre part à une mission injuste. On peut vouloir se sentir droit dans ses bottes. Mais quand il n'y a qu'un poste, on ne grossit pas les rangs, c'est soit moi, soit quelqu'un d'autre. Et il faudrait que ce soit moi.

Imaginez que vous soyez condamné à mort. Ne me dites pas que vous êtes innocent, la justice vous a condamné, c'est tout. D'ailleurs, vous ne seriez pas le premier condamné à mourir d'une simple accusation. Le problème n'est finalement pas de savoir si vous avez commis un crime ou non, la société a besoin d'un coupable et vous étiez parfait ce jour-là. Les jurés ont bien écouté les réquisitions, et ils ont estimé qu'aucun doute « raisonnable » ne pouvait vous épargner la mort.

D'ailleurs, n'imaginez pas une seconde que si vous étiez l'auteur d'un crime, la situation serait différente. Il faudrait qu'un bourreau vous donne la mort si la justice en avait décidé ainsi. Alors je me proposerais pour vous tuer.

Et maintenant que vous êtes sur le point de mourir, froidement, tué par un inconnu, quel bourreau préférez-vous ? Le sadique ou l'humaniste ?

C'est moi que vous choisiriez.

8 mars, 2018

La peine de mort (5) : Les arguments matériels

Je propose de conclure cette série de billets sur la peine de mort en faisant le tour des arguments bateau qui reviennent sans cesse.

Il m'est arrivé d'entendre que les meurtriers coûtaient cher à la société. Les nourrir à rien faire dans une prison haute sécurité coûterait de l'argent. C'est vrai. Mais il se trouve que la peine de mort coûte encore plus cher que la prison à vie. Ce calcul a été fait aux États Unis. La mise à mort seule n'est pas nécessairement si chère, mais les voies de recours le sont. Alors quoi ? Faudrait-il tuer tous les condamnés sans laisser de place au doute ? Qui est le plus barbare dans l'histoire ? Celui qui tue par passion ? Ou la société qui tuerait en se pinçant le nez ?

Malgré ces recours, le nombre d'erreurs judiciaires aux USA est effrayant. On en compte plus d'une centaine sur les macchabées produits par la justice des États-Unis. Il n'est pas pensable d'imaginer une justice qui ne se tromperait jamais. J'entends parfois dire qu'on pourrait au moins tuer quand on est sûr du coupable. Mais comment peut-on l'être à ce point, si les jugements dépassionnés sont faits par des personnes étrangères aux faits ? Sur la base des déclarations des victimes, tourmentées par leur ressentiment ?

Le mode de mise à mort est probablement aussi un problème. On ne supprime pas une vie simplement en appuyant sur un bouton. L'actualité regorge de mise à mort ratées, horribles, où le condamné hurlait et souffrait pendant des dizaines de minutes au point que les familles des victimes suppliaient pour l'arrêt de la procédure. On regrettera parfois la guillotine, un moindre mal jugé trop barbare aux États-Unis. C'est là qu'on comprend qu'une mort, c'est toujours sale.

Le dernier argument concerne l'idée que la peine de mort serait dissuasive. Les États Unis sont un bon terrain d'étude sur ce point. On n'a observé aucune reprise de criminalité dans les états qui avaient aboli la peine de mort. La tendance serait même un peu à la baisse. La raison est que les criminels n'ayant plus rien à perdre avant de se faire arrêter et risquer la peine capitale, ils auraient carte blanche pour le massacre si ça peut les sortir d'affaire.

Alors évidemment, il est vrai qu'un mort ne recommence pas. On est ici dans l'argument médical. On préjuge que le condamné aurait recommencé. Et même si c'était statistiquement vrai, aurait-on le droit de tuer un coupable, alors que précisément celui-ci ne récidiverait pas ? Il est impossible de savoir à l'avance qui sera honnête ou non.

Le doute doit toujours bénéficier à l'accusé.

Vous pouvez relire les autres billets sur la peine de mort ici : 1, 2, 3 et 4.

3 mars, 2018

La peine de mort (4) : Peut-on tuer si on est certain du criminel ?

Il m'est arrivé d'entendre des gens me certifier qu'ils sont contre la peine de mort « sauf quand on est vraiment certain du coupable ».

Apparemment innocente, cette phrase permet de se poser à juste titre la question de la limite de la justice. Elle définit une culpabilité, tente de faire émerger la vérité, mais elle ne prétend absolument pas être LA vérité. Et ce pour plusieurs raisons. D'une part, il faut savoir que ne peut pas être juge ou juré une personne qui a été concernée par l'affaire qu'il juge, de près ou de loin. On considère que cela pourrait altérer sa neutralité.

Partant de là, leur jugement ne peut se fonder que sur des preuves indirectes : témoignages, ADN, traces, données numériques, etc. Ces données sont toutes falsifiables, ou limitées dans ce qu'elles peuvent dire. Une donnée numérique pourra dire que telle puce téléphonique était à tel endroit (à 50 mètres près) à telle heure. Mais elle ne dira pas si le téléphone était dans la poche d'untel, ni s'il s'est rendu dans l'appartement et non juste en face. On essaie alors de faire parler n'importe quel élément pour conforter les preuves manquantes de la réalité des faits. Tuer un coupable sur ces éléments reste une prise de risque importante.

Et puis il est profondément injuste de jouer la vie d'une personne sur les moyens qu'il a de se payer un bon avocat. Car on le sait, cela peut faire toute la différence sur un verdict. Ce sont les plus pauvres qui sont aussi les plus souvent exécutés.

Mais ne peut-on pas être certain lorsque l'accusé avoue lui-même ? C'est une partie du problème. Il n'avouera jamais s'il risque la peine de mort sur ses aveux. D'ailleurs, la loi dit qu'on ne peut obliger quelqu'un à s'accuser lui-même. Soyons logiques. Mais admettons qu'il avoue pour avoir la conscience tranquille. Doit-on tuer celui qui assume ses actes et a permis de révéler la vérité, sacrée et espérée par tous ? Pourquoi tuer celui qui avoue et pas celui qui n'avoue pas ? Et même dans ce cas : avoue-t-il pour protéger quelqu'un ? pour détourner l'attention d'une autre vérité ? Parce qu'il subit un chantage sur ses proches ? Non. On ne peut même pas croire un accusé qui avoue.

D'ailleurs, la vérité n'est pas seulement dans ce qui se dit, mais aussi dans ce qui ne se dit pas. Notamment, on ne connaît jamais les vraies raisons profondes qui font qu'une personne a commis un acte criminel.

Tuer le coupable, c'est simplement détruire la seule preuve directe.

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