Qu'est-ce qu'une société ?

Cette simple question pose le problème de la réponse : en effet, de quelle société parle-t-on ? Parle-t-on de l'univers des gens qui échangent entre eux ? de la Société Générale ? d'une autre société cotée en bourse ?

Cette ambiguïté éclaire d'emblée mon propos. Je parle des entreprises. Celles qui emploient des « salariés » (des gens à qui on donne un salaire) ou des « employés » (des gens qui, sinon, seraient sans « emploi », sans utilisation). On pourrait aussi les appeler des « utilisés ». C'est finalement un peu la même chose.

Cela résume très bien ce qu'on attend d'un employé. Tout travail mérite salaire et il est un échange de bons procédés que d'échanger un « emploi » ou une « utilisation » contre de l'argent. L'utilisation concerne donc aussi les gens.

La mode serait même plutôt de considérer que l'employeur fournit un emploi, et qu'il ne va pas non plus donner de l'argent en plus ! Je suis taquin...

Ce petit univers néglige donc une donnée très importante de l'équation. On considère que l'entreprise appartient à une personne (des actionnaires, des propriétaires) et que les employés interchangeables ont un salaire en échange du temps perdu. Tout le monde est quitte ?

Un salarié ne donne pas seulement du temps et des efforts. Il s'insère dans la « société », il crée des liens, se forme, perd sa santé, développe une façon de pensée propre à l'entreprise pour gagner en productivité, fonde des espoirs, oriente ses choix de formation. Il choisit aussi d'habiter à proximité géographique et organise sa vie en fonction de cela : il éduque ses enfants à cet endroit, et le métier de son conjoint est le fruit d'une négociation, l'un cessant parfois de travailler pour de ne pas séparer le couple. Un simple salaire ne peut suffire à égaliser l'équation, car tout ne s'achète pas.

C'est pourquoi les licenciements sont souvent mal vécus : car ils ne sont parfois que de simples optimisations budgétaires. En 2016, on licencie dans des entreprises rentables.

L'entreprise ne peut absolument pas être simplement la propriété d'un « possédant » ou encore moins d'actionnaires, qui ne sauraient pas même où se trouve l'entreprise sur une carte, qui la possèderaient une microseconde.

Ne mélangeons pas, apporter de l'argent a son utilité. Mais passer 20 ans de sa vie dans une chaîne de montage donne aussi des droits sur la production. Les deux possèdent une partie de cette entreprise. Il est injuste que les mauvais choix d'un « comité de direction » amènent simplement à se séparer de ceux dont on n'a plus l' « emploi » pour une meilleure rentabilité.

Une entreprise ne se limite pas à sa production ou à ses bénéfices. On y vit. Une société consomme de l'énergie et du temps humain, produit des déchets, des biens ou des services. Et aussi des trajectoires de vie.

Commentaires

1. Le 22 juillet, 2016, 4h47 par Luxor

ça donne envie de relire du Michel Volle

http://www.volle.com/opinion/entrep...

http://michelvolle.blogspot.fr/2016...

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