« Les pauvres sont tous des assistés ! »

D'abord, qu'est-ce qu'un pauvre ?

En France, on le définit comme quelqu'un qui est sous le « seuil de pauvreté ». Le salaire retenu est à 60% du salaire médian, à savoir 987€. Cela représente entre 13 et 14% de la population selon les années, ce qui laisse rêveur quant à ceux qui pourraient vivre avec 1100€/mois et ne seraient pas « pauvres ».

Je fais partie des pauvres, puisque je suis allègement sous le seuil de pauvreté, même quand il m'arrive d'avoir un petit boulot. Le RSA seul est actuellement de 524€ pour une personne sans logement. Pour une personne seule, en cumulant avec les allocations logement, je touche environ 733€ auxquels on peut généralement ajouter une « prime de Noël » de 150€ (décidée chaque année). On bénéficie aussi de réductions sur les abonnements d'énergie et de téléphone fixe. L'eau est plein tarif et on ne paie pas la redevance TV (cherchez l'erreur !). La CMU complémentaire est aussi précieuse pour survivre. Certaines villes font des tarifs réduits pour certaines activités (médiathèques, piscines), les transports (bus). Le train est plein tarif (sauf parfois sur des trajets locaux).

Voilà le tableau en gros. Il faut savoir que pour toucher ça, il est important d'être en recherche active d'emploi. Ça semble évident, mais lorsqu'on a un tel niveau de ressources, les recherches se compliquent souvent : trajets onéreux, appels téléphoniques, impressions de CV, motivation et simplement être présentable à un entretien.

Sont-ils vraiment assistés ?

Si on veut vraiment être pragmatique, ce n'est pas le pauvre qui est assisté, mais bien son propriétaire. Me concernant, je lui laisse près de deux tiers de ce que je touche (59%). Cela veut dire que si les 8 millions de pauvres ne touchaient plus d'allocation du jour au lendemain, le marché de l'immobilier serait laminé.

Ces pauvres qui « abusent du système » vivent donc avec les 300€ restants par mois s'ils ont un logement (selon le loyer). Parfois un peu plus pour ceux en colocation, HLM ou hébergement gratuit. Là-dessus, il faut payer : l'assurance, l'énergie, l'eau, téléphone et Internet, les vêtements, chaussures, réparations diverses, produits d'entretien, coiffeur (?), activités (?!?), restaurants (la bonne blague !!!) et évidemment la nourriture, le tout pour environ 10€ par jour. Curieusement, c'est surtout la nourriture qui écope, le reste étant difficilement compressible.

Traiter d' « assistés » ces personnes au seul motif qu'elles s'en sortent tient d'un cynisme décapant. Laisser 8 millions de personnes sur le bord de la route a des conséquences. C'est plutôt le système qu'il faut accuser.

S'il n'y a qu'une chaise à occuper, qu'un poste à pourvoir, c'est celui qui l'occupe qui a une dette vis-à-vis de tous les autres. Les assistés vous remercient pour votre sollicitude.

Commentaires

1. Le 10 mars, 2016, 11h30 par Lulu

https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%...

" Gorz considérait la sobriété, également appelée simplicité volontaire, comme une nécessité pour lutter contre la misère. [...]

Selon André Gorz, on est pauvre
au Viêt Nam quand on marche pieds nus,
en Chine quand on n'a pas de vélo,
en France quand on n'a pas de voiture,
et aux États-Unis quand on n'en a qu'une petite.
[...] tout le monde est le pauvre (ou le riche) de quelqu'un.

En revanche on est miséreux quand on n'a pas les moyens de satisfaire des besoins primaires : manger à sa faim, boire, se soigner, avoir un toit décent, se vêtir.
[...]
À la différence de la misère, qui est l'insuffisance de ressources pour vivre, la pauvreté est par essence relative. » "

2. Le 10 mars, 2016, 3h11 par John Arktor

Bien dit !
Rajoutes à ça le fait que le "plus grand homme de France" est lui-même un assisté. François Hollande gagne sa vie uniquement grâce aux impôts des "Français qui se lèvent tôt pour gagner plus".
Les capitalistes ne sont pas du tout contre l'assistanat, bien au contraire (ils veulent cependant qu'on le croit, pour nous diviser et éviter ainsi la Lutte des Classes).

Sans compter que le bourgeois préfère la Charité plutôt que la Solidarité. Toujours cette mentalité judéo-chrétienne chère à la bourgeoisie.

3. Le 6 avril, 2017, 2h48 par AnneSofia

Je suis presque choquée chaque fois que je vois ou lis la définition de la pauvreté : (D'ailleurs, dans cette définition, je ne suis pas certaine que l'on distingue pauvreté de la misère).
Voici une histoire vraie : une jeune maman travaille (entre 39 et 50 h par semaine parce qu'elle n'a pas choisi le métier le plus facile pour tout dire) et gagne 1600 € par mois. Elle élève seule son enfant en bas âge. Un enfant = pas de CAF. Donc, revenus nets mensuels = 1600 €. Bien entendu, pas d'aide d'aucune sorte. Et, cerise sur le gâteau, comme elle déclare plein de sous aux impôts, ces derniers demandent 80 € par an. Juste assez pour ne plus pouvoir bénéficier de quelque autre réduction car... imposable ! Alors elle paie une nourrice et son loyer. Surprise ! il lui reste 400 € après ça. Le bonheur est de courte durée : il faut encore payer les factures. Et là encore, pas de réduction. Il lui reste après tout ça environ 200 € pour : manger, habiller l'enfant qui grandit, sans parler de l'hygiène et de l'entretien !
Alors voici ce qu'elle a fait pendant près de 5 ans : elle a payé toutes ses factures, sans jamais aucun retard. Elle a fait en sorte que son petit ne manque jamais de rien et... elle a dormi sur le sol, et attendu, chaque soir (elle mangeait au travail le midi et devait payer, bien entendu, ses repas), que l'enfant ait fini de manger pour... manger ses restes ! Et quand elle avait besoin de souffler un peu, de sortir avec son petit, de faire un "extra", elle faisait des ménages le soir et le week-end avec son petit sous le bras.
Alors oui : il existe des structures diverses qui auraient pu l'aider. Mais entreprendre ce genre de démarche n'est pas toujours facile entre honte et culpabilité. Ce sont des sentiments puissants...
Alors elle se disait ceci : "ce n'est pas grave : j'ai un toit, mon enfant ne manque de rien et je n'en suis pas à mendier. Il y a pire que moi...".
Cette histoire m'amène à deux commentaires :
1- peu importe comment on la définit (chacun sa perception des choses), la pauvreté n'est pas toujours liée au non-emploi. Quant à croire qu'au dessus d'à peine 1000 € on peut vivre... Décidément je trouve sa définition... irréaliste !
2 - Malheureusement, Il existe en effet des personnes qui "profitent du système", c'est un fait : comment peut-on faire 6 ou 8 enfants quant on a pas les moyens de leur assurer un bel avenir ? Pourquoi les condamner à galérer pour s'en sortir juste pour avoir un peu plus d'aides financières en tous genre ? (je sais que ce n'est pas le seul exemple, mais c'est le premier qui me vient à l'esprit) Et j'imagine que ce sont ces "cas" qui génèrent la malveillance dont sont victime les autres, ceux qui font des efforts pour trouver du travail, ceux qui n'ont pas choisi d'être au RSA, ceux que l'on montre du doigt sans jamais chercher à savoir pourquoi ils en sont là, comment ils le vivent... Parce que ces ignorants partent d'un constat négatif et généralisent tellement, qu'ils oublient qu'il existe des gens de bonne volonté !
Je suis triste pour eux : pouvoir dire un truc pareil sans savoir de quoi on parle, juste parce que leur nombril prend tellement de place, qu'ils ne voient que ça !

"Il est regrettable de voir qu'une minorité abuse, c'est vrai. Mais ce qui est encore plus regrettable, c'est le mal que les paroles de sombres idiots peuvent générer, simplement parce qu'ils ignorent qu'il n'y a pas qu'eux qui soient vertueux! " ASF

4. Le 6 avril, 2017, 7h35 par le gauchiste

Je comprends très bien ce genre de situation où on passe d'une tranche à l'autre et perd plein de trucs. Comme une fois, où j'ai travaillé 2h qui m'ont coûté 150€ sur truc compliqué de RSA (le truc qu'on ne connaît jamais et qui a changé depuis).

Je me permets de réagir sur un point : je refuse le simple fait de parler « d'abuser du système ». Si le système est mauvais, il faut le changer. Mais utiliser le système, c'est respecter la loi. Beaucoup de représentants politiques ne pourraient pas en dire autant. C'est simplement un problème sémantique. Mais depuis qu'on nous dit qu'on « abuse du système » alors qu'on ne l'a pas toujours décidé, c'est aussi amener l'idée que la pauvreté est de la faute des pauvres.

Rien n'est comparable entre profiter du système pour gratter 50€ et 100 000€ d'ISF en le plaçant en Suisse.

Quant à faire des enfants pour gratter quelques prestations, c'est effectivement une stratégie douteuse vis-à-vis des enfants eux-mêmes. Mais pour ma part ,je préfère considérer qu'il s'agit de 2 problèmes différents. L'un est légal, l'autre est moral.

5. Le 7 avril, 2017, 7h04 par AnneSofia

Je vois et je comprends bien cette position de refus et respecte ça sans aucun problème.
Peut-être ai-je un peu de mal à m'exprimer clairement, mais ma position consiste à dire que parce que certains exagèrent sans doute un peu, il en est fait une généralité. Le seul fait de faire d'un ou de quelques cas une généralité est répréhensible.

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