Alimentation

Je suis végétarien par éthique. Cela inclue donc des critères humains et écologiques. Des tas d'autres arguments militent en faveur d'une alimentation pauvre en viande. J'essaierai ici de les mettre en avant.

Fil des billets - Fil des commentaires

1 mars, 2017

Les carottes souffrent-elles ?

Quand on ne mange pas de viande, on nous objecte assez systématiquement que les carottes souffrent peut-être autant que la vache au moment de la mise à mort. Cela a beau être un troll, je vais aborder le sujet.

D'une façon générale, on attribue facilement l'idée d'une souffrance possible à tout ce que l'on décrit comme « vivant ».

En voyant se débattre et fuir un mammifère face à une douleur, il nous est facile de comparer nos propres comportements et imaginer qu'il ressent comme nous. La science l'a même démontré. Mais lorsque l'élément « vivant » est très éloigné de nous, cette notion peut vite devenir abstraite. Si un insecte se débat lors d'une attaque, est-ce une douleur ou un réflexe ? Une éponge est un animal, mais elle n'a pas de système nerveux, seulement des connexions nerveuses non centralisées. Souffre-t-elle ? Un muscle fraîchement découpé qui se contracte en l'électrocutant souffre-t-il ?

La définition même de la souffrance, souvent associée à l'idée d'une conscience minimale est mise à mal. Car l'idée de souffrance est inventée selon des critères observés avant toute chose chez l'homme, et nous tentons de les transposer à d'autres être vivants.

Sur l'arbre des espèces, les champignons sont plus proches des hommes que des végétaux. Sont-ils plus à même de ressentir la souffrance que les légumes ?

Et puis il y a la notion de vie elle-même qui est très controversée. Si un dictionnaire en donne une, il faut savoir qu'il n'existe pas de consensus scientifique pour définir la vie. Certains fixent une limite aux organismes possédant de l'ADN. Certains s'attachent à des notions d'environnement (reproduction, se nourrir et produire des déchets). Et on arrive même à parler d'astres qui seraient vivants (la Terre est vivante, Mars ne l'est pas).

Je pense qu'il peut exister des choses plus ou moins souhaitables à un homme, une vache, une huître, un poulpe, un champignon, un végétal, son fruit, une planète, un simple caillou, une chaise et bientôt un robot intelligent. Mais tenter de transposer la notion très humaine de souffrance à d'autres entités « techniquement différentes » devient un exercice délicat.

Pour ma part, je m'attache à l'idée que les vertébrés ainsi que quelques autres animaux (pieuvres) souffrent car on l'a objectivé, et que ces animaux ont un fonctionnement suffisamment comparable à l'homme pour pouvoir y transposer notre propre douleur.

Pour ce qui est des végétaux, on part de très loin, et les signaux que l'on observe en coupant des carottes peuvent avoir de nombreuses autres significations, qu'il nous est impossible de distinguer entre la douleur ou, même, le plaisir !

27 février, 2017

Sommes-nous faits pour tuer ?

Se faire embaucher dans un abattoir est très facile, on tue une vache devant vous, et on regarde si vous tenez le coup. On regarde aussi un peu votre pédigrée pour limiter les risques que vous soyez un militant écologiste et on vérifie si vous avez un risque de vomir au bout de 2 jours d'exécutions répétées. Pourtant, avec 6 millions de chômeurs, on manque de monde dans les abattoirs. Et ceux qui y travaillent flanchent souvent au bout d'un moment.

Pendant la guerre, alors que les soldats SS pratiquaient les exécutions en nombre, que les charniers de l'est se remplissaient à vue d'œil, les préposés aux exécutions commençaient à donner des signes de troubles psychologiques. Tuer, c'est une chose, mais exécuter froidement des milliers d'innocents, c'est mentalement plus délicat à assumer. C'est entre autres pourquoi Himmler chercha une alternative par les camions puis les chambres à gaz.

Dans les abattoirs, la victime est différente, mais le problème psychologique du bourreau est le même. Tuer des animaux souvent encore conscients, les découper alors qu'ils ne sont pas toujours morts leur amène parfois de graves séquelles. Apprendre toute sa vie à respecter la vie (humaine pour le moins), et cacher sous le tapis les réactions des animaux que l'on découpe. Les considérer comme de la simple matière pour mieux survivre à l'expérience, en ignorant à quel point nous sommes proches d'eux.

Certains quittent l'abattoir en faisant des cauchemars chroniques, souffrant de stress traumatiques, dégoûtés de la viande...

Leurs cadences de travail ne permettraient à personne de faire du « bon boulot ». Et le sale boulot, ça fait un sale boucher autant qu'une sale viande et un sale consommateur.

On souffre de la viande qu'on mange. Mais on souffre aussi de tuer. Qu'est-ce que ça peut bien dire sur la nature humaine ?

Sommes-nous faits pour tuer comme nous le faisons ? Sommes-nous faits pour manger la viande que nous mangeons ?

18 janvier, 2017

Manger du miel

Dans un ancien article, j'avais évoqué le fait que je ne mangeais plus de miel. Il est peut-être grand temps de m'en expliquer.

Vous me savez plutôt engagé sur la souffrance animale, et si la capacité à souffrir de tous les vertébrés a été démontrée, il n'en est pas de même des insectes. Je ne crois pas qu'on ait encore eu l'occasion de passer une abeille dans un IRM pendant qu'on lui arrachait les ailes pour vérifier scientifiquement que ça lui déplaisait.

Lors de mon dernier billet, de nombreux liens avaient été proposés dans les commentaires, expliquant de bonnes raisons de passer à autre chose. En voici un résumé :
– Pour éviter que l'abeille reine ne se sauve, on a parfois tendance à lui couper les ailes.
– Les abeilles sont censées produire le miel dont elles ont besoin. Les faire travailler davantage (pour nous) est une source de stress.
– Certaines entreprises peu scrupuleuses détruisent les ruches d'une année sur l'autre, car pas rentables en hiver (une ruche consomme 10kg de miel en hiver). Ils en rachètent pour le printemps.
– Pour compenser le miel pris aux abeilles, on leur donne du saccarose (sucre ou sirop), ne compensant pas les nutriments perdus en échange du miel.
– La production de miel nécessite des abeilles qui travaillent beaucoup. Cela amène à une sélection des espèces les plus « rentables », et les moins agressives, appauvrissant au passage la variété des espèces. C'est aussi de cette façon qu'on a laissé s'échapper dans la nature des abeilles tueuses métissées.
– La sélection d'abeilles rentables exclut naturellement des surfaces « butinables » les autres pollinisateurs, qui pourtant seraient de bonnes alternatives à l'effondrement des abeilles que l'on connaît. La compétition peut à terme faire disparaître d'autres insectes pollinisateurs (mouches, papillons, abeilles solitaires...).
– La sélection des espèces se fait par insémination artificielle (comme pour tous les animaux). L'insémination artificielle des abeilles se fait en coupant la tête du mâle (pour récupérer le sperme) puis en l'injectant dans la reine à l'aide d'écarteurs (c'est précis, on en rate donc beaucoup).

Les arguments ne manquent donc pas, et je sais qu'il existe toujours le petit apiculteur joyeux qui respecte les abeilles (quelle variété d'abeille au fait ?). Ces apiculteurs restent rares (quand bien même ils régleraient tous les point cités), mais surtout, remplacer le miel par autre chose est vraiment facile et pas frustrant : Sirop d'érable ou d'agave par exemple, ou d'autres formes de sucre (testez la mélasse, c'est vraiment étonnant).

Alors si faire le probable bonheur de milliers d'abeilles est aussi facile, je le fais.
________________________________________________________________________________
Quelques liens sur ce sujet : Société végane, Vegactu, Vegan-mania
Quelques chiffres : citycable

31 octobre, 2016

La viande vous démange encore ?

J'ai déjà écrit de nombreux billets pour vous inciter à réfléchir autrement à votre rapport à la viande. Tout le monde n'est pas nécessairement obligé de devenir végan pour sauver des ours blancs (ceux-là même que l'on ne mange pas, vous noterez). Mais ne serait-ce que cela : faire attention à ne pas manger n'importe quoi. Réfléchir un peu est généralement gratifiant et permet de se sentir humain. Alors voilà encore quelques argument très connus, mais résumés en quelques lignes, de façon que vous puissiez même choisir les légumes par égoïsme.

Au-delà de la souffrance animale déjà abordée ici, voilà donc quelques bonnes raisons de ne pas manger de viande :

– Manger trop de viande développe le cholestérol, les hémorroïdes, les cancers (colon, prostate et autres) ;
– Les contrôles actuels ne permettent pas de garantir que la viande que l'on mange est exempte d'antibiotiques, d'hormones de croissance ou de cheval (ce serait presque l'inverse) ;
– L'usage abusif des antibiotiques menace notre santé en affaiblissant leur efficacité ;
– La production de viande est une hécatombe du point de vue de l'effet de serre (méthane et CO2) ;
– L'élevage est de plus en plus intensif et il ruine l'environnement en concentrant les nitrates (développement d'algues vertes entre autres) ;
Les systèmes modernes d'élevage sont des incubateurs à virus, listeria monocytogènes, salmonelles, campylobacters, E. coli, et autres promoteurs de « grippes » en tout genre. (...) « il n'est pas surprenant que les trois-quarts des nouveaux pathogènes ayant affecté les humains dans les dix dernières années proviennent des animaux ou des produits animaux » (source).
– Les emballages de la grande distribution contiennent des nanoparticules d'argent, dont les effets sur notre santé peuvent inquiéter ;
– Il est très complexe voire impossible d'identifier le mode d'abattage utilisé pour la viande (halal & casher), ce qui peut poser un problème éthique aux athées. Seul le porc ne pose pas ce problème...

2 septembre, 2016

Pourquoi j'ai arrêté la viande

Le point de départ aura sans doute été le célèbre film « Earthlings » que je conseille à tout le monde (visible à ce lien). On s'attend à voir des choses laides, et le film va au-delà de nos craintes. On y voit différentes formes de souffrance, les pires à mes yeux concernant l'alimentation et le cuir. L'actualité nous apprend depuis que ces images ne sont pas des exceptions. On ne peut même pas se rassurer en dénonçant le parti pris des auteurs.

Notamment, ce film montre un abattage casher, tel qu'il est pratiqué dans l'industrie de la viande. J'admets avoir cristallisé mon effroi sur ces images, là où je pensais que cette viande était plus respectueuse du bien-être animal. C'est en tout cas ce qu'enseigne la religion juive. Mais quand l'industrie passe quelque part, elle corrompt tout ce qu'elle croise.

Force m'est d'admettre que si je rejette cette souffrance, il serait inique que je tolère celle d'un abattage classique ou d'un élevage industriel tel qu'on le connaît en France.

Je n'étais pas nécessairement un gros mangeur de viande. Mais en regardant mon assiette, je suis affligé par l'histoire de la bête dont un morceau gît devant moi. Ce sentiment l'emporte sur l'appétence du plat. Respecter un repas de viande sans respecter l'animal n'est pas noble.

Je n'en serais certainement jamais arrivé là si l'industrie n'avait à ce point automatisé l'ignoble.

28 juillet, 2016

Notre degré de civilisation

Je commente généralement assez peu l'actualité. Toutefois cet article du Monde m'a fait réagir.

Il s'agit d'un centre de détention d'enfants en Australie. Les détenus, souvent aborigènes, y sont maltraités : aspergés de gaz lacrymogènes, ou attachés encagoulés à moitié nus pendant 2h. Ces cas de maltraitance en rappellent évidemment d'autres, comme à Guantanamo, cette petit île hors des lois et du territoire américains où le gouvernement garde en toute impunité et sans jugement des détenus qu'il torture.

On se rassure en se disant que ce n'est pas chez nous. Et c'est généralement à ce moment qu'on découvre un nouveau drame, un peu moins loin. Mais on oublie que cela arrive dans des pays prétendus « civilisés ».

Ces images en caméra cachée m'ont terriblement fait penser à celles des abattoirs. Notamment, on a vu en Australie et aux États Unis l'horreur de la tonte de moutons, où les bêtes arrivent à mourir d'une simple tonte. C'est inimaginable.

« On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux ». Gandhi

C'est précisément là que nous en sommes.

L'effrayant parallèle nous montre que nous sommes capable du pire aussi bien sur les animaux que sur les humains.

Car ces maltraitances humaines en Australie ne sont pas justifiées (si tant est que ce soit possible) par un conflit, une guerre ou le « terrorisme ».

On ne sauvera pas le monde de sa capacité destructrice sans prendre en compte le sort des animaux. Car c'est un seul et même problème. L'alimentation n'est pas une excuse acceptable à la torture.

« Comment pouvez-vous avoir un animal comme compagnon et un autre pour le repas ? » Martina Navratilova

25 juillet, 2016

La cuisine d'un végétarien

Je ne peux pas dire que la viande ait mauvais goût, mais je considère qu'il est facile de s'en passer en mangeant de nombreux autres aliments, très bons eux aussi. Cela amène aussi à en redécouvrir certains.

Alors au-delà des argument classiques que tous les mangeurs de viande connaissent (écologie, souffrance animale, sécurité alimentaire), voilà des petits arguments de tous les jours, plus proches de notre quotidien.

En ce qui me concerne, avoir retiré la viande de l'alimentation fait que je ne suis jamais ballonné après les repas (sauf peut-être si j'abuse du pain blanc). Il m'arrive de re-tester un morceau de viande pour voir, et c'est clair, la viande ne passe pas inaperçue sur les 5 mètres de viscères que j'ai.

Autre avantage, la vaisselle se fait plus facilement. Car il n'existe pas de cuisine végétarienne aussi grasse que ne peut l'être la cuisine carnée. Et franchement, on fait des économies en eau chaude et en produit vaisselle !

Les odeurs de la cuisine ne sont jamais aussi persistantes. Certains végétariens compensent par des épices fort odorants aussi. Mais la cuisine d'un végétarien ne sent jamais le graillon comme cela peut être le cas d'une cuisine qui a servi à mijoter un plat de viande. Les fritures sont probablement une exception, mais je n'en fais pas non plus.

Vous économisez en transports, car la viande vous obligeait à vous réapprovisionner souvent. Donc les achats de légumes vous permettent d'être autonomes plus longtemps. Certaines personnes arrivent même à se passer de frigo. Conservez un poireau dans un pot de fleur empli d'eau ! De même, les radis n'ont pas tant besoin de froid que d'eau pour se conserver. Un sopalin humide conservera mieux votre radis noir qu'un frigo. L'hiver, un balcon peut parfois suffire à conserver les aliments végétaux.

D'ailleurs, si vous n'êtes pas méfiant, les imprudences sur les dates de péremption de la viande ont des conséquences sanitaires que n'auront jamais les légumes crus.

Ce ne sont pas ces petites choses qui vous feront quitter la viande. Mais ce billet vous aura au moins permis de regarder depuis la rue comment c'est dans ma cuisine.

22 juillet, 2016

Un steak sympa

L'industrie a fait de la viande un produit de masse, elle a développé sa production au point d'en démultiplier sa consommation. Mais de cette façon, elle a déshumanisé à outrance notre rapport à l'animal.

Elle a complètement effacé le lien que le client faisait entre la viande et l'animal. Le client est devenu un consommateur. Au point d'utiliser des stratégies pour que la viande ne ressemble pas à un cadavre : éviter les traces de sang, mettre des logos infantilisants de viande joyeuse, cacher le débitage. Elle a aseptisé l'image de la viande au point que, tout consommateur que nous sommes devenus, nous aurions du mal à tuer un animal de nos mains pour manger.

Les enfants ont tous un réflexe de sympathie à l'égard des animaux. C'est même souvent le seul souvenir que nous partageons aujourd'hui avec la viande de notre assiette. Même quand nous sommes adultes. Nous sommes tous en conflit intérieur lorsque nous acceptons l'élevage industriel. Réduire la viande réduit ce conflit.

Il aura suffit que quelqu'un montre l'intérieur d'un abattoir.

En déshumanisant notre rapport à l'animal, l'usine à viande s'est tiré une balle dans le pied. Il aura fallu en arriver là pour que la consommation de viande baisse enfin en France.

Après une guerre, on contemple l'horreur, on compte les corps, on écoute les histoires et on se dit enfin que c'est dégueulasse, qu'il ne faut pas en refaire. C'est dommage qu'il faille une guerre. Espérons que l'industrie de la viande soit une guerre suffisante.

Aujourd'hui, les animaux sont enfin reconnus comme des être sensibles. C'est peu, mais c'est essentiel. La prise de conscience a commencé. Mais le chemin sera long.

8 juillet, 2016

Sommes-nous faits pour manger de la viande ?

Ce débat polémique alimente une discorde avec certains végétariens, qui eux, défendent que nous ne serions pas faits pour manger de la viande. Le débat se fait sur le terrain d'observations biologiques en comparant la dentition, les intestins et tout le système digestif de l'homme avec d'autres animaux, carnivores, omnivores ou végétariens.

Si nos origines (historiques) sont exclusivement végétariennes, nous avons progressivement intégré la viande à notre alimentation. Mais il ne faut pas négliger l'usage du feu qui nous a par la suite permis de mieux assimiler cette viande cuite. Cela a probablement participé à un bon développement de notre cerveau dont nous sommes si fiers. Notre histoire alimentaire n'est pas uniquement biologique, elle est alors devenue culturelle.

Que s'est-il passé ensuite ? Nous avons fait plein de guerres, tué des hommes puis développé l'industrie de la viande comme jamais, au point d'en manger à chaque repas. Les français ont atteint une moyenne de consommation de 100kg par an : presque 2 kg par semaine ! Compte tenu que c'est une moyenne incluant les végétariens, on peut se demander à quoi ressemble l'assiette de certains viandards...

L'évolution de l'homme est ce qu'elle est, mais il est indéfendable de prétendre être fait pour manger autant de viande. Entre la révolution française de 1789 et aujourd'hui, la consommation de viande a été multipliée par 10 par habitant. La population ayant aussi augmenté, la production de viande a littéralement explosé. Il est impossible de prétendre que l'homme de XXIème siècle soit fait pour massacrer autant d'animaux.

Et quand bien même : le choix de manger ou non de la viande n'est pas biologique. Nous savons maintenant qu'il est possible de vivre sans manger de viande et sans avoir de carence. C'est un débat éthique. De quelle société voulons-nous ? Notre humanité doit-elle s'arrêter devant les animaux ? La surpopulation humaine doit-elle amener un génocide bovin ?

Sommes-nous faits pour faire la guerre ? tuer notre voisin ? notre patron ? notre chef de meute ? notre environnement ? Sommes-nous faits pour nous « accoupler » sans consentement ? pour vivre 120 ans ? pour boire de l'alcool ? créer une entreprise ? Non.

Nous avons passé le stade des simples questions biologiques. Nous sommes faits pour évoluer et réfléchir à ce que nous faisons ou mangeons.

Nous sommes maintenant faits pour agir selon nos choix moraux.

1 juillet, 2016

Mort aux vaches !

C'est injuste, mais il en a été décidé ainsi : je suis condamné à mort.

Inutile de se plaindre, de manifester, de revendiquer le droit à la justice. Nulle grève n'y changera quoi que ce soit, même la grève de la faim. Aujourd'hui, je suis dans le couloir de la mort.

On décide maintenant de tuer les condamnés les uns après les autres. Cela s'appelle le "progrès". Cela permet de ne pas remettre en place les procédures de mise à mort à chaque fois. On s'épargne des efforts, et certainement un peu d'argent aussi. Mais quand même, j'aurais bien aimé qu'on me traite avec plus d'égards. J'aurais aimé que le bourreau prenne son temps, qu'il soit à l'écoute. Après tout, une vie, même mauvaise, c'est une vie. Surtout que je n'ai toujours pas compris de quoi on m'accusait.

C'est ici le couloir de la mort. Tous positionnés les uns après les autres. Si j'essaie de m'enfuir, un surveillant m'assène un coup de matraque électrique. J'ai donc le choix entre mourir, ou souffrir avant de mourir. Seule l'angoisse m'atteint pour le moment. Et finalement, peut-être l'espoir que cela s'arrête avant moi.

Je vois une dizaine de condamnés, comme ça, devant moi. Ils entrent dans une pièce et on les entend hurler. Le bourreau n'est certainement pas un humaniste. Ou sinon, c'est qu'il est mal équipé. Vraiment mal.

Je serai le prochain à y passer. Je reste derrière la porte et je vois tout ce qui se passe à travers la vitre. Des électrodes sont placées sur ses tempes, de façon qu'il ne souffre pas trop pendant qu'on le vide de son sang. C'est long. Le sang ne coule plus, mais il bouge encore, il se débat.

Cette année encore, nous sommes un milliard de bovins à être tués ainsi. Dans 1 cas sur 6, les électrodes sont mal placées et la douleur est amplifiée au lieu de nous faire perdre l'esprit. Dans certains abattoirs, c'est un pieu qui nous transperce le cerveau, mais il n'atteint pas toujours sa cible. On déguste. Surtout que parfois, la mort peut mettre un quart d'heure à venir malgré l'égorgement. Certains sont découpés encore vivants. Pas le temps d'attendre. La société de consommation en a besoin. Elle est avide de sang. L'économie est une religion hautement sacrificielle.

Je réalise maintenant que ma vie entière, de souffrance, d'injustice, n'a jamais eu d'autre but que cet instant : ma mise à mort.

Mon heure vient, ma libération, peut-être. Pourvu que le bourreau s'y prenne bien, car il vient d'en rater deux...

- page 1 de 2