Revenu de base

Le revenu de base, allocation universelle, dotation inconditionnelle d'autonomie, ou peu importe leur nom, sont des projets dont on commence à parler, généralement associés à des mouvements pour la décroissance. Je pense que ce projet s'impose comme progrès nécessaire.

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13 juin, 2016

la Dotation Inconditonnelle d'Autonomie

Parmi les nombreux noms que l'on donne au Revenu de Base, je préfère celui de « Dotation Inconditionnelle d'Autonomie » (DIA). Pas seulement pour les mots, mais aussi parce qu'il comporte en germe des nuances importantes à mes yeux.

Une dotation n'est pas nécessairement numéraire (en argent). Et les besoins actuels d'une personne sont assez bien identifiés. Chacun a besoin de se nourrir, de boire, de se laver, de soins, de se déplacer, s'éclairer, se loger, etc. Il est possible de se mettre d'accord sur les besoins minimums communs à tous. L'idée serait de compléter le Revenu de Base (quitte à en baisser le montant) par une autre allocation dispensant des besoins essentiels et non monnayables.

Eau : Un volume d'eau serait attribué gratuitement à chaque personne. Certaines villes expérimentent déjà les premiers mètres cubes gratuits. L'idée serait aussi d'augmenter le prix de façon exponentielle, de façon à renchérir l'abus d'eau, qui est une ressource à protéger. Remplir sa piscine coûtera un bras.

Énergie : Ici encore, les premiers kW/h seraient gratuits pour des besoins essentiels. On pourrait très bien conserver un système pour que la consommation électrique nocturne compte moins. De la même façon, augmenter le prix en fonction de la consommation (l'inverse de ce qu'on fait aujourd'hui). Chauffer une maison mal isolée à 25°C fera réfléchir un peu plus.

Communication : Téléphone et Internet (débit standard) seraient gratuits, car une démocratie ne peut se faire avec des citoyens ignares. La priorité n'est pas nécessairement de maîtriser la technologie, mais bien de s'informer ; la télévision étant bientôt obsolète. Des connexions pro seront toujours payantes.

Santé : J'aborderai le problème des mutuelles dans un autre billet. Mais il est essentiel que chacun ait accès aux soins. Plutôt que de financer de coûteuses mutuelles, finançons un système de soins performant et inconditionnel. On ne fait jamais le choix de tomber malade, sauf dans le cas de pathologies particulières (à soigner justement).

Transports : Certaines villes pilotes proposent des transports en commun urbains gratuits avec de nombreux avantages. On pourrait aussi imaginer recevoir dans la DIA des kilomètres en train (pourquoi pas en avion) cumulables avec le temps s'ils ne sont pas utilisés.
L'essence restera à la charge de chacun, avec un prix cher, pour compenser le vrai prix environnemental de l'utilisation de la voiture individuelle. À terme, on pourrait même imaginer un maximum utilisable pour chacun : n'oublions pas que la fin du pétrole est pour très bientôt. L'essence pourrait même faire partie de la dotation en kilomètres.

Logement : Ce cas est complexe, car il demande une réflexion d'ampleur. Dans l'immédiat, on pourrait garder son financement par une somme monétaire. Il n'est pas simple de considérer rendre gratuit un logement : le parc français étant essentiellement privé, les logements étant tous différents les uns des autres, il serait délicat de considérer que 2 logements se valent exactement. Mais un système de caution solidaire pourrait débloquer des situations, au moins pour la garantie du paiement des loyers. Une dotation numéraire pourra motiver les plus courageux à construire eux-même une maison.

Dans cette logique, il faudrait clairement admettre que les kW/h gratuits ne peuvent pas être vendus, pas plus que les km cumulables qui sont nominatifs. Pas plus que le droit aux soins aujourd'hui ne permet d'offrir gratuitement à un ami une liposuccion si on s'est fait l'économie d'un cancer.
 

3 juin, 2016

Le revenu de base : à quel prix ?

L'un des points qui font débat autour du revenu de base, c'est son montant. D'une part, il faudra le financer, mais d'autre part, le choix politique sous-tendu par le montant de cette allocation varie du tout au tout. Les différents projets proposent des montants allant de 400 à 1500€. Il existe un autre projet plus près des 3000€ : le « salaire à vie » de Bernard Friot, projet apparenté mais radicalement différent sur le fond que je n'aborderai pas aujourd'hui.

Les projets de 400€ ne sont clairement pas dans la droite ligne de l'ambition de départ tant le revenu est bas. Ils ne permettent pas de changer les choses. 400€ ne permet pas de trouver un logement, et s'il est inconditionnel, il ne pourra exister que si on garde toutes les autres prestations conditionnées, elles, comme on les a aujourd'hui. C'est probablement ce vers quoi se dirige mollement Manuel Valls. Un revenu de base trop faible aura pour conséquence de ne pas rendre autonome le citoyen et de perpétuer sa dépendance au travail. C'est un projet clairement libéral qui ne changera rien à la situation actuelle.

À l'autre bout de l'échelle, on a le projet à 1500€, qui supprime radicalement ce qu'on perçoit aujourd'hui comme « pauvreté ». Je pense pour ma part que c'est un choix en réaction à l'oppression ressentie légitimement par les précaires. Je pense qu'un tel niveau de revenu n'est pas ce qu'on appellerait « juste suffisant pour vivre ». Je pense qu'une telle somme n'incitera pas à vivre sobrement. C'est un montant qui amène mécaniquement à soutenir le modèle de consommation par l'achat de biens et d'énergie. Et je ne le promeus pas.

Je pense que le bon montant serait quelque part entre 800 et 1000€. C'est une somme qui est assez juste. Elle pourrait remplacer la plupart des allocations existantes et rester inconditionnelle. Il serait aussi question de maintenir et renforcer la sécurité sociale pour revenir à un taux proche de 100% (de façon à devenir une CMU inconditionnelle). Ce montant pourrait remplacer une partie des allocations (famille, chômage, logement). Il faudrait voir au cas par cas les allocations qui gagneraient à devenir inconditionnelles.

Le principe est que chacun puisse être autonome sans avoir de compte à rendre. Parmi les conditions à remplir, on pourrait citer la nationalité ou le lieu de vie (il faut bien délimiter un périmètre), l'âge (on parle souvent d'une demi-pension pour les mineurs) et c'est tout. Le statut matrimonial n'entrerait pas en ligne de compte. Des questions peuvent se poser sur les français vivant à l'étranger, les binationaux ou quelques cas en marge. Mais quand on y sera, ce sera déjà bon signe.

Pour ma part, je soutiens davantage la « Dotation Inconditionnelle d'Autonomie », dont je parlerai plus tard.

1 juin, 2016

Le revenu de base : à quelles conditions ?

J'entends souvent des gens me dire que le projet du revenu universel est intéressant, mais qu'il faudrait alors que les bénéficiaires (sous entendu : ceux qui ne travaillent pas) participent à la vie publique d'une façon ou d'une autre, quitte à les astreindre à le faire.

L'intérêt du projet est justement que ce revenu serait inconditionnel. Les gens seraient alors libres de participer à tel ou tel projet sans avoir à rendre de compte.

Personne n'est absolument inactif du matin au soir. Et parmi les activités qu'on ferait, qui déciderait lesquelles sont « utiles » ou non ? Est-ce que porter le courrier à son voisin est utile ? Est-ce que gronder un gamin qui casse des carreaux est utile ? Aider à des offices religieux ? Militer dans des mouvements écologistes ? des mouvements politiques dissidents ? des mouvements révolutionnaires ?

En listant des exemples, chacun de vous est tenté de dire ce qu'il jugerait utile ou pas. Mais si on laisse à un gouvernement ou une administration le soin de décider ce qui l'est ou non, alors on prend de gros risques.

On prend le risque que l'administration décide pour nous de ce qui est utile ou non, et incidemment, de ce qui est bien ou mal. En autorisant quelqu'un à ne pas être d'accord avec moi, je lui laisse la chance de me convaincre, et j'admets qu'il a peut-être raison, au-delà de ce que je crois bien à priori. L'État l'empêcherait.

On prendrait aussi le risque que les citoyens ne fassent plus que ce qui est « choisi » par l'administration. Il en résulterait un appauvrissement des activités, des idées, une sorte d'autocensure.

Je défends que toute activité qui n'est pas nuisible est nécessairement utile. Utile à la société, à mon entourage, à mon voisin, ou à moi-même. L'accomplissement de soi est certainement plus important que de sauver la croissance.

De plus, cela laissera le temps aux personnes fragiles de se construire ou se reconstruire sans avoir la pression d'une administration qui leur intimerait l'ordre d'être utiles.

Il faut partir du principe que les gens veulent faire des choses. Aujourd'hui, le principal concurrent de Microsoft (créée par l'homme le plus riche du monde) sur les PC est un ensemble de logiciels gratuits et tout aussi performants, faits par des gens qui prennent sur leur temps libre (Linux) ! Il est donc possible de produire gratuitement.

L'ère de la production à tout prix est révolue. Il nous faut sortir de l'agitation pour retrouver le sens de ce qu'on fait.

18 mai, 2016

Revenu Maximum Acceptable

Le RMA (Revenu Maximum Acceptable) est généralement le second pendant des projets de type « Revenu de Base » dont on parle de plus en plus. Notamment, Manuel Valls amène doucement l'idée, sans cependant me rassurer le moins du monde sur ses intentions.

Cet outil permettant de réduire le contraste entre les hauts et bas salaires permettrait aussi d'éviter que les pauvres continuent de s'appauvrir. De nombreux projets politiques proposent aujourd'hui de contraindre une entreprise à limiter la différence de salaire entre le meilleur et le pire salaire. Par exemple, on pourrait imposer un rapport de 1 à 7 ou 1 à 20 selon les projets.

1 à 30 est le ratio naturel qui existait dans les années 70. Mais aujourd'hui, le ratio est devenu 1 à 300... Qu'est-ce qui peut bien justifier un salaire 300 fois supérieur ? Existe-il des personnes qui travaillent 300 fois plus vite que d'autres ? Non. Tout simplement, on a créé une économie de la rareté aussi sur des emplois. Ce sont des emplois qu'on ne peut pas occuper si on est pauvre. C'est comme ça.

Le RMA aurait surtout l'avantage de réduire le pouvoir de l'argent d'une seule personne. Lorsque vous voyez le pouvoir qu'a Bill Gates, fortune des fortunes, pour passer sa retraite à faire du mécénat en donnant de l'argent aux pauvres enfants qui crèvent de faim ou à la recherche sur le cancer alors qu'il finance aussi des entreprises de technologie où meurent des mineurs en RDC, des entreprises médicales testant sur des enfants, des armes biologiques, des OGM, du nucléaire (autre lien ici).

Si autant d'argent est disponible pour sauver le monde, est-il légitime que les choix soient faits par les plus fortunés ? L'argent ne mesure pas la vertu. N'est-il pas plus légitime que ces choix soient faits démocratiquement ?

On peut discuter longuement du montant d'un RMA. Mais il est difficile d'en contester la nécessité.

Liens : Slate, PPLD, Mediapart, Parlement & Citoyen

16 mai, 2016

À quoi sert l'argent ?

Le troc n'a pas toujours été simple (je te file une légion d'honneur si tu arrives à mettre ton nez dans mon dossier judiciaire), alors pour simplifier, on a rapidement inventé un truc qui ne sert à rien d'autre qu'à être échangé : la monnaie.

Cette monnaie n'a donc pas vocation à assouplir un matelas, caler un frigo, écrire du courrier, peser des légumes. Sa fonction est uniquement de simplifier les échanges. Plutôt que de chercher une équivalence exacte entre 2 services échangeables, on se contentera d'en estimer une « valeur » que l'on pourra échanger plus tard, grâce à une dette prenant la forme de pièces ou de billets, qui se portent garants de l'échange.

Cette monnaie sert donc à transporter la valeur d'un échange de biens ou de services sans avoir la contrainte de faire attendre l'échange en question. Ça permet par exemple d'acheter aujourd'hui du blé avec du poisson que j'ai péché l'an dernier. C'est mieux que d'attendre 1 an que le poisson ait faisandé.

La monnaie est donc un outil de mesure. Cela mesure la valeur d'un truc.

L'effet pervers de cet outil de mesure, c'est qu'on finit par ne plus trop bien savoir ce qu'il mesure réellement. Car il ne mesure pas seulement l'échange entre 2 personnes. Comme il est utilisé pour les impôts, il est aussi un outil de mesure des besoins de l'État. Il prend ou perd de la valeur avec le temps ou d'un pays à l'autre. Il mesure une « richesse » quand on l'accumule. Et puis au-delà, il mesure la quantité de biens que peut s'acheter une personne, définissant ainsi des droits différents en fonction des revenus.

La matière et l'énergie étant étroitement corrélées à l'écologie, on peut même très directement relier la quantité de monnaie que possède une personne à son droit à polluer, à nuire.

Cela explique certainement en partie la défiance que j'exerce face à la puissance de l'argent. Je trouve illégitime qu'un simple outil de mesure devienne un tel outil de destruction.

Cette simple raison (il en existe de nombreuses autres) suffit à elle seule à justifier qu'il devrait être interdit à une seule personne de posséder trop d'argent. C'est ce qu'on appelle le RMA (Revenu Maximum Acceptable). Cela permettrait aussi de mieux répartir les richesses.

J'y reviendrai dans mon prochain billet.

2 mars, 2016

Le revenu de base : c'est quoi ?

Parmi les sujets qui me tiennent à cœur, il y a le « revenu de base inconditionnel ». Ce concept porte de nombreux autre noms selon les subtilités qu'on lui apporte.

Ce concept commence à faire parler de lui, bien que les politiques soient vraiment très frileux à le considérer sérieusement. L'idée existe depuis un bon siècle, inventée aux États Unis (pas franchement par des gauchistes), elle est portée aujourd'hui par beaucoup de monde avec des nuances selon les groupes (j'y reviendrai).

Il s'agit de donner à chaque citoyen les moyens de vivre décemment sans lui imposer de contrepartie. Chacun est alors libre de travailler pour gagner davantage ou de ne pas travailler. Cette idée part du principe que vivre est un droit inconditionnel et que les richesses des pays industrialisés permettent de soutenir l’existence des gens. C'est la conséquence logique de l'automatisation des tâches.

Arguments hyper libéraux (caricature explicite) : C'est moins cher de payer quelqu'un à ne rien faire que de l'envoyer en prison. Payer les pauvres apporte un fond de paix sociale et limite les effets pervers de la pauvreté (pègre, lèpre, alcoolisme, dépression, vols de sacs à main). De plus, donner de l'argent aux pauvres leur permet d'acheter des tas de trucs et de financer l'économie.

Arguments plutôt gauchistes : Les ressources de la planète doivent être redistribuées à chacun, sous forme d'argent ou autre. Libérer les gens du chantage à l'emploi leur permet de refuser des postes indécents et renforce les activités gratuites. Cela nous libère de la « marchandisation » à outrance. Ce n'est pas à l'homme de faire fonctionner l'économie, c'est au contraire l'économie qui se doit d'être à notre service.

Les oppositions viennent généralement des doutes sur les moyens de financer ce revenu de base inconditionnel. Mais de nombreuses solutions existent. Notamment, il sera mis en place fin 2016 en Finlande. De nombreux autres pays s'orientent vers ces solutions (Brésil, Inde pour les plus gros) et il est en place en Alaska financé par les revenus du pétrole.

Les observations de ce système montrent que cela permet de baisser la criminalité, les frais de santé et de favoriser la création d'entreprises (entre autres avantages).

J'aurai naturellement l'occasion de revenir en détail sur ces notions.

Pour les plus impatients, je conseille le lien Wikipédia qui est généraliste et surtout le site du Mouvement pour un revenu de base qui va dans le détail.